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Retour vers les taudis

  • «Le plancher qui se désagrège, le comptoir pourri, le trou dans le mur [...] c'est clairement la bâtisse qui est mal foutue!», s'exclame Sylvie Dalpé, de l'organisme Action dignité Saint-Léonard, à propos d'un logement du Domaine Renaissance. (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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    «Le plancher qui se désagrège, le comptoir pourri, le trou dans le mur [...] c'est clairement la bâtisse qui est mal foutue!», s'exclame Sylvie Dalpé, de l'organisme Action dignité Saint-Léonard, à propos d'un logement du Domaine Renaissance.

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Le Montréal insalubre
Le Montréal insalubre

Huit ans après avoir mis au jour les pires taudis de la ville, nos journalistes sont retournés visiter ces appartements décrépits. Le portrait est tout aussi désolant. »

Katia Gagnon
La Presse

Il y a huit ans, nos journalistes avaient visité les pires taudis de Montréal. Au cours des dernières semaines, ils y sont retournés. Dans la plupart des cas, le portrait - désespérant - est à peu près le même. Au cours des prochains jours, nous vous entraînons dans une tournée des appartements du Montréal insalubre. Ceux qui perdurent depuis 2006, mais aussi ceux qui le sont devenus au cours des dernières années et qui demeurent les symboles éloquents d'un parc locatif en pleine décrépitude.

Quand Noreen et son mari sont débarqués du Pakistan, ils ont emménagé dans un trois et demi de Saint-Léonard. La famille a grandi. Ils ont trouvé un autre appartement: un demi-sous-sol à 500 $ par mois. Ça semblait raisonnable.

En choisissant ce logement, la petite famille venait d'emménager dans un des pires parcs de taudis de Montréal, le Domaine Renaissance, où l'insalubrité dure et perdure depuis plus de 10 ans.

Quatre ans plus tard, Noreen, son mari et ses trois enfants s'entassent dans ce petit quatre pièces qui provoque un haut-le-coeur immédiat quand on y pénètre.

Les coquerelles grouillent partout sur le plancher grisâtre: de grands pans de lattes de marqueterie ont tout simplement disparu. Dans la cuisine, le comptoir est si pourri qu'il semble sur le point de s'effondrer. Même portrait dans la salle de bains: le mur est défoncé et laisse voir la charpente - moisie - de l'immeuble. Bien peu de gens oseraient se laver les dents dans ce lavabo.

«J'ai demandé plusieurs fois au propriétaire de venir réparer tout ça. Mais ils ne sont jamais venus. Alors ça s'est empiré», dit la jeune femme de 34 ans. Noreen et son mari ont fini par trouver un autre appartement. Ils déménagent en juillet.

Chez Noreen et sa famille, il y a aussi des gribouillis sur le mur et le désordre règne dans plusieurs pièces. La situation vécue par cette famille est-elle pour autant de leur responsabilité? «Le plancher qui se désagrège, le comptoir pourri, le trou dans le mur de la salle de bains: c'est clairement la bâtisse qui est mal foutue!», s'exclame Sylvie Dalpé, de l'organisme Action dignité Saint-Léonard.

Punaises, rats, gangs de rue

Le cas de cette famille est extrême, mais il est loin d'être unique: dans cette vaste enclave qui compte 21 immeubles et 336 logements, d'autres appartements sont infestés par les punaises ou les rats, ou encore rongés par les infiltrations d'eau.

«Les punaises, c'est insupportable», dit Malika, qui serre son bébé de 2 mois contre elle. L'exterminateur est venu quatre fois chez elle dans la dernière année. En vain. «Je passe mes nuits à surveiller mon bébé pour ne pas que les punaises s'attaquent à elle.»

Ailleurs, c'est Salima, arrivée d'Haïti il y a huit mois avec sa fille enceinte, qui a des rats chez elle. La concierge lui a fourni trois pièges grand format, avec lesquelles elle attrape régulièrement des bestioles dont elle nous montre la taille en ouvrant les deux mains.

