Pour la troisième fois en un mois, les Français sont appelés aux urnes. Ce deuxième tour des élections législatives est décisif : il déterminera qui sera le prochain premier ministre français. Plusieurs expatriés vivant à Montréal nous ont confié leur appréhension face aux résultats, qui tomberont ce dimanche après-midi.

« C’était super important pour moi de venir voter aujourd’hui. Mon père est un immigré d’Afrique de l’Ouest, ma mère est française, je suis métisse. Le Rassemblement national se bat contre tout ce que je représente », lance Pauline Motte.

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Pauline Motte

Elle est venue voter samedi matin au Centre Mont-Royal, au centre-ville de Montréal, peu après l’ouverture des bureaux de vote. Dans la première circonscription, qui rassemble les Français vivant aux États-Unis et au Canada, deux candidats s’affrontent : le centriste Roland Lescure, député sortant du parti Renaissance d’Emmanuel Macron, et l’écologiste Oussama Laraichi, sous la bannière du Nouveau Front populaire (NFP). Le Rassemblement national (RN) y a été battu dès le premier tour, avec 10,70 % des suffrages exprimés.

Au niveau national cependant, le parti d’extrême droite de Marine Le Pen est donné favori : selon les derniers sondages, le RN et ses alliés obtiendraient 170 à 210 sièges de l’Assemblée nationale, pour une majorité absolue fixée à 289 députés. Ils seraient talonnés par le NFP (155 à 185 sièges) et suivis par les macronistes (95 à 125 sièges).

La peur du Rassemblement national

« Ça fait très longtemps que je suis ici, j’avais décidé de ne plus voter. Mais quand j’ai vu les résultats aux élections européennes, j’ai eu peur, donc je suis venu voter pour les législatives », explique Christophe Maire, qui vit au Québec depuis 1998.

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Christophe Maire

Je ne comprends plus mon pays natal, depuis plusieurs années, mais là, ça a vraiment été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Christophe Maire, Français qui vit au Québec

Plusieurs électeurs ont évoqué leur inquiétude face à la banalisation du racisme et de l’extrême droite en France. « Je suis venu faire mon devoir de citoyen. On a vu la montée en puissance du Rassemblement national et on voit de plus en plus d’actes racistes en France, sur les réseaux sociaux. J’ai peur pour ma famille restée là-bas », confie Souleymane Koné.

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Souleymane Koné

Un gouvernement issu de l’extrême droite en France serait une première depuis la Seconde Guerre mondiale. « Je sais que le Rassemblement national va passer, qu’ils vont avoir beaucoup de députés. J’ai peur pour ce que ça va donner dans le futur », dit Pauline Motte.

Quand l’extrême droite passe au pouvoir, c’est difficile de retourner en arrière. C’est comme ouvrir une boîte de Pandore qu’on aura du mal à refermer après.

Pauline Motte, Française qui vit au Québec

L’espoir d’éviter une majorité absolue

Peu de personnes étaient présentes au bureau de vote samedi matin, les Français de l’étranger ayant eu la possibilité de voter en ligne mercredi et jeudi. Au premier tour des élections législatives, la participation était d’à peine 7 % à l’urne, mais de 28,81 % par l’internet.

Si Joëlle Bergeron, qui vit depuis 15 ans au Québec, partage elle aussi sa crainte de l’extrême droite, elle reste malgré tout optimiste. « Je pense qu’on a réussi à contrer les deux extrêmes, j’ai moins peur avec tous les barrages qui se font », avance-t-elle. « On peut éviter qu’ils aient la majorité absolue. »

Si le RN franchissait la barre de la majorité absolue – soit 289 élus – ou s’en approchait, c’est Jordan Bardella, 28 ans, qui deviendrait premier ministre. Il deviendrait le plus jeune premier ministre de France et mettrait en place le programme anti-immigration prôné depuis des décennies par son parti.

À Montréal, les bureaux de vote sont restés ouverts samedi jusqu’à 18 h ; les Français de la métropole votent quant à eux ce dimanche. Les premiers résultats seront publiés dimanche à 14 h, heure de Montréal.

Avec l’Agence France-Presse