Les ventes de glyphosate, qui demeure l’ingrédient actif de pesticide le plus vendu, ont baissé de 30 % en 2020 au Québec. Des produits utilisés pour le remplacer posent cependant des risques accrus pour la santé et l’environnement.

Publié le 11 juin
Frédérik-Xavier Duhamel
Frédérik-Xavier Duhamel La Presse

Après des ventes record en 2019, « des problèmes d’approvisionnement de glyphosate ont provoqué des achats de produits de substitution » à l’herbicide, l’ingrédient actif du Roundup. Ces produits de substitution ont cependant « des indices de risque pour la santé et l’environnement plus élevés », ce qui a fait augmenter l’indicateur de risque des pesticides en 2020.

C’est l’une des conclusions du Bilan des ventes de pesticides au Québec 2020, publié vendredi. Le bilan montre qu’avec des ventes de 4,6 millions de kilogrammes d’ingrédients actifs, l’année 2020 se situe dans la moyenne des cinq dernières années.

On y apprend également que les ventes de plusieurs types de néonicotinoïdes, surnommés « tueurs d’abeilles », sont en baisse, tout comme le nombre de prescriptions agronomiques – requises depuis 2018 pour certains des produits jugés les plus à risque.

Une nouvelle qui réjouit Louise Hénault-Ethier, professeure à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

La baisse de 96 % des ventes d’atrazine depuis la mise en œuvre de la justification agronomique, par exemple, « démontre qu’on peut vraiment faire de l’agriculture en se passant de cette substance », selon elle, d’autant que cette diminution est supérieure au remplacement par d’autres pesticides.

Elle aimerait cependant voir une baisse plus importante de l’utilisation du chlorpyrifos, qui n’affiche qu’une diminution de 6 % des ventes malgré les restrictions qui le touchent aussi depuis 2018. Cet insecticide utilisé en cultures maraîchères est « très dommageable au développement du cerveau des enfants » et dangereux pour les travailleurs agricoles, explique la professeure.

L’experte sur les risques de l’utilisation des pesticides aimerait également voir s’allonger la liste des produits qui doivent faire l’objet d’une justification agronomique, à défaut d’une interdiction. Le glyphosate, par exemple, « ce n’est pas un produit bénin », dit-elle, plaidant pour une plus grande ouverture à d’autres options que le recours systématique aux pesticides.

Les ventes de pesticide en milieu urbain – qui représentent 18 % du total – ont quant à elles plus que doublé par rapport à 2019. Cette hausse est attribuable à l’utilisation de la farine de gluten, un bioherbicide utilisé contre le pissenlit. Les ventes de biopesticides sont d’ailleurs en hausse de 64 % durant la même période.

Or, l’utilisation de ces produits peut bouleverser la chaîne alimentaire et affecter la biodiversité en éliminant les insectes d’un milieu. « Ce n’est pas parce que c’est un biopesticide que c’est sans conséquence sur l’environnement », souligne la professeure Hénault-Ethier.