Des hôpitaux en région souffrent d’une dépendance totale aux agences de placement, ce qui coûte une fortune à l’État. Des avions se remplissent d’infirmières et de préposés qui, comme des travailleurs miniers, s’envolent maintenant pour aller soigner. Si Québec promet de « s’affranchir » de la main-d’œuvre indépendante, la cible sur le terrain semble inatteignable.

Publié le 30 avril
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

(Sept-Îles) Une dépendance qui coûte une fortune

Un tourbillon incessant s’agite autour du poste de commandement de l’étage des hospitalisations, au deuxième.

Comme dans un ballet effréné, chaque soignant s’active à la tâche.

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« Une chance qu’on les a », souffle Jessy Rodgers, en remplissant un dossier. La jeune préposée aux bénéficiaires (PAB) parle des travailleurs des agences de placement venus surtout du Grand Montréal pour prêter main-forte. « Je n’en ai jamais vu autant », ajoute celle qui évolue au CISSS de la Côte-Nord depuis trois ans.

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Jessy Rodgers, préposée aux bénéficiaires

Un coup d’œil suffit pour remarquer la diversité culturelle dans les corridors de l’hôpital de Sept-Îles, une ville où le taux d’immigrants est pourtant en deçà de 2 %.

Ce jour-là à l’étage, parmi les 11 PAB, 10 proviennent des agences, des travailleurs appelés dans le jargon de la main-d’œuvre indépendante (MOI).

« Les préposés, c’est ce qui manque le plus. […] On passe de 75 à 100 % d’employés de la MOI selon les jours. C’est énorme », illustre la cheffe des services en hospitalisation, Nathalie Boulet Fournier.

Pour les infirmières et les infirmières auxiliaires, ce taux tourne autour de 40 à 60 %.

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Nathalie Boulet Fournier, cheffe des services en hospitalisation

Pour nous, la main-d’œuvre indépendante est vraiment essentielle au maintien du service. Si on l’enlève demain matin, c’est impossible de fonctionner, on n’est pas capables de rendre le service, ça, c’est clair.

Nathalie Boulet Fournier, cheffe des services en hospitalisation

Un étage plus bas, aux urgences, le scénario est le même. Le mardi précédant la visite de La Presse, des huit infirmières en poste, six provenaient des agences. « Si elles ne sont pas là, je suis en bris de service et les urgences de Sept-Îles ne roulent pas. C’est à ce point-là », résume d’un trait la cheffe des soins critiques, Joëlle Gagné.

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Joëlle Gagné, cheffe des soins critiques à l’hôpital de Sept-Îles

Le CISSS de la Côte-Nord, à l’instar d’autres établissements situés en région plus éloignée, est frappé de plein fouet par la pénurie de personnel. Depuis 2018, le recours aux agences a littéralement explosé et creuse le déficit. « Chaque année est une année record », affirme le directeur des ressources financières, Jean-Philippe Comtois.

Le déficit projeté pour 2021-2022 devrait atteindre un sommet inégalé de 65 millions de dollars.

Entre 65 et 70 % de ce déficit anticipé est expliqué par l’utilisation de la main-d’œuvre indépendante.

Jean-Philippe Comtois, directeur des ressources financières du CISSS de la Côte-Nord

Le retour à l’équilibre budgétaire est difficilement envisageable sans réduction de services.

Le phénomène du recours à la main-d’œuvre indépendante a été exacerbé par la pandémie, mais la tendance à la hausse se profilait bien avant. Les travailleurs d’agence sont maintenant présents dans presque tous les secteurs, ce qui n’était pas le cas il y a trois ans.

On ne parle plus seulement de PAB et d’infirmières, mais également d’intervenants sociaux et d’éducateurs spécialisés. Des secteurs comme la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) n’y échappent pas. S’ajoutent des agents de sécurité, du personnel d’entretien et même du personnel de bureau.

