Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, André Lamontagne, donne son aval à un projet-pilote d’abattage de poulets à la ferme, qui entre en vigueur le 27 avril et s’échelonnera sur quatre ans.

Publié le 12 avril
Ève Dumas
Ève Dumas La Presse

À l’automne 2020, des séances d’observation et d’analyse ont permis d’évaluer les conditions d’abattage de poulets directement à la ferme. Aucune commercialisation de la viande n’était possible dans ce contexte. La viande était réservée à la consommation personnelle. Mais cette fois-ci, le projet permettra aux petits éleveurs de vendre leurs poulets entiers sur place ou dans les marchés publics.

Les artisans titulaires d’un permis de préparation d’aliments pourront même transformer leurs poulets en plats cuisinés, ce qui, de l’avis du fermier militant et auteur Dominic Lamontagne, serait le meilleur moyen de rentabiliser un petit élevage de 300 poulets, nombre maximal qu’il est permis d’avoir par année, hors quota.

Rappelons qu’avant tout ça, les petits éleveurs qui souhaitaient vendre leurs poulets au Québec devaient envoyer leurs volatiles dans un abattoir provincial. Ceux-ci sont très peu nombreux aujourd’hui et habitués à des volumes élevés. Ils ne sont donc pas adaptés à la réalité de l’agriculture à petite échelle. Le Petit Abattoir devrait voir le jour en 2022, à Saint-Joachim-de-Shefford (près de Granby), remédiant à un manque criant, aussi vécu par les éleveurs d’autres volailles, comme les oies et les canards.

Produits locaux qui restent sur place

Pour Dominic Lamontagne, il s’agit d’une très grande avancée pour les petits éleveurs de poulets québécois et aussi pour les transformateurs, comme les établissements de restauration en campagne, de plus en plus nombreux. Ceux-ci pourraient maintenant servir leur propre poulet, abattu sur place plutôt qu’à des centaines de kilomètres.

Il faudra évidemment monter un abattoir en bonne et due forme, ce qui peut se faire pour environ 5000 à 10 000 $, assure l’auteur des livres La ferme impossible et L’artisan fermier.

Des mécanismes de vérification de l’hygiène et de la salubrité des installations et des opérations sont évidemment prévus. « On entend par ‟abattoir de poulets à la ferme‟ des installations mobiles ou fixes et temporaires ou permanentes », lit-on dans l’arrêté ministériel.

« Lentement mais sûrement »

Les premiers poulets pourraient être abattus à compter de l’automne 2022. Car qui dit projet-pilote dit inscription. Les producteurs intéressés devront remplir une demande de participation en ligne dès l’entrée en vigueur, le 27 avril. Le Ministère analysera les demandes au printemps 2022 afin que les producteurs puissent rapidement adapter leurs installations et faire l’achat de matériel nécessaire.

C’est ici que Dominic Lamontagne, qui compte mettre ses propres équipements d’abattage à niveau, prône prudence et patience. « Une chose est certaine de notre côté : on ne bougera pas dès cet été, on va prendre le temps de bien faire les choses, bien préparer le terrain, et je souhaite que ce soit ce sentiment qui habite tous ceux qui auront le goût de s’essayer. Le mot d’ordre ici est lentement mais sûrement, il faut que le projet-pilote soit couronné de succès pour permettre à l’agriculture entrepreneuriale de regagner ses lettres de noblesse et nous permettre de nous rebâtir un terroir. »