Survivant de l’Holocauste, le Montréalais Maxwell Smart n’a jamais pensé que son histoire ferait un jour l’objet d’un livre et d’un film dont il est le héros.

« Je ne suis pas un héros », dit humblement l’artiste de 94 ans, qui me reçoit chez lui, dans une maison aux allures de musée.

Pas un héros ? Permettez-moi d’être en désaccord, cher Maxwell.

Né dans une famille juive à Prague, Maxwell Smart, dont le nom à la naissance était Oziac Fromm, avait 9 ans quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, sonnant le glas d’une enfance heureuse. Il avait 11 ans quand sa famille qui avait déménagé à Buczacz, petite ville d’Ukraine faisant partie de la Pologne à l’époque, a été pourchassée par les nazis. Après avoir échappé de justesse à la déportation, il a réussi à survivre en se cachant dans la forêt pendant deux ans. Avec un jeune compagnon d’infortune rencontré par hasard, il y a sauvé un bébé.

Si Maxwell Smart a survécu, c’est d’abord grâce à sa mère qui lui avait ordonné de fuir, me raconte-t-il.

Je me suis accroché à une seule chose : j’avais promis à ma mère que j’allais vivre. Elle m’avait dit : “Tu dois vivre.” Et j’ai dit : “Je vais vivre pour toi.”

Maxwell Smart

Pendant plus de sept décennies, Maxwell Smart, qui a perdu 62 membres de sa famille dans l’Holocauste et a trouvé refuge à Montréal en 1948, n’a jamais parlé de son histoire.

PHOTO GERRY KINGSLEY, FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Scène du film The Boy in the Woods de Rebecca Snow

Pourquoi ? Parce que c’est une histoire trop douloureuse qu’il tentait d’oublier.

« Quand on souffre, on ne veut pas se rappeler à quel point on avait faim, on avait froid, on gelait, trempé jusqu’aux os parce que l’on n’avait pas de toit et vivait dehors comme un animal. En réalité, Rima, on ne veut pas retourner là. »

S’il n’en parlait pas, c’est aussi qu’il avait le sentiment que personne n’avait vraiment envie de l’écouter, encore moins de le croire.

« Je peinais moi-même à me souvenir de ma vie. Alors pourquoi quelqu’un me croirait-il ? Être un survivant de l’Holocauste n’était pas un honneur quand je suis arrivé au Canada. »

C’est sa femme, Tina Russo, qui l’a encouragé à raconter son incroyable histoire.

Elle me disait : “Tu es passé à travers tout ça et tu ne veux pas le raconter aux gens !?” J’ai réalisé qu’elle avait raison. Je me suis ouvert et j’ai écrit un livre. Cela m’a pris dix ans à l’écrire avec son aide. C’était très difficile.

Maxwell Smart

Très difficile, mais absolument nécessaire, se dit-il aujourd’hui, alors que les rescapés de l’Holocauste toujours vivants sont de moins en moins nombreux et que l’on observe une montée de l’antisémitisme.

Best-seller au Canada anglais, The Boy in the Woods (Harper Collins), qui vient d’être adapté au cinéma par la réalisatrice Rebecca Snow, raconte à la fois la face la plus sombre de l’humanité – la haine, le racisme, l’antisémitisme et leurs conséquences terribles dans la vie d’enfants – et son côté le plus lumineux, sans lequel Maxwell Smart n’aurait pas pu survivre : le courage de ceux qui, au péril de leur vie, lui ont tendu la main.

« J’aimerais que les gens se rappellent l’horreur de la Seconde Guerre mondiale. L’inhumanité des hommes, spécialement à l’égard des enfants. J’aimerais sensibiliser les enfants en particulier. Parce que les enfants, c’est notre avenir. Ce sont nos futurs dirigeants, médecins, avocats, écrivains… Ils seront au pouvoir un jour. Et je veux que mon histoire ne soit jamais oubliée. »