(Ottawa ) Deux sujets soulèvent grandement les passions ces jours-ci en Alberta : le hockey et la politique.

Publié le 20 mai

Au hockey, la série opposant les Flames de Calgary aux Oilers d’Edmonton – le premier affrontement entre ces deux grands rivaux en trois décennies – retient l’attention du monde sportif au pays. Mercredi, le premier match a été remporté par les Flames, 9-6, un score rarement vu durant les séries éliminatoires. Ce festival offensif s’est terminé dans le brouhaha. Le ton a été donné pour le second match, qui aura lieu encore à Calgary ce vendredi.

En politique, Jason Kenney a perdu son pari pour demeurer premier ministre de l’Alberta, quelques heures seulement avant que l’arbitre ne fasse la mise au jeu officielle au domicile des Flames. La cabale menée depuis quelques mois par une frange importante et bruyante du Parti conservateur uni a eu raison de celui qui, il n’y a pas si longtemps, était considéré comme le leader provincial le plus en vue.

M. Kenney a remis sa démission après avoir obtenu seulement 51,4 % d’appuis lors d’un vote de confiance sur leadership. Selon les règles du parti, ce score aurait été suffisant pour qu’il reste en poste. Mais s’il avait tenté de s’accrocher, le parti aurait été condamné à s’enfoncer dans la division à 12 mois des prochaines élections provinciales.

Tous les projecteurs du pays continueront d’être braqués sur ces « deux batailles de l’Alberta » au cours des prochains jours. Mais seule la bataille pour la direction du Parti conservateur uni aura des effets importants sur l’échiquier politique canadien.

De toute évidence, M. Kenney a soulevé l’ire des purs et durs de son parti en raison de sa gestion de la pandémie de COVID-19 et de l’imposition de restrictions sanitaires, entre autres choses. « M. Kenney a été tassé de son parti parce qu’il n’est pas assez extrême », a avancé jeudi le ministre du Tourisme et ministre associé aux Finances, Randy Boissonnault, l’un deux députés libéraux élus en Alberta au dernier scrutin fédéral.

Il a aussi commis des erreurs de parcours qui ont fait les manchettes, notamment lorsqu’il a été pris en photo sur une terrasse d’un édifice à Edmonton avec des collègues du cabinet en train de savourer une bière tandis que le reste de la population ne pouvait pas se désaltérer au pub du coin. Sa décision d’investir 1,3 milliard de dollars dans la construction de l’oléoduc Keystone XL avant que le président Joe Biden annule le permis présidentiel nécessaire au projet a fait mal à sa réputation de bon gestionnaire des fonds publics.

Cela n’a pas empêché M. Kenney de se rendre à Washington mardi, quelques heures avant de connaître son sort, afin d’exhorter l’administration Biden à relancer ce projet controversé durant un témoignage devant les membres du comité de l’énergie et des ressources naturelles du Sénat.

Aux élections provinciales d’avril 2019, le Parti conservateur uni dirigé par Jason Kenney avait été porté au pouvoir en récoltant 1 040 563 voix. Mercredi, M. Kenney, qui a été un des ministres les plus influents dans le gouvernement conservateur de Stephen Harper à Ottawa avant de se lancer en politique provinciale, a essentiellement été congédié par 16 660 des quelque 32 000 membres du parti qui ont pris part au vote de confiance et qui ont refusé d’appuyer son leadership.

Décidément, les temps sont durs pour les chefs conservateurs. En janvier, faut-il le rappeler, le chef du Parti conservateur fédéral, Erin O’Toole, a été démis de ses fonctions par un simple vote des députés du caucus conservateur moins de quatre mois après avoir encaissé une défaite électorale aux mains des libéraux de Justin Trudeau.

En décembre 2018, le magazine Maclean’s avait publié à sa une un photomontage réunissant les principaux leaders conservateurs – le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, le chef du Parti conservateur fédéral, Andrew Scheer, le chef du Parti conservateur uni, Jason Kenney, et le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe. « La résistance », titrait le magazine pour illustrer le front commun de ces ténors du mouvement conservateur contre la taxe carbone du gouvernement Trudeau.

Mercredi soir, l’ancienne ministre de l’Environnement du gouvernement Trudeau Catherine McKenna s’est amusée en publiant sur les réseaux sociaux la même une du magazine avec un X sur trois des dirigeants qui n’étaient plus aux commandes : Brian Pallister, Andrew Scheer et Jason Kenney. Elle aurait pu aussi souligner que Doug Ford n’était plus à couteaux tirés avec Justin Trudeau, bien au contraire.

« Merci Jason Kenney pour toutes vos contributions. Durant les épreuves des deux dernières années et vos décennies de service public, vous avez défendu les intérêts de l’Alberta et des Albertains, et je vous souhaite la meilleure des chances pour les prochaines années », a réagi le premier ministre Justin Trudeau sur son compte Twitter.

Au moins deux candidats ont déjà confirmé leur intention de succéder à Jason Kenney. Deux candidats qui comptaient avoir sa tête tôt ou tard : Brian Jean et Danielle Smith, deux anciens chefs du Wildrose, un parti qui a fusionné avec les progressistes-conservateurs pour former le Parti conservateur uni en 2017.

PHOTO JEFF MCINTOSH, LA PRESSE CANADIENNE

Brian Jean est un ancien chef du parti Wildrose.

M. Jean avait perdu contre M. Kenney lors de la course inaugurale à la direction du Parti conservateur uni. Il n’a jamais cessé de le critiquer et a décidé de revenir en politique à la faveur d’une élection partielle pour le déloger.

PHOTO JASON FRANSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Danielle Smith, lors d’un débat électoral entre les chefs de parti, en avril 2012

Mme Smith, qui a travaillé comme animatrice de radio après un précédent passage en politique provinciale, avait déjà indiqué qu’elle souhaitait faire son retour en politique pour prendre la tête du parti alors que le vote postal sur le leadership de M. Kenney battait son plein. D’autres, comme le ministre des Finances Travis Toews, sont en réflexion. Mais les prochains mois s’annoncent tumultueux en Alberta. Une course à la direction laisse des traces et le Parti conservateur uni est loin d’être… une formation politique où l’unité règne. En Alberta, plusieurs se préparent maintenant au retour au pouvoir du NPD de Rachel Notley.