La tension a monté d'un cran lundi matin au collège Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, où les étudiants grévistes ont réussi pour une deuxième journée à empêcher la reprise des cours.

David Santerre LA PRESSE

53 étudiants de cette institution à la réputation militante de la Rive-Nord bénéficient d'une injonction qui oblige le collège à utiliser tous les moyens, même l'intervention policière, pour leur dispenser leurs cours.

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L'injonction s'y appliquait à compter de vendredi dernier. Les cours ont alors été levés. Mais ce lundi, la direction refuse de dire qu'elle lèvera les cours ou fermera le collège. Le porte-parole de l'établissement, Yves Marcotte, indique que sa direction se doit de respecter ce que lui ordonne l'injonction. Mais il est bien conscient qu'il est impossible que des cours s'y tiennent aujourd'hui.

Ce lundi, quelques centaines d'étudiants masqués bloquaient les portes du collège. Autour, quelques professeurs contre la hausse, et devant eux, les policiers locaux.

Derrière ces policiers se trouvaient les porteurs du carré vert et bénéficiaires de cette injonction. Et encore, plus loin derrière, le groupe d'urgence - l'escouade anti-émeute - de la Sûreté du Québec. Ceux-ci n'ont cependant pas eu à intervenir.

Les jeunes masqués étaient ce matin plus qu'à l'accoutumée réticents à se faire filmer ou photographier. «Nous sommes ici pour combattre la judiciarisation du conflit et faire respecter la démocratie. Mais nous nous couvrons le visage parce que nous savons que nous sommes en bris d'injonction et nous ne voulons pas être reconnus pour ne pas être accusés», a expliqué une étudiante.

«L'éducation est un droit. Nous allons continuer de nous battre pour que ça demeure», a lancé un autre élève. Derrière les policiers, les bénéficiaires de l'injonction promettent de revenir demain.

«Nous serons plus nombreux et nous allons entrer. On ne veut pas provoquer d'affrontement, mais il y a 247 autres étudiants qui demandent une injonction aujourd'hui, alors nous serons 300 dont les cours devront se tenir», explique Louis-Philippe Huot.

«On n'est pas pour la hausse, mais on est contre la grève et il faut retourner en classe un moment donné», commente un autre. «On ne veut pas non plus que ceux qui bloquent les portes se fassent mettre à l'amende. Ils ont le droit de manifester», a opiné une autre étudiante voulant reprendre ses cours. Une dynamique complexe qui anime les pro-hausse et anti-hausse. 

Les profs devront forcément jongler avec tout ça le jour où verts et rouges se retrouveront côte à côte dans leur salle de cours. «Nous sommes les professeurs des verts comme des rouges. Comme profs, nous sommes poussés dans les câbles. Par notre enseignement, nous sommes les gardiens de la démocratie. Nous sommes placés avec ces injonctions en situation de légitime défense. Nous ne pouvons pas bafouer ce qu'on enseigne aux jeunes et traverser la ligne de piquetage. Et c'est ce qu'on nous demande de faire», déplore le professeur de sociologie à Lionel-Groulx, Sébastien St-Onge.

Il estime d'ailleurs que le Québec aurait les moyens de la gratuité scolaire. «On donne des millions de dollars aux entreprises alors que la gratuité représenterait 1% du budget», conclut-il.

La direction du collège a porté plainte à la police contre les étudiants responsables du blocus. Elle les accuse de méfait, pour avoir empêché l'accès à la propriété. De son côté, elle affirme ainsi avoir fait sa part pour respecter l'injonction. Yves Marcotte espère que la police aidera par son enquête à permettre le respect de l'injonction mardi.