(Ottawa) Les premiers vols commerciaux offerts gratuitement à des Ukrainiens au moyen d’une collecte de fonds en points Aéroplan et en argent, annoncés par le gouvernement fédéral il y a près d’un mois, ne seront disponibles qu’en juin.

Publié le 18 mai
Émilie Bergeron La Presse Canadienne

Lancée en partenariat avec Air Canada et des organismes caritatifs, l’initiative a pour objectif de financer le transport par avion d’environ 10 000 personnes ayant fui l’invasion russe en Ukraine.

Au moment de l’annonce, le 20 avril, l’organisation Miles4Migrants travaillant sur la logistique avait dit s’attendre à ce que les vols commencent dès le mois de mai. L’organisme estime désormais que ce sera le cas quelques semaines plus tard, puisque le coup d’envoi au programme n’est pas prêt à être donné.

« Nous sommes en voie de lancer le programme au début de juin, ce qui est seulement un très léger délai. […] Nous procédons ainsi pour nous assurer que le processus en place, au niveau opérationnel, est conçu pour être une réussite », dit en entrevue avec La Presse Canadienne Andy Freedman, cofondateur et membre du conseil d’administration de l’organisation établie aux États-Unis.

Une fois le programme lancé, Miles4Migrants s’attend à ce que les premiers vols soient disponibles vers la mi-juin.

M. Freedman affirme que les fonds déjà amassés sont prêts à être utilisés pour réserver des vols, mais que l’organisation doit d’abord compléter les détails de son programme pour fournir un accompagnement direct aux Ukrainiens avec ses partenaires. Il indique que le travail de coordination en cours avec d’autres organismes à but non lucratif, de même qu’avec le gouvernement, doit par exemple permettre de s’assurer que les personnes qui s’inscrivent sont bel et bien admissibles, que les Ukrainiens ont quelqu’un vers qui se tourner si leur vol est annulé et qu’un soutien adéquat leur est donné à leur arrivée.

« Nous ne voulons pas lancer un programme où tous ces éléments ne sont pas mis en place », explique M Freedman.

Il mentionne que Miles4Migrants, qui a pour mission d’utiliser des dons en points pour fournir un transport par avion gratuit à des réfugiés, a déjà travaillé avec des organismes à but non lucratif canadiens par le passé et a collaboré aux efforts de réinstallation d’Afghans avec le gouvernement américain.

La collecte de points Aéroplan lancée en collaboration avec le gouvernement canadien a permis de recueillir plus de 144 millions de points jusqu’à présent, selon une page web d’Air Canada.

Le transporteur aérien précise que ce total inclut son don de 100 millions de points annoncé le 20 avril. « Le rôle d’Air Canada est celui de donateur […]. La mise en œuvre de ce programme, ainsi que toute la logistique qui en découle, relèvent de Miles4Migrants et du gouvernement », écrit-on dans un courriel.

Appelé à préciser combien de trajets pourraient être financés avec les fonds cumulés jusqu’à présent, selon des estimations, Air Canada n’a pas répondu à cette question.

La fondation Shapiro, qui fait aussi partie du partenariat, s’est engagée à égaler les dons en points Aéroplan jusqu’à hauteur de 50 millions de points. Des dons en argent sont aussi recueillis par la Jewish Foundation of Greater Toronto.

Questionné sur le rôle d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada dans l’initiative pilotée par Miles4Migrants, le bureau du ministre responsable de ce ministère, Sean Fraser, répond qu’il consiste à aider les ressortissants ukrainiens à assembler la documentation nécessaire sur le terrain, comme d’avoir en main une approbation au programme d’Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine (AVUCU).

L’AVUCU donne accès à une résidence temporaire de trois ans pour des Ukrainiens et membres de leur famille immédiate et, selon les plus récentes données publiées par Ottawa, les dossiers de 104 553 personnes ont été approuvés.

Le ministre Fraser, qui n’était pas disponible pour une entrevue cette semaine selon son bureau, a répété à plusieurs reprises publiquement que beaucoup de personnes demandent l’AVUCU sans savoir si elles l’utiliseront ou resteront ailleurs, plus près de l’Ukraine.

Le bureau du ministre soutient que le partenariat avec Miles4Migrants est un « complément » aux vols nolisés offerts par le gouvernement canadien à certains bénéficiaires de l’AVUCU, parlant d’une approche « à deux volets ».

Pour l’heure, trois vols nolisés ont été annoncés. Ceux-ci, qui doivent avoir lieu les 23 mai, 29 mai et 2 juin, permettront à seulement environ 300 personnes chaque fois de monter à bord, selon une porte-parole de l’équipe de M. Fraser.

Le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique (NPD), Alexandre Boulerice, juge que l’approche sur deux fronts du gouvernement est inefficace et qu’Ottawa devrait annoncer plus de vols nolisés, plus rapidement.

« Déjà, le Canada n’est pas le plus efficace sur le terrain et là on vient de trouver une espèce de solution publique-privée où […] il y a encore beaucoup de questions et on n’a pas le temps de se poser ces questions-là », dit-il en entrevue, en précisant qu’il critique les actions du gouvernement et non celles de ceux avec qui il s’est fait partenaire.

Le Bloc québécois a la même demande pour des vols nolisés supplémentaires. Son porte-parole en matière d’Immigration, Alexis-Brunelle Duceppe, dit avoir l’impression que le gouvernement a essayé de « gagner du temps » en annonçant la collecte de fonds et ne fait « absolument rien » pour alléger le fardeau logistique.

« Ils prennent le crédit pour un programme pour lequel ils n’ont aucun rôle et en plus de ça ce programme-là n’est toujours pas en place », dit-il.

Dans une déclaration écrite, le porte-parole des conservateurs en matière d’immigration, Jasraj Singh Hallan, suggère qu’Ottawa aurait dû prévoir le temps d’implantation du partenariat au moment de l’annoncer. « Lorsque le gouvernement fait des annonces, ces dernières doivent être accompagnées d’actes et de gestes concrets, et non de belles paroles », fait-il valoir.

À ce sujet, le bureau du ministre Fraser soutient que le fait que « parfois, les choses finissent par prendre plus de temps à organiser ne devrait pas empêcher [le gouvernement] d’être clair avec le public sur le genre d’initiatives qu’il entreprend ».

Par ailleurs, tant les conservateurs que les bloquistes et néo-démocrates ont réitéré leur demande que toute exigence de visa pour les Ukrainiens soit levée.