Alors que les interventions policières ne permettent pas de faire respecter les injonctions pour le retour en classe, les élus ont adopté une motion pour demander le respect de la loi.

Paul Journet LA PRESSE

Le libellé se lit ainsi: «Conformément aux principes de la séparation des pouvoirs, que l'Assemblée nationale exprime que dans une société de droit, les injonctions doivent être respectées». La motion a été déposée par le PQ. Elle a été adoptée par l'Assemblée nationale.

L'opposition demeure toutefois divisée. Contrairement à la CAQ, le PQ ne croit pas qu'il faille demander aux policiers d'utiliser «tous les moyens nécessaires» pour faire respecter ces injonctions.

«La ligne dure va-t-elle permettre de sortir de l'impasse? Jusqu'à maintenant, on voit que ça exacerbe les tensions et que ça augmente les risques pour la sécurité. Je ne crois pas que la méthode dure soit la méthode pour sortir de la crise», a affirmé la chef du PQ, Pauline Marois. Selon elle, la CAQ «devrait faire appel au calme au lieu de jeter de l'huile sur le feu».

Elle n'a pas précisé quels moyens il faudrait employer pour faire respecter la motion présentée par son parti.

Tous les moyens pour les policiers, exige la CAQ

Les leaders étudiants ont refusé jusqu'à présent de demander le respect des injonctions, par crainte de perdre leur rapport de force. Rien n'indique qu'ils changeront de position. S'ils refusent, que devrait faire le gouvernement?  M. Legault voudrait qu'on demande aux policiers de «prendre tous les moyens nécessaires». Mais il n'a pas précisé ce que les policiers pourraient faire de plus.

«Si c'est impossible de négocier avec les leaders étudiants, il faut, avec les forces policières (permettre le retour en classe) avec précaution», a-t-il dit. Il n'a pas voulu dire si l'intervention policière de ce matin au cégep Lionel-Groulx a été faite «avec précaution».

Selon la CAQ, la nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, doit imposer une condition sine qua non aux leaders étudiants: qu'ils facilitent le retour en classe de ceux qui veulent le faire.

Sinon, elle doit mettre fin abruptement à la rencontre, a expliqué François Legault. «On ne peut pas accepter que des gens avec des cagoules et des masques empêchent les étudiants de retourner en classe», s'est-il impatienté.

Il craint même «le début de la fin» pour la paix sociale au Québec. Si on ne réussit pas à faire respecter la loi, on incitera «tous les groupes minoritaires» qui ne sont pas contents d'une décision démocratique à «faire dérailler» le gouvernement.

Carré blanc

Un petit groupe de professeurs a défendu son initiative du carré blanc ce midi. Robert Michaud, professeur de biologie, demande au gouvernement de reculer et décréter un moratoire sur la hausse jusqu'aux prochaines élections. «Si ça se poursuit, il y aura des blessés», a-t-il menacé. Il ne demande toutefois pas aux étudiants en grève de respecter les injonctions.

L'Union des producteurs agricoles et Médecins du monde Canada appuient entre autres cette initiative. L'ex-péquiste et députée indépendante Lisette Lapointe l'a également soutenue en Chambre.

Selon François Legault, le carré blanc et le carré rouge, c'est «la même chose»: «Ça veut dire qu'on pellette la neige en avant. On dit à n'importe quel groupe de pression: manifestez et on fera un moratoire.»

Pauline Marois s'est montrée intéressée par cette «belle initiative citoyenne». «Ça rejoint essentiellement ce que je dis depuis le début», a-t-elle affirmé. Mme Marois et tous ses députés, à l'exception de Sylvain Simard, portent le carré rouge, que portent aussi les leaders étudiants qui réclament le gel. Le PQ propose un moratoire jusqu'à un sommet sur l'éducation. La hausse des frais serait examinée, mais le maximum qui serait proposé serait l'indexation.

Amir Khadir a quant à lui préféré ne pas s'associer au carré blanc. Même s'il la salue cette initiative, sa position est différente, a-t-il précisé: il prône la gratuité scolaire et ne veut donc pas donner l'impression de «récupérer» un groupe qui ne la propose pas.

Québec solidaire soutient par exemple qu'en établissant la taxe sur le capital, qui a été abolie, à 0,6% sur les institutions financières, on pourrait ainsi amasser plus de 450 millions $ par année, et aider à financer la gratuité.