Les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) ont tiré 30 balles de plastique et de caoutchouc en deux heures et demie à peine lors de l'émeute de Victoriaville, vendredi dernier, soit environ 1 pour 60 manifestants. Du jamais vu depuis le sommet des Amériques.

Gabrielle Duchaine LA PRESSE

«On n'a pas coutume d'avoir recours à ce type de balle. Il faut que le degré de violence soit suffisamment élevé, indique le lieutenant Michel Brunet. En 10 ans, je ne me souviens pas d'un tel usage à part au sommet des Amériques et peut-être à Montebello.»

En 2001, à Québec, quelque 900 balles de plastique et de caoutchouc - dont les effets sont quasi identiques, précisent plusieurs sources policières - ont été tirées vers les protestataires en trois jours. Un chiffre qui avait été dénoncé par un comité d'observateurs nommés par l'ancien ministre de la Sécurité publique Serge Ménard.

Allégations sur les réseaux sociaux

Ces munitions sont de nouveau au coeur de l'actualité depuis les événements de Victoriaville. De nombreuses rumeurs quant à leur dangerosité et aux blessures qu'elles auraient causées parmi les manifestants circulent sur les réseaux sociaux. Plusieurs croient que ce sont ces engins, de 37 mm de diamètre et 110 mm de longueur, selon la SQ, qui sont responsables des blessures de Maxence Valade et d'Alexandre Allard, toujours hospitalisés à Trois-Rivières. Selon leurs médecins, ils auraient aussi pu être blessés par des projectiles lancés par les manifestants, comme des boules de billard ou des pierres.

«La douleur [causée par les balles] est assez intense, reconnaît le lieutenant Brunet. Généralement, lorsqu'un manifestant en reçoit une, il quitte la manifestation.» Il explique que les balles causent généralement des ecchymoses. Et des fractures? «C'est très rare. Il faudrait que la personne soit extrêmement frêle.» Il précise que les agents ne visent jamais la tête ni les organes vitaux. «On en fait usage seulement en dernier recours pour repousser une personne qui agresse les policiers ou les gens qu'ils protègent», dit le lieutenant. «Le but n'est pas de blesser, mais de stopper la menace», ajoute Ian Lafrenière, porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal, où l'on utilise aussi ce type d'arme.

Avant d'y recourir, on applique progressivement d'autres méthodes: simple présence physique, avertissements verbaux, légers contacts qui servent à diriger les personnes, puis agents de dispersion comme le gaz poivre ou les fameuses bombes assourdissantes. Les policiers utilisent ensuite ce qu'ils appellent les armes d'impact - ou «bâtons cinétiques» dans le jargon -, qui projettent les balles de plastique et de caoutchouc, et, en dernier lieu, l'arme à feu.