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L'aéroport de Kandahar est coincé: ni les Afghans ni les alliés ne veulent payer

Voici l'histoire d'un aéroport qui reçoit une douzaine de vols par jour, mais... (Photo Reuters)

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Photo Reuters

Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
Kandahar, Afghanistan

Voici l'histoire d'un aéroport qui reçoit une douzaine de vols par jour, mais qui n'a pas d'électricité.

Voici aussi l'histoire d'un projet privé qui avance rondement, dans un pays où l'apathie issue de 30 ans de guerre civile vient habituellement à bout de toute initiative personnelle. L'aéroport civil de Kandahar est coincé. D'une part, les autorités afghanes refusent de lui accorder les 3 millions $ US nécessaires à sa réfection, sous prétexte que les forces de la coalition l'utilisent et devraient le financer.

D'autre part, les alliés internationaux - parmi eux le Canada, responsable de la province de Kandahar - soutiennent que les Afghans doivent prendre en charge leurs aéroports. Pendant ce temps, un banquier a décidé personnellement de faire sa part avec un projet tout personnel d'embellissement, un vaste aménagement paysager devant l'aéroport.

Situé dans l'immense périmètre de la base aérienne de Kandahar, le bâtiment de l'aéroport civil est remarquable au premier coup d'oeil en raison de la succession de ses arches, de la finesse de ses courbes, qui tranchent avec ce désert parsemé de hangars.

Toutefois, vues de plus près, ses infrastructures requièrent une sérieuse remise à neuf. La tour est hors d'usage. Les équipements de bureau fournis par l'aide américaine ont été réquisitionnés par les lignes aériennes nationales, sur ordre du gouvernement.

Au mieux, l'aéroport est alimenté en électricité une ou deux heures par jour, jusqu'à ce que la génératrice tombe en panne sèche. À court ou à moyen terme, il faut refaire tout le câblage, réparer la toiture, l'asphalte et le goudron de la piste, entre autres.

«(Le gouvernement de) Kaboul est indifférent à notre sort», a déploré Mohammed Aziz, qui s'occupe depuis plus de 36 ans du transport aérien à Kandahar et qui a traversé tous les régimes successifs. M. Aziz et le gestionnaire actuel, Mohammed Shapoora, ont été rencontrés plus tôt cette semaine dans leurs bureaux spartiates, en compagnie du major canadien Robert Pitcher, qui fait la liaison avec l'aérodrome militaire de Kandahar.

«Le ministère des Transports et de l'Aviation civile dit que les États-Unis et la coalition paient déjà pour l'aéroport», a expliqué Mohammed Shapoora.

Le Ministère affirme qu'il a 2 millions $ US destiné à l'aéroport Kandahar, mais qu'il revient plutôt aux Américains et à la coalition de payer, puisqu'ils sont ceux qui l'utilisent en majeure partie, a-t-il poursuivi.

«Il (le Ministère) ajoute que la coalition réserve un espace trop petit pour l'aéroport civil, de toute façon. Le Ministère dit: «quand la coalition partira, nous paierons'.»

De fait, l'aéroport civil n'est pas autonome en soi. En principe les forces américaines sont propriétaires de tout le périmètre. La coalition s'occupe du contrôle aérien, du service météorologique, etc.

«Ce n'est pas la priorité du Ministère», commenté le major Pitcher, qui rencontre une fois par semaine les autorités de l'aéroport civil pour faire un suivi.

«Kandahar arrive en troisième, après Kaboul et Herat, a-t-il ajouté. La position de l'OTAN consiste à jouer un rôle de facilitateur, à se frayer un chemin dans l'organigramme gouvernemental, en vue d'améliorer l'aéroport. Nous pouvons fournir une expertise, aussi un peu d'assistance en génie, à une échelle limitée.»

L'objectif, toutefois, demeure: s'assurer que les Afghans et leur gouvernement «remettent à niveau et gèrent convenablement» cet aéroport, a clairement laissé entendre le major Pitcher.

Les Canadiens ont, par exemple, pris des arrangements avec le fournisseur en carburant pour réparer les citernes. Ils ont aussi effectué des travaux techniques, en ce qui a trait à la tuyauterie, aux filtres à carburant.

«Nous sommes limités dans notre champ d'action, nous tentons d'intervenir de façon très réduite», a admis le major, en arguant que le Canada a mis l'accent sur d'autres priorités à Kandahar, notamment en matière de gouverne.

Un officier de haut rang de la coalition a rencontré récemment le ministre des Transports à Kaboul pour faire progresser le dossier.

«La rencontre a eu lieu il y a quelques semaines seulement, a indiqué le major. Nous attendons une décision. Cela prendra du temps.»

De surcroît, l'aéroport manque d'effectifs. Au bas mot, MM. Aziz et Shapoora estiment qu'il faudrait une vingtaine de professionnels supplémentaires et à tout le moins une trentaine d'employés réguliers, alors qu'ils sont à peine 25 aujourd'hui. Mais personne ne veut venir travailler ici, en raison de l'état pitoyable des logements et des salaires médiocres, ont-ils ajouté.

Or l'aéroport est en crise de croissance. En 2005 il y avait un vol par jour. Aujourd'hui, quatre compagnies y offrent des vols quotidiens réguliers, en plus des vols de l'ONU, de la Croix-Rouge, des vols déroutés ou imprévus. Seulement durant la période du pèlerinage à la Mecque, plus de 20 000 passagers y transitent.

Ainsi, malgré tous les problèmes de l'aéroport, quelqu'un a vu tout un marché et une clientèle à portée de main: derrière un simple panneau commercial figure un succès à l'afghane, un vaste aménagement paysager.

Un dirigeant de l'Afghan United Bank avait demandé la permission d'installer une affiche en face de l'aéroport. Un conseiller politique et culturel qui travaille avec les Canadiens notamment en ce qui a trait à l'aéroport, Ahmad Ullah Faizi, a suggéré au banquier de faire quelque chose pour l'aéroport, plutôt que d'être facturé pour cette publicité.

Résultat: un grand chantier devant l'aéroport. Des travailleurs afghans s'affairent à planter des fleurs, à installer un système d'irrigation, de l'éclairage, des murets.

«Je n'ai jamais vu un projet avancer aussi rapidement et sans heurt», a assuré la major canadienne Darcy Hedden, qui s'occupe de plusieurs projets de développement dans la zone de Kandahar. Elle a travaillé longtemps dans des pays d'Afrique auparavant et elle demeure convaincue que le développement de l'Afghanistan sera plus facile, une fois que la stabilité sera revenue - elle en tient pour preuve ce projet entièrement privé.

Elle a néanmoins déploré les tracasseries et les hésitations de la coalition dans ce dossier, car selon elle, ce projet pourrait facilement s'intégrer aux priorités établies par des pays tels que le Canada. Elle estime que l'amélioration de l'aéroport est essentielle au développement économique de la région et serait un nouveau «symbole de la stabilité» de Kandahar.

«Nous demandons aux Afghans de se prendre en main, et quand ils réussissent à mettre sur pied un projet privé (comme l'embellissement de l'aéroport), nous ne les encourageons pas», a-t-elle fustigé.




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