Tout comme leurs collègues des cégeps, les professeurs d'université appréhendent la reprise des cours. Ils craignent aussi un diplôme au rabais et s'inquiètent particulièrement pour les étudiants qui feront leur entrée à l'université.

Mis à jour le 10 juill. 2012
Pascale Breton LA PRESSE

Le plan de rattrapage du trimestre d'hiver prévoit des cours de la fin du mois d'août à la fin du mois de septembre. Les étudiants devront rattraper en quatre semaines ce qu'ils mettent généralement trois mois à assimiler, dénonce Jean Portugais, président du Syndicat général des professeurs de l'Université de Montréal (SGPUM).

Les étudiants de première année risquent d'être particulièrement touchés: ils ont davantage de cours de base, où ils acquièrent les notions essentielles à toute leur formation.

«Il ne s'agit pas seulement d'heures de cours et de locaux à répartir dans un calendrier. Ce sont des personnes qui apprennent des notions qui prennent un certain temps à assimiler. C'est comme si on était dans un Walmart, comme si on pouvait donner des cours au rabais. Je suis très inquiet», ajoute M. Portugais.

Le SGPUM est également mécontent d'avoir été écarté des discussions avec l'université pour la reprise des cours. Le président du syndicat affirme que l'administration a préparé le calendrier de rattrapage de façon unilatérale, sans respecter la convention collective. Un grief a été déposé à ce sujet le 20 juin et devrait être entendu d'ici à la fin du mois.

«Si l'administration veut que les professeurs collaborent, nous allons trouver une solution, mais il faut une entente négociée», signale M. Portugais.

En réaction à ce grief, l'Université de Montréal se limite à dire que le plan de rattrapage a été conçu «dans le respect des instances universitaires» et approuvé par la Commission des études. Ce sera donc à l'arbitre de trancher.

Aménagement des calendriers

L'Université de Montréal et l'Université du Québec à Montréal (UQAM) sont les deux établissements universitaires les plus touchés par la grève, en plus d'être ceux qui accueilleront le plus d'étudiants provenant de cégeps en grève.

Comme au collégial, le calendrier du trimestre d'automne est lui aussi bouleversé par la grève. La situation ne sera pas optimale.

Certaines universités démarrent le trimestre seulement en octobre pour les étudiants de première année. D'autres commencent le trimestre en août, comme à l'habitude, avec une cohorte en octobre pour accueillir les jeunes qui arrivent d'un cégep en grève et qui doivent terminer leur trimestre d'hiver.

Ce calendrier à géométrie variable n'est pas idéal, estime le président de la Fédération québécoise des professeurs d'université (FQPPU), Max Roy. Il précise également que la situation sera très difficile pour les étudiants: «Ils n'auront aucune pause entre la fin du cégep et le début de l'université.»

Enfin, dans d'autres universités dont les étudiants proviennent en majorité des cégeps qui ont été épargnés par la grève, le trimestre d'automne débutera en août. Les établissements offriront tout de même des cours de rattrapage et un encadrement plus étroit aux étudiants - peu nombreux - provenant d'un cégep en grève qui devront également terminer leur trimestre d'hiver au collégial. Ce sera le cas à l'Université McGill.

Cette décision ne fait pas l'unanimité. «Ça peut être une véritable catastrophe pour un étudiant de rattraper en quelques semaines ce qui a été vu par les autres, sans compter le choc qu'il subira en passant du cégep à l'université», prévient M. Roy.