Le Canada n'est plus vu comme le dernier de classe par ses alliés au sein de l'OTAN.

Mis à jour le 22 nov. 2010
Joël-Denis Bellavance, envoyé spécial LA PRESSE

Les investissements substantiels du gouvernement canadien dans l'achat d'équipement militaire depuis quelques années et les énormes sacrifices consentis par les soldats canadiens dans la région de Kandahar, province la plus dangereuse de l'Afghanistan, depuis 2005 ont modifié considérablement la perception du Canada qu'ont les pays membres de l'OTAN.

Elle est bien révolue, l'époque où le Canada se faisait critiquer publiquement par les dirigeants de l'OTAN pour la timidité de ses dépenses en matière de défense.

Dans les années 90, le gouvernement libéral de Jean Chrétien avait réduit les dépenses en matière de défense de près de 23% dans le cadre de la lutte contre le déficit. En 2001, le budget de la Défense était de 9 milliards de dollars, ce qui représentait l'équivalent de 1,1% du produit intérieur brut, et le Canada devançait à peine le Luxembourg parmi les pays qui dépensaient le moins au sein de l'OTAN.

Cette situation avait conduit le secrétaire général de l'OTAN à sermonner le Canada. «Pour que nos forces armées s'acquittent des tâches complexes, difficiles et dangereuses que nous leur confions et pour qu'elles le fassent avec succès, tous les alliés membres de l'OTAN doivent procéder aux améliorations qui s'imposent», avait-il notamment déclaré.

Le gouvernement de Paul Martin avait entrepris d'investir de nouveau dans les Forces armées canadiennes durant son bref règne, compte tenu du mauvais état de l'équipement militaire. Les conservateurs de Stephen Harper ont accéléré le rythme depuis leur arrivée au pouvoir en faisant l'achat de navires, d'avions de transport et d'hélicoptères. En 2010, le budget de la Défense a atteint 21 milliards de dollars, ce qui place le Canada au sixième rang au chapitre des dépenses militaires au sein de l'OTAN, qui compte maintenant 28 membres.

«La perception qu'ont les pays alliés du Canada a vraiment changé depuis quelques années», a indiqué une source gouvernementale qui a participé à plusieurs sommets de l'OTAN.

Un exemple à suivre

Au sommet de l'Organisation à Lisbonne, en fin de semaine, le Canada a été abondamment louangé par ses alliés. Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a soutenu que le Canada est un exemple à suivre au sein de l'alliance militaire, en particulier en raison de son engagement en Afghanistan.

Le gouvernement de Stephen Harper a annoncé la semaine dernière qu'il compte maintenir 950 soldats et membres du personnel de soutien en Afghanistan afin de former les troupes afghanes pendant trois ans dans la région de Kaboul à partir de 2011. Mais la mission de combat des 2900 soldats canadiens dans la région de Kandahar, province la plus dangereuse du pays, prendra toutefois fin comme prévu en juillet 2011. Le gouvernement Harper avait longtemps affirmé qu'il rapatrierait toutes les troupes canadiennes l'an prochain, mais il a cédé aux pressions de ses alliés, notamment des États-Unis et de la Grande-Bretagne.

«Laissez-moi exprimer mon appréciation de la décision canadienne de fournir des formateurs pour notre mission de formation en Afghanistan. Cette mission de formation est cruciale pour la transition et j'espère que la décision canadienne va servir comme un bon exemple pour le reste des alliés et des partenaires», a affirmé le secrétaire général de l'OTAN samedi.

Le président des États-Unis, Barack Obama, a même profité de la conférence de presse de clôture du sommet, en fin de journée samedi, pour saluer la «décision politique courageuse» du Canada de maintenir des troupes en Afghanistan au-delà de 2011.

L'Afghanistan a été au coeur des discussions des leaders durant ce sommet. Les dirigeants ont appuyé le plan visant à transférer graduellement la responsabilité de la sécurité aux forces afghanes à partir de 2011. Le transfert devrait être terminé d'ici à 2014.