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Des Afghans «trahis» par Ottawa

Le gouvernement canadien a créé en octobre 2009... (Photo Anja Niedringhaus, Archives AP)

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Le gouvernement canadien a créé en octobre 2009 un programme spécial d'immigration qui devait permettre aux travailleurs afghans de bénéficier d'un traitement de faveur pour les services rendus, notamment dans l'obtention d'un visa spécial qui accélérerait le traitement d'une demande d'immigration.

Photo Anja Niedringhaus, Archives AP

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Les dernières nouvelles de la situation du Canada en Afghanistan »

Martin Forgues

Collaboration spéciale

La Presse

(KANDAHAR, Afghanistan) Après avoir risqué leur vie aux côtés des troupes canadiennes pendant une décennie de guerre, des travailleurs afghans attendent toujours que le Canada respecte son engagement et facilite leur immigration au pays.

Ces hommes - des civils - travaillaient comme traducteurs, ouvriers ou encore aides-cuisiniers. Conscient des dangers auxquels ils s'exposaient - certains voient actuellement leur vie menacée par les talibans -, le gouvernement canadien a créé en octobre 2009 un programme spécial d'immigration qui devait permettre aux travailleurs afghans de bénéficier d'un traitement de faveur pour ces services rendus. Ils pouvaient obtenir un visa spécial qui accélérerait le traitement d'une demande d'immigration.

Le programme a pris fin le 31 juillet 2011 à la suite de l'interruption de la mission de combat du Canada, mais les Afghans souhaitant profiter du programme avaient jusqu'au 12 septembre de la même année pour soumettre une demande. Selon les données fournies par Citoyenneté et Immigration Canada, près de 800 demandes ont été reçues (incluant les proches des civils employés par le Canada). Le Ministère n'a pas voulu préciser combien d'Afghans ayant postulé étaient toujours coincés dans leur pays.

Sentiment de trahison

Assis devant une tasse de thé dans le jardin de l'hôtel de Kandahar City où La Presse l'a convié, Aziz, 28 ans, raconte son histoire et demande à ce qu'on écrive son véritable nom. «Les talibans commençaient à revenir en force à Kandahar et je savais que les troupes étrangères auraient besoin des services d'interprètes qui connaissent la langue et la culture afghanes. J'ai donc décidé de faire ma part pour aider mon pays», explique-t-il.

Son premier contrat avec les troupes canadiennes consiste à assister la police militaire pour l'interrogatoire de prisonniers. À la suite de ce contrat d'une dizaine de jours, il se joint à une équipe de militaires qui entraîne et supervise les troupes afghanes dans la province de Kandahar. Puis, en mai 2007, il est engagé par l'équipe qui coordonne et gère les projets de reconstruction dans la même province.

Il y est resté jusqu'à la fin de son contrat avec les Forces canadiennes, en mai 2011. Dès lors, il cherche à se rendre au Canada, se sentant déjà en danger. On lui remet alors une lettre devant garantir son émigration.

Près de trois ans plus tard, Aziz attend toujours ce visa qui garantirait sa sécurité et celle de sa famille. Émigrer au Canada, dit-il, est pour eux une question de vie ou de mort.

«À plusieurs reprises, des motards masqués m'ont suivi depuis ma sortie du camp canadien quand j'y travaillais. Et il est toujours difficile de compter sur l'aide de la police, je ne leur fais pas confiance», dit celui qui doit depuis fuir périodiquement Kandahar pour se réfugier chez des amis dans des provinces à des centaines de kilomètres de la ville ou encore au Pakistan. Sa famille a également dû se réfugier chez ses beaux-parents qui habitent une demeure fortifiée aux frontières de la ville de Kandahar.

«Je me sens constamment épié. J'ai peur quand je vois quelqu'un me fixer alors qu'il parle au téléphone.»

Le mois dernier, il a fait sa quatrième tentative, devant renouveler annuellement l'examen médical requis dans le processus. «Je ne comprends pas que ce soit si compliqué. J'ai fait tout ce que les Canadiens m'ont demandé de faire. On m'avait promis de m'aider en échange. Je me sens un peu trahi.» Sa nouvelle demande est actuellement en traitement.

Menacé par les talibans

Ahmed Ali, jeune homme d'une vingtaine d'années ayant travaillé comme cuisinier dans un camp de l'armée canadienne, vit une situation similaire. Dans un courriel, il dit recevoir des messages de menaces nocturnes laissés par les talibans aux «collabos» qui travaillent avec les forces étrangères. Il a tenté à maintes reprises de se rendre à l'ambassade du Canada à Kaboul, mais il a été chaque fois refoulé par l'imposant barrage de sécurité.

Il a été impossible d'entrer en contact avec lui lors du passage de La Presse à Kandahar, mais il a pu être joint à nouveau par courriel. Il dit que les menaces sont moins fréquentes que par le passé, mais sa demande demeure dans les limbes du processus d'immigration.

Rien ne permet de déterminer si des Afghans ayant travaillé pour le gouvernement canadien ont été victimes d'attentats de la part des talibans. Le site web de l'Émirat islamique d'Afghanistan - le gouvernement fantôme dirigé par les talibans - recense toutefois régulièrement des cas de «collabos» et de «traîtres» tués par des militants.

«Le gouvernement doit respecter ses engagements envers ces Afghans qui ont risqué leur vie pour aider nos soldats», dit la porte-parole de l'opposition officielle en matière d'immigration, Lysane Blanchette-Lamothe. Selon elle, la fin du programme en juillet 2011 ne justifie pas de telles embûches. «Le départ des soldats de Kandahar a rendu leur situation encore plus dangereuse, c'est une raison supplémentaire pour que le gouvernement tienne ses promesses», ajoute-t-elle.

Citoyenneté et Immigration Canada demeure vague sur les raisons pour lesquelles certains demandeurs voient leur demande retardée malgré les risques liés aux services rendus par ces Afghans au Canada. Dans un courriel, on explique qu'un comité déterminait les risques réels encourus par les demandeurs avant de soumettre leur demande à un examen plus approfondi. On ne précise pas non plus le nombre exact de réfugiés afghans ayant été admis.




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