Le Canada a dépensé des milliards de dollars en équipements militaires et aide au développement dans ses efforts pour rétablir la paix en Afghanistan, mais la guerre des mots aura été tout aussi importante depuis le début de la mission.

Publié le 16 juill. 2011
Stephanie Levitz LA PRESSE CANADIENNE

Selon des experts, il s'agit là d'un combat qui a été remporté par les talibans.

La campagne d'informations des talibans a incité les Afghans à y penser à deux fois avant de soutenir ouvertement les soldats canadiens déployés dans leur région. Le dernier communiqué des insurgés, publié la semaine dernière sur le site Web des talibans pour souligner la fin de la mission de combat des Forces armées canadiennes, a quant à lui attiré l'attention en raison de son changement de ton.

Les exhortations religieuses habituelles en étaient absentes, alors que les talibans posaient plutôt une question présente dans l'esprit de plusieurs Canadiens: quels étaient les objectifs de cette mission et quelles réalisations ont été faites au cours de la dernière décennie, outre les nombreuses morts et les pertes d'équipements?

«S'ils n'ont pas de réponse à cette question, alors pourquoi permettre au gouvernement et aux chefs militaires de poursuivre leur intervention illégitime en Afghanistan sous une autre appellation, au nom de l'entraînement militaire», indique la traduction du communiqué publié sur le site Web des insurgés.

Avec la fin de la mission de combat, les soldats canadiens demeurés en Afghanistan ont été transférés à Kaboul, afin d'aider les forces nationales de sécurité du pays dans leur entraînement.

Les talibans changent de cap

Thomas Johnson, un professeur sur les études de conflits de la Naval Postgraduate School de Monterrey, en Californie, a affirmé qu'il s'agissait là d'un message particulier des talibans. Ils ont plutôt l'habitude de dire aux gens ce qu'ils doivent penser, plutôt que de les inciter à la réflexion, a-t-il expliqué.

Ce changement de cap pourrait être dû au fait que les talibans croient avoir gagné la guerre, ce qui leur permet de modifier une partie de leur message.

La campagne de propagande des talibans avait commencé par la distribution de brochures, glissées sous les portes des maisons ou épinglées sur les murs pendant la nuit. Ces missives contenaient des avertissements sans équivoque pour tout Afghan croisant la route des Canadiens.

«Si vous êtes aperçu en train de travailler, vous n'avez aucun droit de vous plaindre», prévenait une brochure en 2008, qui donnait deux jours aux lecteurs pour quitter un emploi lié aux efforts des armées étrangères ou du gouvernement afghan.

«Si quelqu'un vous voit en train de déchirer cette missive, il faudra peu de temps avant qu'on ne s'occupe de vous», menaçait-on également.

L'armée canadienne a décidé à son tour d'émettre sa propre version de la brochure nocturne l'an dernier, témoignant ainsi du succès de la tactique des talibans.

La lettre des militaires canadiens visait à rassurer les civils, leur indiquant que des patrouilles afghanes assuraient la sécurité dans leur ville une fois la nuit tombée.