(Québec) Aux prises avec des problèmes d’approvisionnement en eau potable, la Ville de Québec entend couper l’herbe sous le pied des arroseurs de pelouse, et le maire les invite à ouvrir leur cœur au trèfle.

Mis à jour le 16 mai
Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

La capitale entend limiter dès cet été à deux soirs par semaine l’arrosage des pelouses, puis à un soir par semaine dès 2023. Il sera aussi interdit d’arroser lorsqu’il pleut.

L’arrosage « d’une surface extérieure non végétalisée, telle qu’une aire de stationnement », ne sera plus permis qu’entre le 1er mai et le 15 juin, selon cette proposition qui a été adoptée à l’unanimité lundi soir au conseil municipal.

« Ça fait deux ans qu’on vit ces problèmes, des problèmes qu’on n’avait jamais vécus avant », a expliqué le maire Bruno Marchand, lundi, en conférence de presse.

Le maire de Québec a rappelé que l’été dernier, la municipalité avait vécu trois épisodes critiques durant lesquels les réserves d’eau potable ont manqué.

PHOTO YAN DOUBLET, ARCHIVES LE SOLEIL

Bruno Marchand, maire de Québec

Les études nous démontrent que ça venait des gens qui arrosaient leur gazon. On n’a rien contre les gens qui arrosent leur gazon, mais quand ça crée un problème pour alimenter en eau potable les gens de la ville, ça nous pose un problème.

Bruno Marchand, maire de Québec

La nouvelle politique de la Ville veut aussi baliser les jeux d’eau – qui devront être munis d’un système de déclenchement sur appel dès 2025 – et les lave-autos.

Vive le trèfle

Mais c’est la réglementation sur l’arrosage des pelouses qui risque de toucher le plus grand nombre. Selon le maire Marchand, il faudra que les citoyens modifient leurs comportements, notamment en privilégiant la récupération d’eau de pluie ou l’ajout du trèfle à leur pelouse.

Le trèfle est de longue date un irritant pour les inconditionnels des pelouses manucurées. Mais des voix s’élèvent depuis des années en faveur d’une plus grande tolérance envers cette plante herbacée qui demande moins d’eau que le gazon.

Ça se peut que le Kentucky grass, cette semence qu’on utilise pour avoir de beaux gazons verts, soit de moins en moins prisé, qu’on mélange du trèfle à nos gazons, par exemple.

Bruno Marchand, maire de Québec

« Il y a des effets écologiques à traiter de l’eau, à la rendre potable et à l’utiliser pour de l’arrosage de pelouses, dit-il. Mais au-delà de ça, le premier élément, c’est que l’an passé, on a dépassé à trois moments notre zone critique de capacité d’approvisionnement en eau. »

Le maire indique que son administration ne considère pas pour l’instant l’installation de compteurs d’eau, même si elle ne ferme pas la porte à cette idée. La Ville de Québec tire son eau potable surtout du lac Saint-Charles.

« Comme le disait le DArruda, on aplatit la courbe pour éviter les pics », a indiqué lundi soir la conseillère de Québec forte et fière Marie-Josée Asselin.

Le conseiller indépendant de l’opposition Stevens Melançon s’est moqué de la partie du règlement qui vient interdire l’arrosage lorsqu’il pleut. « Moi, je pourrais vous faire un tour de ville des gens qui arrosent leur pelouse quand il pleut, a répondu Anne Corriveau, conseillère de la première opposition, Québec d’abord. Ça me jette toujours par terre, mais ça existe. »

L’administration Marchand indique qu’elle n’est pas pour l’instant en mode répression. Les citoyens ne devraient pas recevoir d’amende d’ici « des semaines, voire des mois ».

« On a une équipe d’étudiants qui va sillonner les quartiers pour expliquer aux gens pourquoi on le fait. C’est de la pédagogie. On ne fait pas ça pour écœurer les gens. »

Ce n’est pas la première fois que l’administration Marchand s’intéresse aux graminées. La Ville a rejoint cette année le mouvement « Mai sans tondeuse », invitant ses citoyens à laisser pousser leur gazon tout le mois de mai pour aider les abeilles.