« Ça tient à un fil, relate Sonia St-Louis, directrice adjointe des programmes de déficience intellectuelle, troubles du spectre de l’autisme et déficience physique. On vient d’avoir des éclosions. […] Il y a des gens qui font des heures supplémentaires incroyables, on accepte des situations hors normes parce qu’on n’a pas le choix. Si on arrive à un bris de service, on ne peut pas garder nos usagers en résidence. »

Dans les résidences spécialisées de Sept-Îles et de Baie-Comeau pour troubles graves de comportement, les employés proviennent maintenant « principalement » de la MOI, ce que cherchaient pourtant à éviter les gestionnaires en raison du niveau de soins et d’interventions. « On ne connaissait pas ça il y a quatre ans », dit Mme St-Louis.

Embauches à 148 $ l’heure

Le CISSS de la Côte-Nord évalue que les services d’une infirmière lui coûtent environ 148 $ l’heure, ce qui inclut les frais exigés par l’agence pour le déplacement et l’hébergement. À titre comparatif, une infirmière technicienne employée du CISSS coûte entre 34,33 et 55,05 $ l’heure, avantages sociaux compris.

« Il y a vraiment une corrélation directe entre la hausse vertigineuse de l’utilisation de la main-d’œuvre indépendante et l’accroissement de notre déficit au cours des dernières années […] explicable par l’écart de coûts d’une MOI », fait valoir le directeur des ressources financières, M. Comtois.

La Côte-Nord n’a d’ailleurs pas pu « bénéficier » de l’arrêté ministériel destiné à plafonner les tarifs des agences pendant la pandémie. L’arrêté, qui est toujours en vigueur, interdit à une agence de facturer un taux horaire excédant 71,87 $ pour le service d’une infirmière, par exemple.

Une clause permettant une majoration de 20 % des tarifs maximums a dû être ajoutée à l’arrêté pour une liste de régions, comme la Côte-Nord, afin d’éviter que les agences refusent de s’y déplacer. L’arrêté permet aussi une exception pour payer le déplacement du travailleur ainsi que ses frais d’hébergement.

« Tout le monde souhaite une réduction du recours à la MOI. C’est un problème qui est complexe », dit-il.

À la fin, c’est toute la population québécoise qui paie pour un service qui n’est pas nécessairement différent de ce qu’on peut offrir dans le réseau public. Il y a un tour de roue à refaire pour trouver [des solutions].

Jean-Philippe Comtois, directeur des ressources financières du CISSS de la Côte-Nord

L’explosion du recours aux agences a des « effets connexes » dans tous les secteurs de l’établissement. « Que ce soit financier, pour les ressources humaines, ceux qui traitent les factures ou pour la planification des vols, au transport […] c’est un phénomène qui alourdit l’ensemble de l’œuvre, mais qui est essentiel à nos services. »

Parfois, même, le recours aux agences ne suffit pas. Au cours des derniers mois, des réductions de services ont été nécessaires aux urgences de Port-Cartier, dans des CLSC de la Minganie et dans certains départements de Sept-Îles, notamment.

Selon les données du MSSS, le CISSS de la Côte-Nord arrive en quatrième place des établissements qui dépensent le plus pour le recours à la main-d’œuvre indépendante, derrière les CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, de la Capitale-Nationale et le CISSS des Laurentides.

Signe que les prix sont beaucoup plus élevés en région, le CISSS de la Côte-Nord obtient trois fois moins d’heures de travail que les autres pour la même dépense.

Dans l’ensemble du réseau de la santé, le coût pour le recours aux agences a plus que doublé en raison de la pandémie, passant de 443 millions en 2019-2020 à 1 milliard en 2020-2021. Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a dans sa ligne de mire la réduction de la dépendance du réseau aux agences de placement.

Fardeau de gestion

Si ces travailleurs apportent une aide salutaire sur le terrain, ils alourdissent en revanche le fardeau de la gestion. Aux hospitalisations par exemple, la cheffe Nathalie Boulet Fournier doit s’assurer de la présence d’une infirmière d’expérience qui supervisera l’intégration de la nouvelle ressource.

