Combien d’études scientifiques, de rapports du GIEC et de cris d’alarme faut-il pour que l’urgence climatique soit véritablement traitée de façon urgente par nos dirigeants ? Pour que le gouvernement renonce au projet de troisième lien ? Pour que la densification urbaine ne soit pas vue comme une mode ?

Publié le 19 mai

Je me posais ces questions en lisant les conclusions du nouveau rapport de l’ONU sur les changements climatiques. Un rapport alarmant qui nous informe que nous avons encore battu de nouveaux records en 2021. De ce genre de records dont il n’y a pas de quoi se vanter… Que l’on parle de la concentration des gaz à effet de serre, de l’élévation du niveau de la mer, du réchauffement et de l’acidification des océans, tous les voyants sont au rouge1.

Tout ça à cause de la « lamentable et récurrente incapacité de l’humanité à s’attaquer au dérèglement climatique », a dit le secrétaire général des Nations unies, António Guterres.

Les conséquences de cette lamentable incapacité ne sont pas uniquement consignées dans des études scientifiques débordant de statistiques déprimantes. Nous les vivons au quotidien. Cela se manifeste par des phénomènes météorologiques extrêmes qui ont aussi des effets néfastes extrêmes, souligne le rapport sur l’état du climat 2021 de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Un coût humain très lourd. Des vies et des économies bouleversées. Des centaines de milliards de dollars perdus. Des répercussions sur la sécurité alimentaire et l’approvisionnement en eau. Des déplacements de populations qui s’accentuent.

Le rapport confirme par ailleurs que les sept dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées. Ce n’est qu’une question de temps avant que nous ne battions un nouveau record, a averti le secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas.

« Le climat est en train de changer sous nos yeux. La chaleur piégée par les gaz à effet de serre d’origine anthropique va réchauffer la planète pendant des générations. » L’origine « anthropique », faut-il préciser, est simplement une façon savante (et polie) de dire cette chose simple que l’on préférerait oublier : c’est la faute à l’être humain, qui continue de courir à sa perte, en toute connaissance de cause.

Les conclusions de ce nouveau rapport sur le climat n’ont rien de bien étonnant, me direz-vous, alors que Montréal vient de vivre, en plein mois de mai, la canicule la plus précoce de son histoire.

Ce qui étonne davantage, c’est que, alors que les signaux d’alarme se multiplient, la question ne soit pas traitée comme une urgence nationale par nos gouvernements.

Si c’était le cas, le projet pétrolier Bay du Nord n’aurait jamais été approuvé par le gouvernement Trudeau.

Si c’était le cas, il y a longtemps qu’un projet antiécologique comme le troisième lien routier entre Québec et Lévis, considéré comme une priorité par le gouvernement Legault, aurait été abandonné.

Si c’était le cas, jamais un ministre n’oserait dire que la densification est une simple « mode2 ». Comme si la lutte contre le dérèglement climatique, qui passe par la lutte contre l’étalement urbain, était l’équivalent d’une tendance futile. Cette saison, on craque pour les vêtements verts et pour les étés un peu moins meurtriers…

Si l’urgence climatique était traitée avec tout le sérieux que cela commande, le gouvernement caquiste laisserait de côté le populisme et les arguments fallacieux – comme l’a souligné avec justesse le maire de Québec, Bruno Marchand, la semaine dernière3 – et n’aurait qu’un objectif : faire un virage radical pour répondre au cri d’alarme du GIEC. Faire tout en son pouvoir pour freiner les émissions de gaz à effet de serre qui nous conduisent tout droit vers la catastrophe. Miser sur les énergies renouvelables…

Bien sûr, un virage radical exigerait des changements tout aussi radicaux dans notre mode de vie. Mais la pandémie nous a montré que nous sommes tout à fait capables de faire ce genre de changements lorsqu’une situation urgente l’exige et que des vies sont en danger.

Fait encourageant, la grande majorité des Québécois sont éveillés à l’importance de la lutte contre le dérèglement climatique, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années à peine. En 2018, un sondage publié par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) indiquait que les Québécois craignaient moins la pollution que l’immigration, associée à l’époque à un risque « grand » ou « très grand » pour une personne sur deux. Dans l’opinion publique, le consensus populiste au sujet du péril migratoire semblait avoir autant de poids, sinon plus, que le consensus scientifique au sujet du péril climatique.

Ce n’est plus le cas, selon le plus récent sondage baromètre du CIRANO, publié en décembre 20214. Les changements climatiques préoccupent désormais une large majorité de Québécois. Ce sont 69 % des Québécois qui les associent à un risque « grand » ou « très grand » (contre 52 % en 2018). Même en pleine crise sanitaire, l’enjeu préoccupe davantage la population que les épidémies (54 %) et nettement plus que l’immigration (31 %).

C’est donc dire que la population, à l’instar de la jeune garde municipale, est plus que jamais consciente de l’urgence climatique. Il ne reste plus à nos dirigeants qu’à en prendre acte et à agir en conséquence. Avant que l’on batte d’autres tristes records.

1. Lisez le rapport de l’ONU
2. Lisez « Étalement urbain : choc entre les maires et la CAQ »
3. Lisez « Plus de pouvoirs, pas plus d’argent aux villes, dit Legault »
4. Consultez le baromètre 2021 du CIRANO