Les personnes évacuées de la zone rouge ont pu retourner à leur domicile l'espace de 20 minutes afin de récupérer le peu d'effets personnels qu'ils ont pu entasser dans une petite boîte. Beaucoup ont essayé de sauver des morceaux de leur vie d'avant en emportant quelques souvenirs.

Annabelle Blais LA PRESSE

Une boîte par famille, 20 minutes par maison. Telles sont les conditions de la Sureté du Québec et de la sécurité civile. L'objectif des visites d'hier était d'abord d'aller retirer les réfrigérateurs des maisons évacuées. Pour le moment, les autorités n'ont pas la logistique requise pour permettre aux gens de déménager complètement, a expliqué la SQ.

«On nous a dit que ça pourrait prendre des semaines, peut-être des mois avant qu'on retourne chez nous», a affirmé Claude Fortin, venu chercher une boîte au quartier de la Sûreté du Québec. «Ce qui est difficile, c'est l'incertitude.»

L'homme de 76 ans tient absolument à récupérer des photos avant que l'humidité ne les détruise. Son sous-sol a été inondé, il faut donc faire vite. «Mais pour mes meubles... j'ai passé ma vie à sculpter et c'est moi qui les avais tous fabriqués», a-t-il soupiré avant que sa voix ne s'étrangle.

Depuis le début de la tragédie, le 6 juillet dernier, les policiers ont effectué plus de 300 «accompagnements» de sinistrés pour récupérer des effets personnels. Pour les quelque 200 personnes toujours évacuées de la zone rouge, il s'agissait bien souvent d'une troisième visite.

Véronique Quirion, qui a trois enfants, dont deux qu'elle accueille de la DPJ, devait récupérer plusieurs documents de travail. Pendant qu'un agent de la SQ et une intervenante psychosociale l'accompagnaient à sa maison de la rue Villeneuve, ses deux ados attendaient sous la pluie, déçus de ne pas pouvoir la suivre.

«C'est une boîte aussi grosse qu'une litière à chat!», a ragé Janyk, 12 ans, qui s'expliquait mal pourquoi les familles nombreuses ne pouvaient emporter davantage de boîtes.

La jeune fille, elle, ne s'inquiétait pas pour ses affaires. Elle espérait surtout que sa mère puisse rapporter tous ses papiers nécessaires pour son travail avec les familles d'accueil. Elle a toutefois confié qu'elle aurait aimé revoir un souvenir ramené de Tunisie.

Le fils de Véronique, qui ne peut être identifié, aurait quant à lui souhaité retourner dans sa chambre. «Je voulais juste m'étendre deux minutes sur mon lit, dans mes affaires, chez moi», dit le jeune homme de 15 ans.

Une demi-heure plus tard, Véronique est revenue. Elle avait rapporté ses papiers importants. Et le petit scorpion de Tunisie pour sa fille.