Dans sa version courte, le nom CAQ est imprécis.

Publié le 11 août

Ce n’est pas une simple coalition. C’est un vaste rassemblement d’individus aux allégeances successives et disparates. Le parti se comprend mieux quand on lit son titre officiel complet : « Coalition avenir Québec – L’équipe François Legault ».

L’ex-journaliste Martine Biron ajoute son nom à l’impressionnante liste de nouveaux candidats. Ils ont surtout une chose en commun : vouloir se joindre au premier ministre. Et donc, au pouvoir.

Dans sa dernière analyse publiée en juin, Mme Biron écrivait que le pouvoir était un « puissant ciment ». En effet, rien d’autre ne pourrait réunir des gens si différents dans la même salle. Et s’ils y restent, c’est grâce à la popularité et à l’autorité – l’une découle de l’autre – de M. Legault.

Dans un texte sur la réforme de la loi 101, Mme Biron divisait les caquistes en deux camps : fédéraliste et nationaliste. Les nationalistes convaincus comme Simon Jolin-Barrette sont entourés de fédéralistes purs et durs tels Eric Girard et Sonia LeBel. Maintenant candidate, Mme Biron refuse de s’identifier à un courant.

Elle prétend que tous partagent un même combat, celui de la défense du Québec. Peut-être, mais tous ne l’interprètent pas de la même façon.

Ne soyons pas benêts. Il est normal que ceux qui veulent changer les choses se rallient au parti au pouvoir. Mme Biron aura 60 ans la semaine prochaine. À cette étape de sa vie, elle a envie d’une nouvelle aventure, ce qui se comprend.

En juin, son dernier texte pour Radio-Canada décernait la « palme d’or » de « l’arrogance » aux députés de la Capitale-Nationale, comme Geneviève Guilbault, Éric Caire et Jonatan Julien. Elle se joint maintenant à eux en tant que candidate dans Chutes-de-la-Chaudière, sans désavouer ses écrits. En les relisant, on ne trouve pas de biais flagrant. Mais elle ne nie pas que la rapidité de sa transition du journalisme à la politique crée un malaise.

Son atterrissage n’a pas été trop turbulent. Reste à voir où exactement elle souhaite aller.

Pour justifier son saut, son choix de mots est révélateur. Après avoir commenté la politique, elle veut « passer à l’action ». Pour faire quoi ?

Elle associe trois priorités à la CAQ : l’économie, l’éducation et l’identité. Elle souhaite notamment « combattre l’inflation », prendre « le virage du savoir » et concilier l’économie et l’environnement.

Or, ce sont des dossiers, et non des valeurs. Des défis, et non des propositions. Bien sûr, ce n’était pas le moment pour détailler ses propositions concrètes, et de toute façon, la plateforme électorale caquiste n’a pas encore été dévoilée. Mais si la campagne se déroule à ce niveau de généralité, elle endormira la population. Ce qui ne déplairait pas à M. Legault, au sommet dans les sondages.

La CAQ n’est pas le premier parti de pouvoir. Le Parti libéral du Québec en était un aussi. Pour s’y rallier, il fallait toutefois adhérer au libéralisme et au fédéralisme. La CAQ est plus insaisissable. Elle prétend n’être ni de gauche ni de droite. Ni fédéraliste ni indépendantiste. Cela peut vouloir dire différentes choses en même temps pour différents électeurs, et c’est précisément le but…

Ce n’est pas un parti politique, c’est un test de Rorschach.

Mardi, la CAQ a annoncé une autre candidature de prestige : Christine Fréchette, ex-directrice générale de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal, et aussi ex-chef de cabinet adjointe de Jean-François Lisée. En 2014, elle avait démissionné à cause de la charte des valeurs québécoises.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Christine Fréchette, lors de l’annonce de sa candidature, mardi

Ironiquement, elle se rallie à la CAQ peu après Bernard Drainville. Le responsable du projet de loi péquiste qui l’horripilait. Elle pourra rétorquer que la loi sur la laïcité de la CAQ est plus modérée que celle du PQ. Reste qu’elle devra la défendre face aux attaques qui se poursuivent, devant les tribunaux et sur la place publique.

Le contraste était frappant avec une autre candidature confirmée mardi : celle du péquiste Pascal Bérubé. Le député de Matane-Matapédia voit depuis des années d’anciens collègues prendre le large. Mais peu importe les sondages, il tient le coup. Tout comme son chef, Paul St-Pierre Plamondon, père de deux jeunes enfants, qui a largué un emploi en droit pour diriger un Parti québécois au plancher dans les sondages. La force des convictions se mesure au prix qu’on paie pour les défendre. Leur boulot est adéquatement payé, c’est vrai, mais ils n’ont pas choisi non plus le chemin le plus facile.

Même si le pouvoir aplanit les différends, M. Legault aurait un début de mandat compliqué en cas de victoire. Une multitude d’élus ambitieux voudraient être ministres, et ils ne se satisferaient pas d’être de modestes députés au service de leurs commettants et de la cause caquiste, peu importe comment ils la définissent.

Ce serait pour lui un beau problème, mais un problème tout de même.