Des employés de l’Agence du revenu du Canada (ARC) qui utilisent des téléphones portables pour répondre aux demandes de renseignement de la population pourraient-ils « présenter des risques » pour le citoyen ? L’organisme fédéral prévient que oui. Si la situation n’est pas alarmante, elle appelle tout de même à certains changements d’habitudes, selon un expert.

Publié le 21 mai
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Au bout du fil, lorsqu’ils communiquent avec le service client de l’ARC, une voix automatisée prévient maintenant les Canadiens de certains risques à prendre en considération. « Certains de nos agents utilisent des téléphones portables pour répondre aux demandes de renseignement, ce qui pourrait présenter des risques. En restant en ligne, vous consentez à poursuivre l’appel », indique la voix automatisée au bout du fil avant de mettre en contact l’usager avec un représentant, a pu constater La Presse.

On explique alors que l’usager peut « également choisir d’explorer d’autres moyens » de contacter l’Agence du revenu, tels que le service Mon dossier, en ligne.

« En raison des limitations de la technologie de téléphonie cellulaire actuelle, la sécurité n’est jamais garantie. Appeler l’Agence au moyen d’un téléphone cellulaire n’est pas moins sécuritaire que d’appeler n’importe qui d’autre avec la même technologie », précise à ce sujet la porte-parole de l’ARC, Hannah Wardell, par courriel.

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Depuis le mois d’août dernier, le Conseil du Trésor a statué dans un document gouvernemental que « l’obligation d’utiliser le chiffrement pour protéger les renseignements sensibles […] ne s’applique pas dans le cas de transmissions au-delà du gouvernement du Canada par voie vocale et audio », rappelle Mme Wardell.

La situation s’explique par le fait que « le gouvernement du Canada n’a aucun contrôle sur les réseaux de communication externes et les appareils personnels utilisés par le public ». La politique sur l’usage des téléphones cellulaires pour communiquer avec le public a donc été « modifiée pour refléter cette nouvelle directive », poursuit la porte-parole, qui souligne que le message automatisé n’a pour but que de permettre à tous de « prendre une décision éclairée avant de poursuivre l’appel ».

Un danger « réel », mais qui se balise

À l’UQAM, le coordonnateur du Laboratoire de recherche en médias socionumériques, Jonathan Bonneau, rappelle que le danger, lorsqu’un fonctionnaire fédéral utilise un téléphone cellulaire, est « réel », mais qu’il peut très bien être encadré pour le rendre « minime ».

Le danger ultime, c’est qu’on installe des scanners, comme ceux qu’on utilise dans les voitures de police, en dessous d’une voiture pour capter des discussions sur le trottoir ou à l’entrée des maisons.

Jonathan Bonneau, coordonnateur du Laboratoire de recherche en médias socionumériques

« Cela dit, c’est une technologie qui n’est pas aussi avancée et démocratisée que ce qu’on voit pour les vols de voiture, par exemple. D’un autre côté, c’est certain qu’on ne sait jamais comment ça peut progresser. Il faut donc préconiser une surveillance des outils utilisés » par les fonctionnaires, ajoute M. Bonneau.

Selon lui, le plus grand risque de l’utilisation d’un téléphone cellulaire par un représentant de l’ARC est le « hacking d’adresses IP ». « Comparativement au satellite, où il faut vraiment viser quelqu’un, on peut alors simplement placer un filet et voir ce qui passe sur l’adresse. C’est donc un peu du piratage au hasard, qui peut fournir éventuellement beaucoup de données », remarque le spécialiste.

Ultimement, l’avertissement lancé par l’Agence du revenu appelle probablement à « prendre de nouvelles habitudes de prévention », conclut Jonathan Bonneau. « Quand on vous demande votre numéro d’assurance sociale, par exemple, il s’agit de demander si la personne à qui vous parlez a une ligne fixe ou au moins protégée de quelconque façon. Et si ce n’est pas le cas, vous pouvez demander à parler à quelqu’un d’autre », observe-t-il. Cette démarche n’est toutefois pas nécessaire pour des informations de base comme votre nom ou votre prénom.

Dans les dernières années, l’agence fédérale a été victimes de cyberattaques, comme plusieurs autres ministères, entités gouvernementales et grandes organisations. Récemment, en décembre dernier, l’agence fédérale avait d’ailleurs déclaré avoir suspendu ses services en ligne après avoir appris l’existence d’une menace pour la sécurité. Au Québec, l’espace Mon dossier avait alors été momentanément inaccessible.