Olymbec s’engage à reconstruire le centre commercial du Domaine-de-l’Estérel, immeuble patrimonial détruit illégalement vendredi. L’entreprise immobilière propriétaire du lot décrit la démolition comme « accidentelle, involontaire et tout à fait déplorable ».

Publié le 17 mai
Frédérik-Xavier Duhamel
Frédérik-Xavier Duhamel La Presse

« Les directives à l’entrepreneur retenu pour réaliser les travaux de démolition de la partie arrière, conformément au permis obtenu pour régler les enjeux de sécurité, étaient plus que claires », dit le président d’Olymbec, Richard Stern, cité dans un communiqué publié mardi.

« Nous sommes atterrés de cet accident et entendons faire la lumière sur la chaîne d’évènements et ses causes. Nous envisageons des procédures juridiques à l’encontre de cet entrepreneur », ajoute-t-il.

L’entrepreneur, qui serait NZO Construction selon Olymbec, a refusé de répondre aux questions de La Presse. D’après le registre des entreprises du Québec, NZO Construction appartient à Vincenzo Riccio.

Olymbec dit en outre « appliquer un principe de précaution » en lien avec la présence potentielle d’amiante dans les débris, dont l’arrosage et la ségrégation des matériaux, de même que l’installation d’une clôture et d’une bâche.

Façade distinctive

Sur des images de la démolition du centre commercial obtenues par La Presse juste après les faits, on peut voir de la machinerie lourde s’affairer à détruire l’immeuble à la façade distinctive, protégé en raison de sa valeur historique et architecturale.

Dans le communiqué, M. Stern s’engage à « faire tout ce qui est possible pour réparer au mieux ce qui apparaît irréparable, ce qui inclut la reconstruction du bâtiment patrimonial dans le cadre de notre futur projet de redéveloppement ». L’entreprise dit offrir aux autorités « sa pleine collaboration ».

La ministre de la Culture et des Communications du Québec, Nathalie Roy, avait tweeté vendredi son intention de « faire toute la lumière » sur les évènements et d’appliquer la loi. « Nous poursuivons donc nos démarches en ce sens », indique simplement son cabinet, appelé à réagir au communiqué d’Olymbec.

PHOTO FOURNIE PAR LE CENTRE D’HISTOIRE DE SAINTE-MARGUERITE-DE-L’ESTÉREL

Le centre commercial du Domaine-de-l’Estérel, à la fin des années 1930

La Loi sur le patrimoine culturel permet d’imposer des amendes pouvant aller jusqu’à 1,14 million à une entreprise qui démolit « en tout ou en partie un immeuble » protégé. Elle prévoit en outre que la « ministre peut obtenir de la Cour supérieure une ordonnance pour faire exécuter les travaux requis […] pour remettre en état les biens ».

Une pétition exigeant la reconstruction du bâtiment a été lancée par Philippe Lupien, architecte et professeur à l’École de design de l’UQAM. « Nous, citoyens québécois, considérons que les circonstances entourant cette démolition illégale justifient que soient invoquées les plus sévères punitions prévues par la loi sur le patrimoine culturel », peut-on y lire. Plus de 1200 personnes l’avaient signée mardi.

Réalisé par un éminent architecte belge, Antoine Courtens, le bâtiment Art déco inauguré en 1937 « serait l’un des premiers centres commerciaux à voir le jour au Québec et au Canada », indique le Répertoire du patrimoine culturel du Québec. Il présente « une architecture moderne en rupture radicale avec les styles historiques privilégiés pour les lieux de villégiature au cours des années 1930 ».

Le centre commercial du Domaine-de-l’Estérel a été classé immeuble patrimonial en 2014. Il appartient à la firme immobilière Olymbec depuis 2021.