Les dirigeants de trois des cinq entreprises qui ont obtenu la majorité des contrats d'infrastructures de Longueuil ont fréquemment contribué à la caisse du parti des ex-maires Jacques Olivier et Claude Gladu.

Pierre-André Normandin LA PRESSE

Le nom de Paolo Catania revient fréquemment parmi les généreux donateurs du Parti municipal de la Rive-Sud (PMRS), ancêtre du Parti municipal de Longueuil (PML), actuellement actif à l'hôtel de ville. Arrêté par l'escouade Marteau dans le cadre de l'enquête sur le scandale du Faubourg Contrecoeur et maintes fois nommé devant la commission Charbonneau, M. Catania a été particulièrement généreux lors des élections de 2001. Ses proches et lui ont en effet offert 4000$.

Paolo Catania a cessé de contribuer personnellement au PMRS quand Brossard, sa ville de résidence, a défusionné en 2005. Son entreprise, Construction Frank Catania, a décroché depuis 10 ans d'importants contrats avec Longueuil, comme l'a révélé hier La Presse. L'année 2004 a été particulièrement lucrative: son entreprise a obtenu des contrats d'une valeur de 22 millions.

Les dirigeants des Entreprises C&R Ménard ont toutefois été les plus fidèles donateurs au parti qui a dirigé Longueuil de 2002 à 2009. Ses dirigeants ont contribué à la caisse pratiquement chaque année depuis 2001, pour un total de 10 000$. Selon la liste des contrats de Longueuil, cette entreprise est celle qui a décroché le plus de contrats à Longueuil depuis 10 ans - pour un total de 68,7 millions.

Le nom de Marcel Roireau, qui présidait Construction DJL, revient fréquemment de 2001 à 2004. Il a toutefois été moins généreux que ses autres collègues - il a offert un total de 1000$ en quatre ans.

Les dirigeants des deux autres entreprises qui ont obtenu la majorité des contrats d'infrastructures ne sont pas résidants de Longueuil ou de ses villes défusionnées; ils ne sont donc pas autorisés à contribuer à la caisse des partis de cette ville. La loi limite en effet les contributions politiques aux partis de sa ville de résidence.

L'ex-maire Claude Gladu ne s'étonne pas qu'on trouve aussi souvent le nom d'entrepreneurs dans la liste des donateurs de son ancien parti. «Tout le monde a contribué à notre parti. On a été là pendant je ne sais pas combien de temps et ils avaient le droit de contribuer comme tout citoyen», dit-il.

Financé à coups de 1000$

Une analyse des contributions du PMRS et de son successeur, le PML, permet de constater que la majorité de leurs donateurs ont offert le maximum autorisé par la loi - une générosité que leurs adversaires n'ont jamais réussi à susciter. Lors des élections de 2001, qui ont permis à Jacques Olivier de remporter la mairie de Longueuil, pas moins de 276 des 309 dons reçus - soit 90% - s'élevaient à 1000$. Seulement deux contributions ont été inférieures à 100$.

Leurs adversaires n'ont jamais reçu autant de contributions maximales. Moins de 10% des dons du Ralliement démocratique, qui a existé de 2001 à 2009, atteignaient 1000$. Les dons maximums ont représenté 19% des contributions reçues par le parti de la mairesse Caroline St-Hilaire, Action Longueuil, créé en 2009. Une vérification des rapports annuels de plusieurs autres partis municipaux au Québec démontre également qu'aucun n'a reçu autant de dons maximums.

Le PML, qui forme aujourd'hui l'opposition à Longueuil, n'avait pas d'explication pour ce nombre élevé de contributions de 1000$. La porte-parole Catherine Major a simplement indiqué que «contrairement au parti Action Longueuil de la mairesse Caroline St-Hilaire, le Parti municipal de Longueuil n'a jamais été condamné ou même soupçonné pour une infraction au financement politique».

Claude Gladu souligne qu'il n'y a rien d'illégal à donner 1000$. Il ignore pourquoi la majorité des dons à son parti atteignaient le maximum - il affirme qu'il ne s'était jamais occupé de financement.

L'ex-maire, qui a dirigé Longueuil de 1994 à 2001, puis de 2005 à 2009, se dit convaincu que sa ville n'a pas été victime de collusion. Questionné sur le fait que cinq entreprises seulement avaient décroché les deux tiers des contrats, Claude Gladu répond simplement qu'«elles étaient probablement les plus bas soumissionnaires». «J'ai été maire pendant 12 ans et les lois, on les a toujours suivies.»

Claude Gladu affirme qu'il n'a pas rencontré les enquêteurs de l'Unité permanente anticorruption qui s'intéressent à l'attribution des contrats pendant l'administration de son ancien parti.