(Ottawa) Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, exhorte le Canada à atteindre l’objectif de dépenses militaires de l’alliance, tout en reconnaissant qu’il était difficile pour les politiciens de donner la priorité à la défense plutôt qu’aux services sociaux.

Selon lui, atteindre l’objectif de 2 % est important pour la sécurité collective des membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) dans un monde plus dangereux en raison de la guerre au Proche-Orient et de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Le secrétaire général de l’OTAN est en visite mercredi à Ottawa. Il a prononcé en après-midi un discours lors d’un évènement organisé par l’Association canadienne pour l’OTAN. Le premier ministre Justin Trudeau devrait ensuite le recevoir pour un souper.

M. Stoltenberg a admis qu’il n’était pas facile pour les politiciens d’atteindre cet objectif, mais il soutient qu’il est important que tous les alliés augmentent leurs dépenses dès maintenant.

Plus tôt mercredi, le ministre de la Défense, Bill Blair, avait déclaré aux journalistes qu’il croyait que le Canada atteindrait l’objectif de 2 %, même si son gouvernement n’a pas présenté de feuille de route pour y parvenir.

Les chiffres publiés cette semaine par l’OTAN montrent que le Canada devrait consacrer cette année à la défense 1,37 % de son produit intérieur brut (PIB).

Le ministre Blair a pris soin de souligner que les libéraux fédéraux s’en sortaient mieux que leurs prédécesseurs conservateurs. Il a soutenu qu’en 2014, les dépenses militaires du Canada étaient passées pour la seule fois de l’histoire sous la barre de 1 % et que la pente avait été dure à remonter par la suite.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre de la Défense, Bill Blair

Les pays membres de l’alliance militaire ont convenu l’an dernier de consacrer au moins 2 % de leur PIB à la défense, reflet des inquiétudes suscitées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

M. Stoltenberg arrivait de Washington, où il a rencontré lundi le président américain, Joe Biden, puis le secrétaire d’État, Antony Blinken, mardi.

Une poignée de manifestants s’étaient rassemblés mercredi à Ottawa devant un bâtiment de la colline parlementaire où M. Stoltenberg devait prendre la parole. Sur le trottoir étaient inscrits à la craie les messages « Le Canada est à la traîne de nos alliés de l’OTAN », « Trudeau et Blair sont la risée du monde » et « Les Canadiens ne trouvent pas ça drôle ».

Lors d’un discours à la Maison-Blanche, il avait déclaré que les dépenses militaires des alliés européens et du Canada ont augmenté de près de 18 % cette année seulement – la plus forte augmentation depuis des décennies.

Dépenses supplémentaires à venir

Le ministre Blair a soutenu récemment que les dépenses militaires du Canada atteindraient au moins 1,75 % de son PIB d’ici 2029.

Il a même affirmé mercredi que des dépenses supplémentaires pour une nouvelle flotte de sous-marins et des systèmes intégrés de défense aérienne et de missiles pousseraient probablement ce chiffre au-delà de la cible de 2 %.

Permettez-moi de vous assurer que nous avons fait beaucoup de travail au sein de notre ministère de la Défense, avec le gouvernement du Canada, mais aussi avec nos alliés de l’OTAN.

Bill Blair

Le ministre a ajouté que les alliés étaient « très encouragés » par la mise à jour de la Politique de défense du Canada publiée plus tôt cette année. Cette mise à jour « entraîne une trajectoire historique et ascendante des dépenses de défense du Canada ».

M. Blair et la présidente du Conseil du Trésor, Anita Anand, ont reconnu cette semaine que ces dépenses étaient retardées en raison d’une pénurie de personnel chargé des acquisitions.

« Nous avons la capacité d’accélérer les dépenses : cela nécessite un investissement dans les ressources humaines pour faire le travail », a indiqué M. Blair.

Le gouvernement libéral a réservé 1,8  milliard sur 20 ans pour augmenter le personnel affecté aux acquisitions, au recrutement, à la formation de nouveaux soldats et à la modernisation des infrastructures.

Il serait simpliste de parler de l’objectif de 2 % sans examiner comment cet argent sera dépensé à court et à long terme, a déclaré Mme Anand, elle-même ancienne ministre de la Défense, qui tient désormais les cordons de la bourse à Ottawa.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La présidente du Conseil du Trésor, Anita Anand

« Si vous comprenez que les processus d’acquisition prennent du temps et nécessitent une expertise, vous admettrez qu’il faut davantage de fonctionnaires capables de travailler sur ces acquisitions – et sur plusieurs en même temps – pour les faire aboutir, pour dépenser cet argent », a-t-elle expliqué mardi.

La dernière visite de M. Stoltenberg au Canada remonte à août 2022, alors que M. Trudeau l’avait emmené dans l’Arctique.

Cette région est le point central de la nouvelle Politique de défense du Canada. L’Arctique est considéré comme revêtant une importance croissante pour l’OTAN depuis que la Suède et la Finlande ont rejoint l’alliance militaire et politique.

Les dirigeants des pays membres de l’OTAN doivent se réunir à Washington le mois prochain pour leur sommet annuel, qui marquera par ailleurs le 75anniversaire de l’Alliance atlantique.

L’augmentation du soutien financier à l’Ukraine figurera au sommet de l’ordre du jour, depuis que M. Stoltenberg a proposé que tous les alliés de l’OTAN contribuent à hauteur de 40 milliards d’euros par année (environ 59 milliards CAN), a rapporté M. Blair.

À la Maison-Blanche, M. Stoltenberg a déclaré qu’il attendait de la réunion du mois prochain que les alliés conviennent « d’intensifier leur soutien financier et militaire à l’Ukraine » et de réduire le fardeau qui pèse sur les États-Unis quant à leur contribution à l’OTAN.