Paris en a un. Melbourne en a un. New York en a un. Buenos Aires en a un. Halifax en a un. Pourquoi pas ici?

Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

Cette question, Dolores Sandoval se la pose sans arrêt depuis 2007. Et aujourd'hui, plus que jamais, elle en est convaincue: Montréal a besoin d'un musée de l'immigration. Dans le meilleur des scénarios, elle sait même où il devrait s'installer: dans l'ancien Planétarium. Le projet est en branle. Il reste à convaincre la Ville.

«Au départ, je voulais faire quelque chose sur l'histoire des Noirs au Québec, explique l'ancienne professeure de 73 ans, présidente et fondatrice de l'organisation Angélique-DaCosta. Mais on s'est rendu compte que ce n'était pas suffisant, qu'il fallait quelque chose de beaucoup plus large.»

Mme Sandoval est assez critique quand on aborde le sujet de l'immigration. Pour cette descendante d'esclaves qui a travaillé près de 30 ans à l'Université du Vermont, il est clair que la société canadienne en général, et québécoise en particulier, peut faire beaucoup mieux, notamment en ce qui concerne l'intégration.

Selon Mme Sandoval, le Québec a malheureusement tendance à «tenir ses immigrés pour acquis»: il les laisse souvent à eux-mêmes après avoir tout fait pour les attirer. «Beaucoup se sentent laissés pour compte», dit-elle.

«On m'a toujours dit que, sur ce plan, le Canada était en avance sur les États-Unis, mais en fait nous sommes en retard. Regardez Montréal. C'est une ville blanche. Tous les conseils d'administration sont blancs. Même le service des incendies est blanc: il n'y a que sept représentants de minorités visibles, dont seulement deux Noirs. Sans parler des programmes scolaires, qui abordent à peine l'apport des immigrés. Pourtant, ils ont contribué à la société et continuent de le faire. Et pas seulement en ouvrant des restaurants...»

Mme Sandoval estime que son projet réglerait une partie du problème. Car l'intégration passe avant tout par la compréhension, et donc par l'éducation.

Son Musée-observatoire de l'immigration (MOI) serait donc au coeur d'un complexe plus vaste, qui intégrerait aussi un centre d'archives, une bibliothèque, un théâtre, une école pour apprendre la langue de la société d'accueil ainsi que des habitations à loyer modique pour les nouveaux arrivants, un peu à la manière des YMCA. Idéalement, cette «cité ethnique» (ethnocity) se déploierait autour de l'ancien Planétarium, qui abriterait le musée.

Un lieu convoité

Mme Sandoval sait qu'elle n'est pas la seule à convoiter ce bâtiment singulier qui se cherche une nouvelle vocation. L'ETS et l'Université McGill souhaitent notamment en faire le centre névralgique de leur Quartier de l'innovation, un projet collectif qui comprendrait des logements, des commerces, des lieux de savoir et plusieurs entreprises de la nouvelle économie.

Mme Sandoval sait aussi que ses concurrents ont une longueur d'avance: l'idée du Quartier de l'innovation circule depuis plus d'un an, et le projet a été sérieusement étudié, subventions à l'appui. Mais elle croit fermement que ce secteur en mutation devrait être consacré à l'éducation publique plutôt qu'aux projets privés.

Pour ce qui est de financer les activités du musée, outre les subventions, la dame compte essentiellement sur le mécénat et les commandites. «Il y a un potentiel infini de ce côté. Si le mot se passe, il y aura de l'argent. Tout ce qu'il faut, c'est quelqu'un qui veut avoir son nom sur le bâtiment. D'ailleurs, j'ai déjà quelques personnes en tête.»

Mais la question demeure: un lieu tangible, entièrement consacré à l'immigration, est-il la solution à un problème, disons, plus abstrait?

«Solution plus souple»

Le Centre d'histoire de Montréal est partiellement de cet avis. Le petit musée du Vieux-Montréal, qui se consacre à la mémoire des Montréalais, caresse un projet similaire, à cette différence que l'immigration serait abordée par des expositions temporaires. «Une solution plus souple peut répondre mieux qu'une grosse institution», croit son directeur, Jean-François Leclerc, qui a justement rencontré à ce sujet le Conseil interculturel de la Ville, cette semaine.

«Le Centre d'histoire? Mais il ne touche que Montréal! rétorque Dolores Sandoval. Notre projet à nous serait sur le Québec tout entier, et forcément sur le Canada. Et puis ce serait un lieu vivant, actif, pas seulement un musée d'histoire.»

Mme Sandoval et son organisation se donnent l'été pour préparer la prochaine offensive. Une rencontre avec le maire est prévue, et une proposition formelle devrait être soumise à l'automne à la Ville - qui n'a toujours pas pris de décision en ce qui concerne le Planétarium. Dossier à suivre.