Quelle sinistre blague.

Publié le 7 janvier

Le feu est pris dans la grange depuis peu avant Noël. On nous a imposé un couvre-feu que le gouvernement a bien du mal à justifier, au-delà de « l’intuition ». Mais nous réduisons les contacts, en bons citoyens, parce que nous comprenons que la situation dans les hôpitaux est critique…

Critique ?

Je cite la sous-ministre à la Santé Lucie Opatrny, jeudi1, alors que nous sommes à l’avant-dernier niveau de délestage (niveau 3) : « Le niveau de délestage 4 ne sera pas suffisant pour aller chercher la capacité hospitalière dont on aura besoin pour traiter tous les patients qu’on va avoir dans les prochaines semaines… »

On penserait que dans les circonstances, l’interdiction faite aux non-vaccinés d’entrer dans une SAQ pour aller chercher un Meursault et à la SQDC pour y trouver du Québec Gold serait entrée en vigueur… maintenant.

Ben non !

Le 18 janvier, Chose. En annonçant la mesure jeudi, l’État a donc donné un préavis de 12 jours aux récalcitrants.

Je vais répéter ce que je disais avant Noël quand le PM a convié la Nation à un point de presse urgent pour rien, finalement, puisqu’il n’avait rien annoncé. J’avais alors posé la question : coudonc, l’heure, elle est grave ou elle est pas grave ?

Et déjà, l’enjeu du lousse donné aux non-vaccinés tapait sur le gros nerf des vaccinés.

Le gouvernement ne semble pas se rendre compte qu’en refusant de serrer la vis à ceux qui sont surreprésentés dans les hôpitaux – les non-vaccinés –, il risque de s’aliéner une grande part des vaccinés.

Martine R., une lectrice, m’a écrit ce message ironique, jeudi, après le point de presse : « C’est vrai, il faut leur donner tout le temps possible pour faire bonne provision d’alcool et de pot, faudrait surtout pas brusquer ces non-vaccinés. Pourquoi ne pas avoir mis ça en place il y a quelques semaines ? »

Un autre lecteur, qui ne souhaite pas être nommé, m’écrit : « On peut fermer les restos et les rassemblements du 31 décembre à une journée d’avis, ce qui m’a forcé à annuler un souper chez ma mère, qui est restée seule chez elle : c’est correct, on s’ajuste. Mais là, presque deux semaines de délais pour les non-vax pour qu’ils fassent le plein de pot et de boisson ? Ils vont perdre l’adhésion de notre gang. »

Le gouvernement refuse de vraiment serrer la vis à ceux qui rejettent le vaccin. Ils peuvent continuer à aller à la SAQ, à la SQDC, chez Ardene, au Canadian Tire, chez Provigo, dans les boutiques et dans les centres commerciaux…

Pourquoi ?

Au nom de quoi ?

Si la grange brûle et que les non-vax jettent de l’huile sur le feu, pourquoi sont-ils à ce point accommodés par François Legault, depuis des semaines ?

Quand j’ai écrit, il y a six jours, que le passeport vaccinal devrait être élargi à tous les commerces, les non-vax ont bien sûr ressorti leurs analogies du IIIe Reich, en plus de continuer à m’envoyer des menaces, subtiles ou pas… Continuez, ça me motive.

Bref, certains m’ont reproché de vouloir les laisser mourir de faim…

Écoutez, on le sait que vous n’allez pas vous laisser mourir de faim si le passeport vaccinal est exigé chez IGA, arrêtez de jouer la comédie, on dirait un joueur de soccer brésilien qui fake pour obtenir un penalty. On le sait que vous allez demander à votre beau-frère vacciné d’aller faire l’épicerie pour vous. Ou que vous allez commander en ligne. Personne n’est dupe.

Et comptez-vous chanceux : François Legault a peur de vous. Il est votre allié objectif. Vous avez beau le diaboliser, le PM a peur de vraiment vous donner le tour de vis qui va vous faire choisir entre rester chez vous et aller vous faire vacciner, François Legault est loin d’Emmanuel Macron, qui a décidé – carrément – « d’emmerder » les antivax…

Si notre PM n’avait pas peur des antivax, je ne serais pas en train d’écrire cette chronique.