« D’un CISSS à l’autre, l’organisation du travail n’est pas la même, souligne-t-elle. Avant, on pouvait accueillir un nouvel employé tous les cinq, six mois, là, on en a presque toutes les semaines […] On ne peut pas toujours mettre la même infirmière à la formation parce que […] quand ça fait plusieurs semaines, elle s’épuise. »

Il reste que les infirmières ne refusent pas le mandat, même si cela s’ajoute à leurs tâches habituelles. « Si on ne veut pas faire du TSO et des 16 heures… on a besoin de relève », résume la gestionnaire.

Aux urgences, Joëlle Gagné ne cache pas de son côté que « 80 % de son temps » est consacré à la gymnastique des horaires. La main-d’œuvre indépendante fait tellement partie de son quotidien qu’elle est parvenue à développer un « réseau » d’employés d’agence formés pour les soins critiques qu’elle « texte » directement.

« Quand je suis entrée en poste, j’ai compris rapidement qu’il fallait que je me lie de confiance et que je me crée un réseau d’agences. Ici, on est aux soins critiques, j’ai besoin de gens réguliers […] Si j’ai un patient instable, ce n’est pas le temps de chercher où est le matériel », illustre Mme Gagné.

Les démarches de l’embauche du travailleur sont évidemment menées de concert avec l’agence et les responsables des « listes de rappel ».

Ce « lien » permet à la gestionnaire de prévoir les besoins « à plus long terme ». Aux urgences, le recours au TSO a été réduit de 80 % malgré ce contexte de pénurie. « Aux soins critiques, je ne pourrais pas vivre sans les agences. On est en mesure d’offrir une qualité et des services à la population parce qu’on a des agences. »

Aux hospitalisations aussi, on arrive à assurer une certaine stabilité alors que des employés d’agence semblent avoir jeté leur dévolu sur la Côte-Nord.

Ce qui est payé par le CISSS

Le coût moyen d’une infirmière est de 148 $ l’heure sur la Côte-Nord, ce qui inclut tous les coûts associés aux heures travaillées, énumérés ici.

  • DÉPLACEMENT : Le déplacement de l’employé d’agence est payé à raison de 0,465 $ le kilomètre. Selon l’endroit, les frais d’avion peuvent aussi être payés. Pour les journées de déplacement, une allocation équivalente à une demi-journée de travail (4 heures) est accordée.
  • LOGEMENT : Une allocation quotidienne de 110 $ par jour sur le territoire est accordée. Dans les établissements où le CISSS détient des logements, le travailleur peut y être hébergé.
  • REPAS : Aucune indemnité de repas n’est accordée. Le travailleur a cependant accès au repas conventionné au prix employé. À noter que le CISSS verse ces sommes à l’agence qui, elle, paie ses employés.

Source : CISSS de la Côte-Nord

Le CISSS de la Côte-Nord en bref

Le CISSS de la Côte-Nord dessert un territoire s’étendant sur 1300 km de Tadoussac à Blanc-Sablon et une population de quelque 90 000 personnes, dont la moitié est établie à Sept-Îles et à Baie-Comeau. L’établissement compte une cinquantaine d’installations et embauche quelque 4000 travailleurs.

« C’est la liberté »

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« Liberté » est le mot qui revient le plus souvent lorsqu’on demande aux travailleurs de la santé pourquoi ils choisissent les agences plutôt que le réseau public. Lors de son passage à Sept-Îles, La Presse est allée à la rencontre de ces soignants pour mieux comprendre leur réalité. Entrevues.

