Commençons par une question à choix multiple. Que dire à un ami qui hésite à se faire vacciner parce que, même s’il ne veut pas attraper la COVID-19, il craint que le vaccin ne soit peut-être pas sécuritaire ?

Publié le 13 avril

A) La science est claire à ce sujet. Les vaccins sont plus sûrs que la COVID.

B) OK, tu es ambivalent. Tu veux te protéger de la COVID, mais le vaccin t’inquiète et tu veux être rassuré.

C) Ne lis pas tout ce qu’on dit sur Facebook. Je vais t’envoyer des articles fiables.

D) T’es rendu antivax ? C’est à cause de gens comme toi qu’on ne s’en sortira jamais.

J’aurais répondu spontanément A ou C. Deux mauvais choix, me fait remarquer le DArnaud Gagneur, surnommé le « chuchoteur de vaccins ». Coauteur d’un « chatbot », un agent conversationnel publié dans le New York Times pour savoir quoi dire (ou ne pas dire) à un ami qui hésite encore à se faire vacciner, le DGagneur remet ça cette semaine avec un projet novateur de chuchotement virtuel pour aller à la rencontre des hésitants1.

Ce qu’on découvre en jouant le jeu, c’est que la chose à dire si vous souhaitez que votre ami change d’avis n’est pas celle que vous auriez nécessairement dite… La bonne réponse ici est B. Une réponse d’abord fondée sur l’empathie et le respect de l’autonomie de l’ami à qui vous voulez du bien.

PHOTO FOURNIE PAR ARNAUD GAGNEUR

Le Dr Arnaud Gagneur, professeur à l’Université de Sherbrooke et pédiatre

C’est contre-intuitif, c’est vrai, concède le DGagneur, pédiatre, titulaire d’un doctorat en virologie et chercheur au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke. Mais l’approche humaniste a le mérite d’être plus efficace qu’une approche plus directive ou moralisatrice, aussi bien intentionnée soit-elle.

Le DGagneur l’a déjà démontré il y a une dizaine d’années dans ce qui était au départ un simple projet pilote auprès de nouveaux parents en Estrie qu’il a mis sur pied après avoir été ébranlé par la mort d’un bébé non vacciné2.

Il a réalisé que lorsque l’on ne dit pas aux parents quoi faire, mais qu’on écoute leurs préoccupations, on arrive à améliorer l’intention de vaccination de plus de 10 %.

Le projet pilote a si bien fonctionné que c’est devenu un programme provincial reconnu appelé EMMIE (pour Entretien motivationnel en maternité pour l’immunisation des enfants).

Le chuchoteur de vaccins remet donc ça cette semaine pour transposer ce savoir-faire à l’effort de vaccination contre la COVID-19 qui s’essouffle alors que l’on est en pleine sixième vague, que le nombre d’hospitalisations est en forte hausse et que l’on n’a surtout pas le luxe de s’essouffler.

Près de la moitié des adultes au Québec n’ont toujours pas reçu leur dose de rappel. Comme s’ils se disaient : « C’est bon, j’ai eu mes deux doses. Est-ce qu’on peut passer à autre chose ? »

Si on a tous bien hâte de passer à autre chose, ce n’est surtout pas le moment de relâcher, rappelle le DGagneur.

« Avec la cinquième vague en janvier et février, tout le monde pensait que ça allait être fini. On se disait : c’est bon, tout le monde est vacciné et tous ceux qui n’ont pas été vaccinés vont avoir la COVID et ça va aller. Mais on s’aperçoit que non. La sixième vague arrive et ça va flamber complètement. Ce n’est donc vraiment pas fini malheureusement. »

Dans un tel contexte, le nouveau projet du DGagneur arrive à point. Dès le 13 avril, dans le cadre du projet de recherche MIICOVAC, tout citoyen non vacciné (ou non pleinement vacciné) ou qui hésite à faire vacciner ses enfants peut prendre un rendez-vous virtuel de 30 minutes avec un conseiller en vaccination sur le site CanVax3. Le conseiller ne le jugera pas. Il ne lui fera pas un sermon. Son rôle est de comprendre ses préoccupations et de répondre à ses questions, en s’appuyant sur les plus récentes données probantes.

Ce projet, soutenu par l’Agence de la santé publique du Canada, en partenariat avec le réseau de scientifiques canadiens CoVaRR-Net, sera dans un premier temps en phase d’essai. « C’est la première fois au niveau mondial qu’on va tester cette stratégie », se réjouit le DGagneur.

Fort du succès d’une approche semblable auprès des nouveaux parents, le chercheur a bon espoir que cela permettra aussi de faire diminuer l’hésitation à la vaccination contre la COVID-19.

« Les études sur l’entretien motivationnel ont montré que les deux attitudes qui permettent le plus de changer un comportement, c’est l’empathie et le respect de l’autonomie. Plus on cherche à comprendre la personne et à l’aider dans le respect de ses décisions et sans lui imposer quoi que ce soit, plus on a de chances de la faire changer d’avis et de comportement. »

La majorité des personnes non vaccinées n’ont rien à voir avec l’antivax conspirationniste pur et dur, rappelle le DGagneur. « Il y a bien sûr des personnes très, très antivaccins, qui s’y opposent de façon très virulente. Mais elles sont une minorité, environ 2 à 3 % de la population. Le souci, c’est qu’il y a un amalgame et une stigmatisation. Dès qu’une personne n’est pas complètement vaccinée et se pose des questions sur la vaccination, elle est cataloguée antivax. Ça ne l’incite pas à plus d’ouverture ou à aller se faire vacciner. Ça peut même radicaliser un peu les gens et augmenter la proportion d’antivaccins. »

Parmi ceux qui hésitent, on compte beaucoup de gens qui se posent simplement des questions. « Ça va de “c’est quoi l’utilité de se faire vacciner ?” à des considérations d’atteintes aux libertés ou un ras-le-bol des procédures mises en place. Il y a aussi un grand manque d’information ainsi que de la désinformation qui circule énormément. C’est ce qu’on essaie de contrer un peu avec ce projet. »

Tout ça sans jamais dire à la personne quoi faire. Appelé lui-même à discuter avec des gens qui, au départ, ne voulaient rien savoir du vaccin, le DGagneur se garde bien de leur demander à la fin de la conversation ce qu’ils comptent faire. Il leur dit simplement : « Merci pour la discussion. Je te laisse faire ton choix. »

« C’est très rigolo parce que souvent, je reçois un texto une ou deux semaines après, soit d’une capture d’écran de leur prise de rendez-vous ou une photo de leur bras avec un petit pansement. “T’as vu, j’ai eu mon vaccin !” Alors que moi, j’avais rien demandé ! »

Comme quoi, qui ne demande rien n’a pas toujours rien.

1. Consultez le « chatbot » publié dans le New York Times (en anglais)
2. Lisez « Le chuchoteur de vaccins »
3. Consultez le projet de recherche MIICOVAC sur le site Canvax