NIAISAGE — Évidemment, des citoyens ont un besoin thérapeutique de pot. Ceux-là doivent pouvoir, sur ordonnance, avoir accès à la SQDC, qu’importe leur statut vaccinal.

Ne me dites pas que ces 12 jours de grâce existent pour les cas semblables : si on avait un pilote dans l’avion, on y aurait pensé avant, bien avant, ça fait un an qu’on parle de passeport vaccinal.

L’EUPHÉMISME DU « DÉLESTAGE » — Le mot « euphémisme », selon le Larousse, est « l’atténuation dans l’expression de certaines idées ou de certains faits dont la crudité aurait quelque chose de brutal ou de déplaisant ».

Ainsi, le mot « délestage ». On annule, mais on ne le dit pas, c’est trop brutal. Alors on « déleste » certains soins, dans les hôpitaux, à cause de cet étau impitoyable : trop de malades de la COVID et trop de soignants malades ou en isolement…

On annule des rendez-vous de suivi, des interventions chirurgicales. Me semble que « délester », c’est la version pour enfants. La souffrance, elle, se perpétue, physique et morale, chez les « délestés ».

Je pense à cette jeune femme de ma connaissance qui, dimanche, croyait encore se faire opérer jeudi, à la suite d’un cancer du sein.

Son opération a été annulée, la veille.

Lâche pas, « Béatrice ».

LE COUVRE-FEU — Le gouvernement n’a pas fait la preuve de son efficacité. Puis-je souligner une évidence ? Ce même gouvernement a imposé un couvre-feu de cinq mois en 2021 et, apparemment, nulle part dans l’appareil d’État, on a pensé à commander une étude sur l’efficacité de la mesure imposée en janvier, février, mars, avril et mai 2021…

Elle serait utile, aujourd’hui. Mais non, l’« intuition ».

L’incompétence de l’État québécois à compiler des données existe depuis longtemps2, mais elle nous nuit de façon gênante ces jours-ci, 22 mois après le début de la pandémie : on ignore encore exactement combien de patients sont entrés dans les hôpitaux à cause de la COVID et combien ont reçu un diagnostic positif pendant qu’ils étaient à l’hôpital.

Anecdote, que je relate souvent : le Québec est tellement pourri pour compiler des données que nous sommes souvent exclus d’études canadiennes sur le cancer. L’Ontario sait exactement combien de cancers du côlon, du foie ou du lobe d’oreille sont dépistés sur son territoire, chaque année…

Pas nous.

Nous, on est distincts, yé.

SINGERIES — Le psychiatre Pierre Mailloux ne sévit plus sur les ondes radiophoniques mais il se livre encore à ses hirsutes singeries sur le web. Dans un de ses freak shows, le médecin a récemment critiqué ma chronique du 31 décembre où je m’étonnais que les non-vax ne soient pas encore obligés de commander leur épicerie en ligne.

Il a alors raconté l’histoire d’une patiente non vaccinée, sur l’aide sociale, qui a désormais peur de ne plus pouvoir faire l’épicerie pour ses quatre enfants…

Et il m’a accusé d’« inciter à la haine ».

Bon… Deux choses, Pierre Mailloux.

Un, c’est bien toi qui suggérais d’inciter les mères sur l’aide sociale à se faire stériliser « pour améliorer la propagation de bons gènes au Québec », non ?

Oui, c’est toi, en 20123.

Deux, c’est bien toi qui es allé affirmer à la télé que les Noirs étaient moins intelligents que les Blancs, « études à l’appui », études qui avaient été discréditées 12 ans auparavant, aux États-Unis, non ?

Oui, c’est toi, en 2006. Les bêtises de la « Bell Curve » ont été dénoncées – sur le fond et dans la forme – dès leur publication, en 1994 : il s’agissait bien davantage de politique identitaire anti-immigration et anti-minorités que de science4.

Faque, pour les incitations à la haine et la fausse compassion envers les mères sur l’aide sociale, Doc, je vais juste te dire ceci : bel essai.

1. Lisez un texte de Radio-Canada sur le délestage
2. Lisez la chronique « Surtout, ne pas quantifier la médiocrité québécoise »
3. Lisez un texte du Journal de Montréal sur Pierre Mailloux
4. Lisez un texte de Vox sur la « Bell Curve »