Après la grève des chauffeurs d’autobus l’année dernière, le Festival d’été de Québec (FEQ) coïncide cette année avec un autre conflit de travail. Cette fois-ci, les traversiers sont à quai, au grand dam des festivaliers de Lévis.

Pourquoi les employés font-ils grève ?

Les quelque 120 employés non brevetés de la traverse entre Québec et Lévis ont entamé une grève vendredi, qui durera jusqu’au 15 juillet à défaut d’une entente. Ces employés non brevetés regroupent les matelots, les gardiens, les amarreurs, les employés du poste de vente, les soudeurs et les réparateurs navals.

« Essentiellement, ce sont les taux horaires qui ne sont pas ajustés au taux du marché. Ici, le taux moyen, c’est 21,48 $, au maximum des échelons », fait valoir au bout du fil le représentant syndical des travailleurs de la traverse Québec-Lévis, Patrick Saint-Laurent.

Ces syndiqués affiliés à la CSN avaient annoncé à l’employeur, la Société des traversiers du Québec (STQ), leur intention de faire la grève il y a 30 jours déjà. L’annonce n’a pas permis selon eux d’accélérer les négociations.

« C’est très décevant. L’employeur ne nous a rencontrés qu’hier, le 4 juillet. L’offre à la table n’a pas permis de rapprocher les parties. On se questionne sur le sérieux de l’offre, on ne sentait pas la volonté de régler. L’employeur a même rajouté des reculs ! », selon M. Saint-Laurent.

La STQ n’a pas accepté notre demande d’entrevue, mais a soutenu dans une déclaration vouloir accélérer les négociations. « La STQ demeure en tout temps disponible. La STQ fait actuellement le maximum pour accélérer le processus de négociation et minimiser les impacts sur la clientèle. »

Pourquoi en même temps que le FEQ ?

IMAGE TIRÉE DU SITE DE DESTINATION QUÉBEC CITÉ

Carte de la traverse Québec-Lévis

Ce n’est pas la première grève qui survient durant le FEQ, qui a lieu cette année du 4 au 14 juillet. L’année dernière, les chauffeurs du Réseau de transport de la Capitale (RTC) avaient annoncé une grève en plein festival. Le conflit s’était réglé durant la nuit, quelques heures avant le début du FEQ.

Le succès des chauffeurs d’autobus semble inspirer d’autres travailleurs. Cette année, les employés de la STQ ne sont pas les seuls à faire coïncider leurs moyens de pression avec l’évènement. Des cols bleus de la Ville de Québec ont annoncé six jours de grève, du 10 au 15 juillet. Ce sont ces employés qui notamment enlèvent les ordures sur le site du festival.

La grève entraîne donc le maintien à quai des traversiers qui assurent habituellement l’aller-retour, un service particulièrement populaire durant le festival. « La problématique des taux horaires à la STQ est majeure, note M. Saint-Laurent. Ça va prendre des hausses importantes des taux horaires. Alors les moyens de pression doivent être proportionnels à la hauteur de la tâche. »

« On peut se demander pourquoi le RTC a été capable de régler avant le FEQ, mais que la STQ en a été incapable », soulève le représentant syndical.

Des répercussions à Lévis

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Martin Vaillancourt, président et maître-brasseur à la microbrasserie Le Corsaire

« Nous, ça va nous affecter pas mal », lance Martin Vaillancourt, propriétaire de la microbrasserie Le Corsaire.

L’établissement de M. Vaillancourt est situé à un jet de pierre du traversier entre Québec et Lévis. Les jours de FEQ, il peut voir les festivaliers faire la file en attendant le bateau.

Certains d’entre eux vont boire une bière dans son commerce avant de partir. Mais il craint surtout la baisse du nombre de touristes qui prennent le traversier de la Rive-Nord pour aller contempler le Vieux-Québec de l’autre côté du fleuve.

« Nous autres, c’est sûr qu’on va perdre beaucoup de clientèle. Les touristes viennent chez nous, prennent une photo du Vieux, mangent un morceau, prennent une bière et repartent… »

« J’espère que ça va se régler, parce que c’est tannant pour les festivaliers et pour la clientèle. On a pas mal un des plus beaux spots pour voir la ville de Québec. »

Le traversier est populaire pour se rendre au FEQ à partir de Lévis pour plusieurs raisons. Le stationnement est rare à Québec les soirs de spectacle. Laisser sa voiture à Lévis, embarquer dans le bateau et en débarquer à quelques minutes de marche du site du FEQ est extrêmement pratique.

Quel plan B pour les festivaliers ?

Le traversier met 12 minutes à parcourir le kilomètre qui sépare les deux rives. Les festivaliers lévisiens habitués à emprunter le bateau n’auront pas un plan B aussi rapide. La Société de transport de Lévis a toutefois bonifié la fréquence de ses autobus pour rentrer sur la Rive-Sud, de 22 h à 1 h 20.