Omar Ly, infirmier, Gatineau

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Omar Ly, infirmier

Omar Ly commence à être un habitué de Sept-Îles. Voilà maintenant près de trois ans qu’il y travaille pour une agence. « Je me sens bien ici », résume le grand gaillard, acceptant de prendre quelques minutes pour répondre à nos questions. L’infirmier arrive de Gatineau. Après la naissance de son troisième enfant, lorsqu’il se trouvait en congé parental du CISSS de l’Outaouais, il était « curieux » de tenter l’expérience des agences. « Je trouvais mon congé trop long, mais si je retournais dans le réseau, je le perdais complètement », explique le Sénégalais d’origine. Il faut dire que sa famille a été bloquée au Sénégal pendant la pandémie. Il a pu s’investir dans le travail. « Je peux faire trois, quatre, cinq mois [en continu] ici », souligne M. Ly. Mais, quand il veut s’absenter pour retourner à Gatineau, il peut le faire quand il le souhaite. Et c’est cette « liberté » qu’il aime avec les agences. « C’était au départ par curiosité et [l’avantage financier] est venu après. Mais, il y avait aussi cette possibilité de prendre des congés, de ne pas être là tout le temps. À Hull, quand je commençais [mon quart], je ne savais jamais à quel moment j’allais partir, on tombait en TSO facilement », relate-t-il. Depuis décembre, sa femme et leurs trois enfants vivent avec lui à Sept-Îles. Serait-il tenté d’accepter un poste au CISSS de la Côte-Nord ? « Je ne veux pas rester, c’est trop loin pour moi qui aime la vie citadine. J’aime cette possibilité de voyager et faire autre chose. »

Lisandro Bolivar-Estrada, 35 ans, infirmier, Montréal

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Lisandro Bolivar-Estrada, infirmier

Lisandro Bolivar-Estrada a quitté le réseau public pour une meilleure conciliation travail-études. L’infirmier de 35 ans, qui était employé du CHUM, à Montréal, a choisi de tenter l’expérience en agence il y a environ un an. « Avec l’agence, c’est moi qui donne mes disponibilités. Ça m’arrange pour mes études », illustre-t-il. Le soignant qui aspire à devenir infirmier praticien spécialisé (IPS) trouve aussi son compte en agence parce qu’il peut bouger et « essayer » différents lieux de travail, comme en région où il estime qu’il gagne plus d’expérience. « Je veux explorer encore avant de m’engager », résume l’infirmier. Le salaire est aussi plus avantageux parce qu’il y a moins de retenues que dans le public, dit-il. Il touche aussi une allocation pour ses repas et l’agence fournit le logement. Pourtant, Lisandro Bolivar-Estrada admet qu’il préfère somme toute le réseau public au privé. Il envisage de réintégrer le réseau après ses études… et peut-être même pourvoir un poste à Sept-Îles. « L’ambiance de travail ici, c’est fou comme c’est différent. Les gens sont vraiment accueillants », lance-t-il.

Daniel Heriveaux, 45 ans, préposé aux bénéficiaires, Montréal

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Daniel Heriveaux, préposé aux bénéficiaires

« Ça donne plus de liberté », répond sans équivoque Daniel Heriveaux quand nous lui demandons pourquoi il se plaît en agence. Le préposé aux bénéficiaires accepte de venir travailler « deux, trois mois » sur la Côte-Nord en continu avant de retourner une à deux semaines à Montréal. « C’est plus flexible si on a un imprévu, on donne nos disponibilités à l’agence », résume l’homme originaire d’Haïti. Pour le moment, ce n’est pas dans ses plans de quitter son agence pour intégrer le réseau public de santé.

Où sont les bras ?

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Des élèves en soins infirmiers au cégep de Sept-Îles observent attentivement leur enseignante, Nancy Murray.

Il est un peu avant midi. Quatre élèves franchissent les portes du local du programme technique de soins infirmiers du cégep de Sept-Îles. Elles viennent de terminer un examen sur la périnatalité. Une de leurs camarades est absente. À elles cinq, elles forment la totalité de la cohorte de la deuxième année.

« Moi, je n’ai jamais vu ça, cinq étudiantes, ni mes collègues », lance la coordonnatrice et responsable du programme, Lorraine Denis.

Cette année, 11 finissantes obtiendront leur diplôme du cégep de Sept-Îles, dont 6 seulement prévoient demeurer dans la région, selon Mme Denis. À l’ouest, au cégep de Baie-Comeau, le nombre de finissants n’est pas plus élevé ; 14 cégépiennes termineront leurs études. Neuf iront travailler au CISSS de la Côte-Nord.

C’est nettement insuffisant pour combler les besoins de l’établissement de santé qui est actuellement à la recherche d’au moins 127 infirmières.

