Soyons honnêtes, même si ce sera difficile à faire tout en restant gentils. Quand Marc Tanguay a assuré en janvier que « le téléphone sonne » au Parti libéral du Québec (PLQ), la réaction la plus fréquente était le rire.

Vraiment, des gens insistent pour diriger ce parti ?

Quelques mois plus tard, on constate qu’il n’avait pas tort. Cinq noms circulent à l’interne, et un autre fait encore rêver. Aucune femme n’a toutefois manifesté son intérêt.

Charles Milliard, PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec, ne cache plus son intérêt.

Il a obtenu l’appui de plus de 80  membres de la commission-jeunesse, dans laquelle il a déjà milité. Un appui important, car les moins de 25 ans ont le tiers des votes dans le parti.

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Charles Milliard, PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec

« Il est éloquent, il connaît notre parti, mais il n’a pas été testé. On verra comment il se débrouille en débat », souligne un militant qui reste neutre.

La même chose vaut pour Antoine Tardif. Malgré ses 34 ans, il a déjà une expérience notable.

Ex-conseiller du député fédéral Alain Rayes (alors conservateur), il a été élu maire de Victoriaville sans opposition. Il est aussi vice-président de la Fédération québécoise des municipalités, qui représente les plus petites villes en région.

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Antoine Tardif, maire de Victoriaville

Comme le veut la formule, il ne « ferme pas la porte », notamment parce qu’il demande à des gens de lui ouvrir cette porte et de réclamer qu’il la franchisse dès que son horaire le lui permettra.

Motivé, il a rencontré d’anciens chefs du parti. Mais il n’a pas été testé sur une scène nationale. Il n’a jamais siégé non plus à l’Assemblée nationale. Il aurait peu de temps pour apprivoiser le métier et prétendre être prêt en 2026 à devenir premier ministre du Québec.

Pour un parti de pouvoir, cette situation est inusitée. En 2022, Dominique Anglade avait la compétence et l’expérience pour prétendre exercer la plus haute fonction. Mais malheureusement pour elle, le purgatoire des rouges n’était pas terminé.

Karl Blackburn est plus aguerri. Il a été député (2003 à 2007), organisateur en chef et directeur général du parti.

Originaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, il connaît les régions et a travaillé pour l’industrie forestière avant de devenir PDG du Conseil du patronat.

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Karl Blackburn, PDG du Conseil du patronat du Québec

Sa motivation reste toutefois à vérifier. L’arrivée dans la course de Charles Milliard pourrait le faire réfléchir – des militants se demandent si ces deux lobbyistes du milieu des affaires n’ont pas un profil trop semblable.

Frédéric Beauchemin, député et ancien responsable des marchés de capitaux à la Banque Scotia, a relancé sa candidature après le retrait d’une plainte pour harcèlement psychologique à son endroit.

Il mise sur l’appui de l’ex-ministre des Finances Carlos Leitão.

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Frédéric Beauchemin, député de Marguerite-Bourgeoys

Mais la courbe d’apprentissage pour son nouveau métier est lente, et il suscite pour l’instant un enthousiasme modéré à l’interne.

Enfin, il y a Denis Coderre. Après avoir gaspillé deux fois une avance contre Valérie Plante, il a une réputation de perdant.

Et il est aigri, comme le prouve son obsession pour la mairesse de Montréal qu’il critique encore à chaque occasion. Associé au fédéral et au municipal, il n’a pas de racines au PLQ.

Pour attirer l’attention, il entretient un faux suspense ridicule – il y mettra fin le 21 juin. Il multiplie également les déclarations étranges pour faire parler de lui. Il veut maintenir la Loi sur la laïcité, une hérésie pour les libéraux.

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Denis Coderre, ancien maire de Montréal

« Son âge n’est pas un problème. C’est sa vieille façon de faire de la politique. Il s’entête à dire des choses qui sont fausses, comme son histoire de cellulaire au volant », résume un autre observateur qui prévoit rester neutre.

Ses vidéos en direct du chemin de Compostelle, où il a fait une introspection vidéodiffusée, laissent aussi pantois. « Je ne veux pas de couronnement », a-t-il dit, comme si les autres candidats envisageaient de s’incliner devant lui.

Il reste que personne ne doute de sa capacité à vendre des cartes de membre, ce qui sera crucial dans une course à la chefferie. Le meilleur vendeur pourrait gagner. Il promet de faire des soupers-spaghetti dans les 125 circonscriptions, et il le fera. « Il sait comment organiser une course, ce sera un adversaire coriace », rappelle un autre militant.

Et François-Philippe Champagne ? Pour lui, c’est différent. Il n’a pas manifesté son intérêt. Ce sont des militants qui rêvent encore à lui.

Il a toutefois été nommé co-organisateur de la prochaine campagne fédérale. À cause de la loi de l’alternance entre francophones et anglophones, tout indique qu’il ne pourra pas succéder à Justin Trudeau.

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François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie du Canada

S’il veut tenter sa chance au PLQ, il devra faire le saut d’ici l’automne. Après, le temps lui manquera pour organiser sa campagne. Sans être impossible, cette décision serait étonnante.

Pour le PLQ, la simple perspective d’une course est une réjouissance. Mais une question demeure : qui, parmi ces candidats, pourra prétendre être prêt à gouverner le Québec ?