Hocine, lui, a de la chance: son appartement est parfaitement salubre - c'était auparavant celui du concierge. Cependant, il vit à côté d'une issue de secours, dont les portes extérieures ne se verrouillent plus - et n'ont jamais été réparées. Des bandes de jeunes se rassemblent tous les soirs pour prendre de la drogue dans ces escaliers crasseux et couverts de tags de gangs de rue. Hocine et sa femme ont peur.

Immobiles depuis 10 ans

Le pire, dans l'histoire du Domaine Renaissance, ce ne sont pas ces récits de misère. Le pire, c'est le fait que ces immeubles sont dans un triste état depuis au moins 10 ans.

En 2006, lorsque nous les avons visités, nous y avions rencontré Aïcha Erzerroug, arrivée d'Algérie depuis deux ans, qui avait elle aussi trois enfants. L'un de ses petits dormait dans un lit cerné par des murs couverts de longues traînées noires de moisissures. Dans cet appartement, l'air était pratiquement irrespirable tant il était chargé d'humidité.

Elle aussi voulait déménager.

Sylvie Dalpé visite les logements insalubres du Domaine Renaissance depuis 10 ans. «La réglementation sur la salubrité de la Ville n'est pas respectée. Quand ça fait six ans, sept ans, huit ans, est-ce qu'on laisse encore une chance au propriétaire?»

Pourtant, en 2010, la Direction de la santé (DSP) publique avait indiqué clairement que des actions s'imposaient. Les 13 immeubles visités par la brigade de la DSP - équipée de caméras à infrarouges et de détecteurs de moiteur qui montrent l'humidité à l'intérieur des murs - avaient des «problèmes majeurs» d'infiltrations d'eau qui duraient depuis des années.

«C'est un de nos cas les plus difficiles», convient Danielle Cécile, directrice de l'habitation à la Ville de Montréal. «Il y a quatre ans, on a fait la décontamination du site nous-mêmes. Quand on est partis, on avait exterminé 95 % de la vermine. Ça nous a coûté 135 000 $. Six à huit mois plus tard, le propriétaire n'avait pas changé ses pratiques. Alors on est revenus au même point.»

En 2011, les immeubles ont changé de mains. La Nova Scotia Company a été achetée, en bonne partie, par le groupe Mach, dirigé par Vincent Chiara, qui cherche à développer le site avec des condos et une part de logements sociaux «On a fait faire une contre-expertise sur l'étude de la DSP, qui a atténué ses conclusions. Dans plusieurs cas, les problèmes étaient causés par les locataires», soutient Cédric Constantin, porte-parole du Groupe Mach.

Certains logements ont été complètement rénovés, affirme M. Constantin, qui est cependant incapable d'en préciser le nombre. Quant au problème de vermine, il demeure, admet-il, mais se limite à «une centaine de logements». Un plan d'action a été déposé.

Il y a huit ans, nos journalistes... (PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE) - image 2.0

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Nos taudis de 2006

> 4293, rue Saint-Jacques, Saint-Henri

Peu de changements dans cet immeuble de maisons de chambres, toujours aussi glauque et délabré, qui abrite manifestement une faune liée au milieu criminel.

> 4701, avenue de Courtrai, Côte-des-Neiges

Selon le comité logement l'OEIL de Côte-des-Neiges, «c'est légèrement mieux, mais pas substantiellement mieux» dans cet îlot d'immeubles qui se trouvait dans un état de délabrement total en 2006.

> 7535 boulevard de l'Acadie, Parc-Extension

«Rien n'a changé ici», dit Fatima, qui habite l'immeuble depuis 14 ans. La femme fait état de moisissures, de plafonds qui coulent et de vermine en tout genre.

> 5800, rue Jarry, Saint-Léonard

Les deux immeubles ont été fermés pour insalubrité en 2009. Un incendie a ravagé l'endroit deux ans plus tard. La police a soupçonné des actes criminels.




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