L'implication de Tooba Mohammad Yahya dans les événements qui ont coûté la vie à trois de ses filles et à la première épouse de son mari le 30 juin 2009 n'est pas facile à préciser. Mais elle a toujours pris part aux décisions importantes dans la famille, elle n'a rien fait pour protéger les victimes et elle était présente sur les lieux la nuit des «crimes.»

Mis à jour le 16 janv. 2012
Christiane Desjardins LA PRESSE

C'est du moins ce que le procureur de la Couronne Gerard Laarhuis a tenté de démontrer ce matin, avec la fin de son contre-interrogatoire, au procès qui se déroule à Kingston. Me Laarhuis est persuadé que l'accusée savait parfaitement ce qui allait arriver aux quatre malheureuses, le soir du 30 juin.

«Vous dites que vous n'avez jamais entendu Shafie (son mari), menacer de tuer les enfants. Mais les enfants ont dit à la DPJ que leur père avait menacé de les tuer. Vous n'avez jamais pris de précautions pour protéger vos enfants», a lancé Me Laarhuis.

«Les témoins disent ce qu'ils veulent. Je n'ai jamais vu Shafie menacer les enfants», a répondu Tooba.

Tooba Mohammad Yahya, son époux, Mohammad Shafia et leur fils Hamed sont accusés d'avoir tué avec préméditation les soeurs Zainab, 19 ans, Sahar, 17 ans, Geeti, 13 ans, et Rona, 52 ans, première épouse de Mohammad. Les quatre femmes ont été trouvées noyées dans une Nissan au fond de l'écluse de Kingston Mills, le matin du 30 juin 2009. La Couronne pense que les accusés ont tué les quatre femmes parce qu'à leurs yeux, elles jetaient le déshonneur sur la famille par leurs agissements.

Zainab et Sahar s'habillaient sexy et sortaient avec des garçons, alors que leurs parents le leur interdisaient. Geeti, l'adolescente de 13 ans, était rebelle, et se foutait de «l'honneur et des traditions», a fait valoir Me Laarhuis.

En ce qui concerne Rona, le procureur a signalé que c'est elle qui aurait été reconnue comme l'épouse légale au Canada puisque c'était la première femme, alors que Tooba est la deuxième.

Originaire d'Afghanistan, la famille est venue s'établir au Québec en juin 2007. Rona, la première épouse, est venue plus tard, avec un visa. Ils l'ont fait passer pour une tante, puisque les mariages polygames sont interdits au Canada.

Me Laarhuis a fait valoir que Tooba et son époux n'en voulaient plus de Rona, et que Shafie avait même demandé d'arrêter les procédures pour la faire accepter comme résidente permanente. Rona était malheureuse et se sentait de plus en plus exclue de la famille, selon des témoins et les pensées qu'elle couchait dans son journal personnel.

«Les quatre victimes voulaient toutes quitter la maison», a par ailleurs lancé Me Laarhuis. Tooba a répondu que c'était faux.

Me Laarhuis contre-interrogeait l'accusée depuis mardi dernier. Il a fini vers midi 45, aujourd'hui. Cet après-midi, Me David Crowe, avocat de Tooba réinterrogera de nouveau sa cliente.