Les avis percutants du Barreau du Québec et de la Commission des droits de la personne, qui ont tous deux attaqué durement le projet de loi 60, n'ont pas eu d'impact dans l'opinion publique: l'appui à la Charte des valeurs ne bronche pas depuis trois mois.

Mis à jour le 22 janv. 2014
DENIS LESSARD LA PRESSE

«On peut dire que le Jell-O est pris, cela ne bougera plus», résume le vice-président de CROP, Youri Rivest, devant les données de son plus récent sondage. Le projet de Bernard Drainville a «vraiment polarisé les Québécois»: en janvier, 49% des gens étaient pour le projet, et 40% le réprouvaient. Et selon le sondeur, cela ne devrait pas bouger à moins d'un tsunami politique.

La répartition des appuis par parti illustre l'intérêt électoral de cette démarche. «Cela crée un clivage qui est nettement favorable au PQ, la question de la Charte permet au PQ de coaliser son camp et de diviser les adversaires. C'est ce que fait la Charte», observe le spécialiste.

La CAQ divisée

Ainsi, 19% des libéraux se disent partisans de la Charte, seulement 10% des péquistes sont contre. Du côté de la CAQ, la ligne partisane éclate: 53% des caquistes approuvent la démarche du gouvernement tandis que 39% s'y opposent. Même fractionnement chez Québec solidaire: 49% des partisans appuient la Charte tandis que 37% s'y opposent.

Chez les francophones, 57% des gens sont favorables contre 32% qui désapprouvent le projet Drainville. Fait à signaler, 50% des allophones sont «très défavorables» au projet, tandis que seulement 27% des francophones se disent «très favorables» à son endroit.

Même les limites prévues par le projet de loi 60 sont approuvées en vrac. Que la question porte sur l'interdiction des signes religieux pour l'ensemble des fonctionnaires ou pour uniquement ceux qui incarnent le pouvoir de l'État, les résultats sont semblables. Ainsi, 51% des gens sont partisans d'une interdiction qui s'applique à tous les employés, 53% appuient des balises limitées au personnel en autorité.