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Construction: le désarroi d'une mairesse

Chantal Rouleau, mairesse de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles.... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Chantal Rouleau, mairesse de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles.

Photo: Robert Skinner, La Presse

Après sa sortie sur son impuissance à empêcher l'attribution de contrats à des entreprises proches du crime organisé, la mairesse de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau, se tourne vers le premier ministre du Québec. Dans une lettre envoyée vendredi à Jean Charest, la mairesse demande au gouvernement de resserrer le cadre législatif de l'attribution de contrats municipaux et insiste sur l'urgence de déclencher une commission d'enquête publique sur le milieu de la construction.

«La collusion et le crime organisé dans l'industrie de la construction y sont si solidement implantés que la volonté et la détermination des élus municipaux ne suffisent pas.»

Chantal Rouleau est mairesse de l'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles depuis 15 mois. Elle a été élue sous la bannière de Vision Montréal, parti de Louise Harel. Elle dit être entrée en politique pour améliorer les services publics et assainir les pratiques de l'arrondissement au moment où «plusieurs allégations» de mauvaises pratiques circulaient. Aujourd'hui, elle affirme devoir faire un «triste constat». Impuissante, elle a décidé de s'adresser formellement au premier ministre Charest.

«Tant à Montréal que dans l'ensemble du Québec, les élus du milieu municipal ont besoin que vous assumiez vos responsabilités et que vous agissiez fermement pour rétablir la situation», demande-t-elle à M. Charest dans une lettre que La Presse a obtenue.

Dans sa missive, Mme Rouleau affirme que «la collusion est érigée en système à Montréal».

Elle cite, à titre d'exemple, un rapport que son parti a remis au Bureau de la concurrence, en mars dernier, dans lequel plus de 300 contrats montréalais d'infrastructures accordés entre 2006 et 2010 étaient analysés.

«Le résultat était troublant: il existe une division territoriale entre les entreprises qui atteignent des taux de succès de 100% dans certains arrondissements, alors qu'ils échouent systématiquement ailleurs. Cette réalité est peut-être loin de votre quotidien, mais c'est la mienne et celle de plusieurs maires», dénonce-t-elle.

Appuis

Il y a environ 10 jours, Mme Rouleau a publiquement dénoncé le fait que le conseil municipal avait accordé des dizaines de millions de contrats à des entreprises et à des entrepreneurs «soupçonnés». «Où est l'enquête Marteau? Qu'ils viennent! Qu'ils viennent!», a-t-elle martelé sur les ondes de Radio-Canada.

Mme Rouleau fait le point sur cet événement dans sa lettre. «En septembre, un journaliste de Radio-Canada m'interpellait au sujet de l'octroi d'un contrat de 670 000$ à une compagnie dont l'un des principaux actionnaires serait lié au crime organisé. J'ai alors exprimé sans détour mon désarroi devant cette situation, écrit-elle. Le passé des individus actionnaires doit être considéré et doit pouvoir être utilisé pour écarter des entreprises. Actuellement, il est beaucoup trop simple pour une entreprise fautive de redéployer ses activités sous une nouvelle personne morale et de soumissionner sans contrainte.»

Depuis sa sortie publique, Mme Rouleau affirme que des centaines de citoyens lui ont fait part de leur appui par courriel. Lors d'une entrevue à La Presse, hier, Mme Rouleau a affirmé qu'un grand nombre d'élus et de fonctionnaires avaient également pris contact avec elle pour lui confier qu'ils étaient victimes du même problème. «Il y en a d'autres qui vont parler», assure-t-elle.

Enquête publique

Seule une commission d'enquête publique sur la construction peut faire la lumière sur les rouages de la corruption et de la collusion, croit Mme Rouleau. Contrairement à Jacques Duchesneau, patron de l'Unité anticollusion, elle n'est pas en faveur d'un exercice à huis clos.

«Les risques politiques qui pourraient être associés à la tenue d'une telle commission n'ont aucune commune mesure avec ceux qui planent actuellement sur la société québécoise, écrit Mme Rouleau dans sa lettre. Je souhaite moi aussi que "les bandits aillent en prison", mais qu'aurons-nous gagné collectivement s'ils sont aussitôt remplacés par d'autres?»




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