À Toronto, les personnes noires sont deux fois plus susceptibles de faire l’objet d’interventions policières que les Blancs, ce qui leur a valu des excuses de la part du chef de police de la Ville Reine, mercredi.

Publié le 16 juin
Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

Qu’en est-il à Montréal ? Un rapport datant de 2019 indiquait que les personnes autochtones et noires ont de quatre à cinq fois plus de chances d’être interpellées par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), en comparaison des personnes blanches.

Est-ce toujours le cas aujourd’hui, alors que le SPVM a instauré, en 2021, une politique sur les interpellations ? Le corps policier a commandé une nouvelle étude pour le savoir.

« Après le premier rapport, le SPVM avait déjà annoncé qu’il y aurait un deuxième mandat », rappelle l’un des chercheurs faisant partie de l’équipe mandatée par le service de police, Massimiliano Mulone, professeur à l’École de criminologie de l’Université de Montréal.

Que s’est-il passé à Toronto ?

Le Service de police de Toronto (SPT) a diffusé des statistiques montrant que les personnes noires, qui composent 10 % de la population, ont été impliquées dans 22,6 % des interactions avec les policiers et représentent 39,4 % des cas de recours à la force par les policiers. Dans la même situation, ils étaient aussi plus susceptibles que les Blancs de voir un policier pointer une arme sur eux, qu’ils soient perçus comme armés ou non armés.

Pour cette raison, le chef du Service de police de Toronto, James Ramer, a présenté ses excuses lors d’une conférence de presse, mercredi en matinée. « Comme organisation, nous n’avons pas fait assez pour nous assurer que chaque personne dans notre ville reçoive un traitement juste et non biaisé, » a-t-il dit.

A-t-on les mêmes données pour Montréal ?

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a rendu public un rapport sur les interpellations policières, en octobre 2019, qui concluait que les personnes noires, qui composent 9,5 % de la population, représentaient 24,9 % des cas d’interpellation. Les chercheurs évoquaient alors une discrimination systémique au sein des forces de l’ordre montréalaises.

Y a-t-il eu des excuses pour les personnes victimes de discrimination ?

En juin 2020, le SPVM a dit reconnaître le caractère systémique du racisme et de la discrimination et s’est engagé à agir pour les combattre. « Il n’y a peut-être pas eu d’excuses, mais c’était la première fois que le SPVM reconnaissait qu’il y avait un problème, note Massimiliano Mulone. Le SPT s’est excusé, mais qu’est-ce qui va suivre ? Y aura-t-il des actions concrètes ? C’est plus compliqué de mettre en place de vraies réformes. »

Y a-t-il eu des actions concrètes à Montréal ?

En juillet 2020, le SPVM a dévoilé sa politique sur les interpellations, la première pour un corps policier québécois, qui vise à éviter la discrimination. « Les interpellations doivent être fondées sur des faits observables et non sur les perceptions des policières et policiers ou sur les biais indirectement associés aux plaintes, signalements ou demandes d’aide qui leur sont acheminés », explique une porte-parole du SPVM, Anik de Repentigny. Les patrouilleurs et enquêteurs ont été formés par une équipe de coachs en interpellation, avant l’entrée en vigueur de la politique, en mars 2021.

Y a-t-il d’autres améliorations à apporter ?

En février 2021, la Commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal a adopté un rapport demandant notamment que les policiers montréalais remplissent systématiquement une fiche chaque fois qu’ils interpellent un citoyen, et que les données sur ces interpellations soient rendues publiques. On demandait aussi au SPVM de prévoir explicitement des mesures disciplinaires à l’encontre des policiers qui contreviendraient à la politique. Mais selon Anik de Repentigny, le non-respect de la politique d’interpellation est bel et bien passible de mesures disciplinaires.

« Le SPVM poursuit ses actions et l’implémentation des recommandations contre le profilage par l’entremise de groupes de travail, notamment avec la collaboration du Bureau de la Commissaire à la lutte au racisme et aux discriminations systémiques », a souligné, dans une déclaration écrite, le responsable de la sécurité publique au comité exécutif, Alain Vaillancourt. « Un second rapport de recherche sur le profilage est d’ailleurs prévu d’ici la fin de l’année 2022, par la même équipe de recherche qui a produit le rapport de 2019. Ce rapport nous aidera à mesurer les efforts déployés ces dernières années. »

Avec La Presse Canadienne