L'ancien responsable du financement d'Union Montréal, Bernard Trépanier, reconnaît avoir organisé des élections clés en main dans diverses municipalités. Admettant avoir été un «faux bénévole», il dit avoir toujours été rémunéré pour son travail, sauf auprès de son ami Frank Zampino. «Un chum, c'est un chum.»

Mis à jour le 26 mars 2013
Pierre-André Normandin LA PRESSE

D'entrée de jeu, le témoin a reconnu avoir participé au stratagème des élections clés en main. Il n'a toutefois pas précisé pour l'instant son rôle précis. «Il y a des petites batailles entre avocats, ingénieurs et contracteurs du coin pour obtenir les mandats à la ville», a-t-il expliqué. Celui-ci a résumé que des entreprises formaient des équipes pour faire élire des candidats. Les gagnants faisaient main basse sur les contrats de la municipalité tandis que les autres s'en trouvaient privés.

Trépanier, qui a commencé sa carrière en politique en 1984 avec les conservateurs à Ottawa, dit avoir participé à des élections municipales autant à Longueuil, Laval, St-Jérôme, Rosemère, Saint-Léonard, Repentigny et Boisbriand. À la majorité de ces endroits, celui qui était officiellement «bénévole» était en vérité payé en argent comptant.

Il a toutefois tenu à préciser qu'il avait toujours agi en véritable bénévole à Laval, où il a contribué à environ trois élections, ainsi qu'à Saint-Léonard. Trépanier dit avoir connu Frank Zampino vers 1989 alors que celui qui était alors conseiller municipal menait campagne pour devenir maire de la ville fusionnée en 2001 à Montréal.

Les deux ont lié amitié si bien que l'organisateur politique assure ne jamais avoir demandé à être payé pour son aide, considérant qu'il était «de la famille». «Un chum, c'est un chum. J'ai jamais rien demandé à Frank Zampino à St-Léonard», a précisé.

C'est seulement en 2004 que Trépanier dit avoir été embauché par Union Montréal, même s'il a organisé l'élection de Zampino en 2001. Il assure que c'est la première fois qu'il a touché au financement politique, puisqu'il venait d'être nommé directeur du financement.

Le témoignage de Bernard Trépanier s'avère ardu devant la commission Charbonneau. Dès les premières minutes, l'homme de 74 ans a fait savoir qu'il avait de la difficulté à entendre, si bien que le procureur Denis Gallant et les commissaires Charbonneau et Lachance doivent hausser le ton pour qu'il les comprenne.

Le témoin a aussi expliqué avoir des trous de mémoire en raison de ses problèmes passés d'alcool. Il dit vivre une nouvelle vie depuis qu'il a vaincu ce démon, en 1979. Autre obstacle à son témoignage, le témoin se racle bruyamment la gorge, à intervalles réguliers, un héritage qu'il attribue à son tabagisme.

Malgré ces problèmes, Trépanier a néanmoins rapidement démontré qu'il pouvait se montrer combatif, se fâchant quand le procureur Denis Gallant a esquissé un large sourire à l'une de ses réponses.

Bernard Trépanier doit s'expliquer sur les déclarations de 16 témoins l'ayant décrit comme le grand responsable d'un stratagème de ristournes pour le parti de l'ex-maire Gérald Tremblay.

Tout comme pour le témoin Marc Deschamps entendu avant Trépanier, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a obtenu qu'une partie du témoignage de celui que plusieurs surnomment «M.3%» soit frappée d'une ordonnance de non-publication, celui-ci étant accusé dans le scandale du Faubourg Contrecoeur.

Le trésorier d'Union Montréal, Marc Deschamps, a terminé ce matin son témoignage devant la Commission. La dernière partie de son audience s'est déroulée en non-publication puisqu'il a abordé le dossier du Faubourg Contrecoeur. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales a demandé une telle ordonnance  pour éviter de nuire au procès des accusés dans cette affaire qui doit s'ouvrir sous peu.

Dessau veut le statut de participant

Au lendemain de la démission de Rosaire Sauriol, la firme de génie Dessau a quant à elle demandé le statut de participant à la commission Charbonneau. Dans sa requête, l'entreprise éclaboussée par l'enquête publique dit notamment vouloir contre-interroger Bernard Trépanier dont le témoignage débute cet après-midi.

Dans leur requête, les avocats de la firme écrivent que «ses activités et sa réputation sont et seront directement et nécessairement affectées par les travaux et les rapports de Commission».

Les avocats demandent à la Commission de statuer rapidement sur leur demande «compte tenu de l'imminence du témoignage de Monsieur Bernard Trépanier et des liens entre ce dernier et les représentants des firmes de génie-conseil qui ont montré jusqu'à présent devant la Commission relativement au financement politique du parti d'Union Montréal». Un statut de participant leur permettrait de contre-interroger les témoins mettant en cause Dessau.

Au-delà de Trépanier, la firme de génie prévoit que la suite de l'enquête publique risque de l'éclabousser à nouveau. «Le financement politique sera au coeur des travaux dans les semaines à venir, et la Commission a déjà annoncé son intention d'enquêter en profondeur sur la Ville de Laval, où [Dessau ] a été et demeure particulièrement active.»

Depuis le début de ses travaux, la Commission a accordé le statut de participant à 12 parties, leur permettant de contre-interroger les témoins entendus. Sept autres ont eu le statut d'intervenant, qui permet seulement de suggérer des questions aux procureurs de la Commission. Si sa demande est acceptée, Dessau deviendrait la première firme de génie à l'obtenir. Pour l'instant, une seule autre entreprise a obtenu ce statut, Construction Frank Catania et associés.

Liste des 16 témoins de la CEIC qui ont parlé de Bernard Trépanier

>Martin Dumont, ex-organisateur politique d'Union Montréal

>Michel Cadotte, directeur des ventes d'IPEX

>Érick Roy, enquêteur de la commission Charbonneau

>Isabelle Toupin, sergent à la Sûreté du Québec

>Alexandra Pion, ex-réceptionniste d'Union Montréal

>Michel Lalonde, président de la firme de génie Génius

>Giuseppe Borsellino, président de Construction Garnier

>Nicolo Milioto, ex-président de Mivela Construction

>Robert Marcil, ex-directeur du service des travaux publics de la Ville de Montréal

>Christian Ouellet, ex-directeur général d'Union Montréal

>François Perreault, vice-président de la firme de génie Génivar

>Charles Meunier, ex-vice président de la firme de génie BPR

>Yves Cadotte, vice-président de la firme de génie SNC-Lavalin

>Pierre Lavallée, président de la firme de génie BPR

>Rosaire Sauriol, ex-vice président de la firme de génie Dessau

>Marc Deschamps, trésorier d'Union Montréal