Il faut dire qu’à Sept-Îles, elles étaient une bonne vingtaine d’élèves, 21 pour être précis, en première année du programme en soins infirmiers. « On perd beaucoup de joueurs en cours de route », admet Mme Denis. Mais, de 21 à 5, ce n’est jamais arrivé. Et difficile de mettre le doigt sur une cause exacte.

« Ce ne sont pas toutes des étudiantes qui ont échoué, certaines ne se voyaient pas dans le métier ou ce n’est pas ce à quoi elles s’attendaient. L’anxiété, c’est quelque chose qui est aussi revenu souvent […] il y a eu beaucoup d’enseignement à distance [avec la pandémie] et ça a aussi contribué à l’isolement de certaines », résume-t-elle.

Le cégep de Sept-Îles accueille aussi des élèves des grands centres ainsi que de la clientèle internationale, ce qui fait que plusieurs repartent à la fin des études.

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Cette année, 11 finissantes obtiendront leur diplôme du cégep de Sept-Îles en soins infirmiers. De ce nombre, 6 prévoient demeurer dans la région.

« Il faut vraiment travailler sur la rétention », plaide Mme Denis en rappelant qu’il s’agit d’un programme de formation « très lourd ». « Je pense qu’à la base, le programme devrait être sur quatre ans », propose-t-elle. L’enseignante espère dans la foulée que les incitations financières déployées par le gouvernement Legault encourageront les élèves à rester.

Québec a annoncé en novembre dernier un généreux programme d’allocations et de bourses dans six domaines précis, dont la santé.

Lisez l’article « Une allocation de 475 $ par semaine pour aller se former »

Il a certainement eu un effet pour Bélinda Bernier. Elle qui est déjà infirmière auxiliaire étudie maintenant pour devenir infirmière. « Même si je suis à l’école, je travaille à temps plein et j’ai même fait du temps supplémentaire durant les études. Je savais que j’avais un forfaitaire, alors ça m’a incitée, oui », répond la femme de 29 ans.

« Je suis à l’école de 8 à 4 et je travaille de 4 à minuit », ajoute celle qui se dit motivée justement par le manque de main-d’œuvre. Elle n’est d’ailleurs pas attirée par les agences de placement. « Je veux rester dans la région, je veux contribuer à améliorer les soins infirmiers sur la Côte-Nord. »

Défis de recrutement

La Côte-Nord enregistre un solde migratoire négatif depuis 2015, selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Et les perspectives démographiques sont plutôt sombres : la population pourrait en effet baisser de 12,9 % d’ici 2041, toujours selon l’ISQ, ce qui en ferait le déclin le plus important parmi les régions du Québec.

Une tendance qui a des effets au CISSS de la Côte-Nord, où les départs sont plus nombreux que les arrivées. En 2021-2022, il y a eu 115 embauches pour combler 154 départs, comme les départs à la retraite. En région éloignée, la difficulté de trouver du logement ou une place en garderie sont au nombre des défis de recrutement définis par les intervenants rencontrés dans le cadre de ce reportage.

Recruter des bras à l’étranger fait partie des solutions mises de l’avant par le CISSS de la Côte-Nord, à l’instar d’autres établissements de santé du Québec. Mais cette solution apporte ses fruits au compte-goutte. Depuis 2018, le CISSS a recruté 17 infirmiers, 3 PAB. Trois autres infirmiers sont attendus en 2022.

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Alexia Lapeyre, 27 ans, est originaire de Toulouse, en France.

Alexia Lapeyre, 27 ans, qui vient de Toulouse, en France, a accepté de relever le défi. « Les conditions françaises ne sont pas aussi agréables qu’ici, les salaires sont petits. On voulait voyager aussi, alors c’est le bon compromis parce que notre diplôme est reconnu ici », explique l’infirmière aux urgences de Sept-Îles.

La Côte-Nord participe au projet de formation des infirmières diplômées hors Canada, qui doivent réaliser une attestation d’études collégiales de 12 mois pour être embauchées en établissement. Une cohorte de 40 élèves des pays du Maghreb et de l’Afrique est attendue à Baie-Comeau et à Sept-Îles à l’automne.