(Québec) La question de la pénurie de places en garderies a suscité des échanges corsés jeudi au parlement, alors que la députée de Québec solidaire Christine Labrie a cité le témoignage d’une mère qui affirme s’être fait avorter parce qu’il n’y a pas d’aide d’urgence pour les parents en attente d’une place.

Publié le 2 juin
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Dans une question qu’elle posait au ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, Mme Labrie lui a dit « attachez votre tuque », avant de citer l’histoire d’Irène, de Québec, qui a vécu de plein fouet la pénurie de places dans les services de garde éducatifs à l’enfance pour ses derniers enfants.

« “Mon cœur pleure en ce moment, car je viens d’apprendre que je suis enceinte. On a décidé de ne pas le garder, car la situation est tellement difficile pour une place en garderie, et surtout financièrement, c’est tellement dur, que nous ne pouvons pas nous permettre de le garder »”, a lu la députée solidaire en citant le témoignage d’Irène.

« [C’est un] sujet délicat. Je ne ferai pas de politique avec ça, mais je vous dirai [que] ça me surprend, ça me surprend, honnêtement, de [Christine Labrie], que j’apprécie. Ça m’étonne qu’elle utilise un argument comme celui-là aujourd’hui. Mais moi, je vais vous dire, au-delà peut-être des erreurs du passé, on est engagé à compléter le réseau », a répondu M. Lacombe au Salon bleu.

Le ministre de la Famille a également rappelé les investissements du gouvernement pour compléter le réseau d’ici 2025 afin que chaque enfant ait une place. « On a le plan le plus ambitieux […] [avec] 5,9 milliards de dollars sur cinq ans qu’on a mis en place pour garantir une place à chaque enfant. C’est le plan le plus ambitieux qu’on a depuis 25 ans », a-t-il dit.

Labrie persiste et signe

En mêlée de presse après la période de questions, Christine Labrie a défendu son choix de lire le témoignage d’une mère qui affirme s’être fait avorter en raison de la pénurie de places en garderie.

Je ne suis pas du tout mal à l’aise d’avoir fait ça, parce que c’est la vraie vie. C’est ça qui se passe en ce moment. Je l’ai vu que les députés de la CAQ étaient extrêmement mal à l’aise d’entendre une histoire comme ça. C’est parce qu’ils se voilent la face sur la réalité.

Christine Labrie

Mme Labrie était également accompagnée d’une mère monoparentale, Pascale Levasseur, « qui n’a pas eu le choix d’aller sur l’aide sociale » parce qu’elle ne trouvait pas une place pour son enfant en service en garde.

« On est des milliers de personnes à vivre la même chose. Tout ce qu’on veut, c’est être capable de travailler », a dit Mme Levasseur.

Québec solidaire et les autres partis d’opposition appuient la demande faite par Ma place au travail pour que les parents obtiennent une aide financière temporaire d’urgence le temps que le gouvernement ouvre suffisamment de places en garderies pour éliminer la liste d’attente. La fondatrice de l’organisme, Myriam Lapointe-Gagnon, est pressentie comme candidate pour Québec solidaire lors de la prochaine élection.