Evan Marinacci a surpris plus d’un médecin après le terrible accident de vélo au cours duquel il s’est fracturé le crâne. Sa guérison est remarquable. En moins de trois mois, il a recommencé à marcher et à travailler.

Publié le 9 avril
Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

16 décembre 2021. Evan Marinacci, ingénieur mécanique, revient d’un souper entre collègues à LaSalle, pour souligner son départ. Il a décroché un nouvel emploi qui débute en janvier. À bicyclette, il s’engage sur le viaduc du boulevard Angrignon, son chemin habituel. Il vente fort. Il tente alors de traverser la voie. « Je pense que je n’ai pas bien regardé à ce moment-là, avance-t-il. Mais je ne me souviens de rien. » Un automobiliste le percute sur son flanc droit. L’homme de 27 ans est projeté au sol, inconscient.

Evan est conduit à l’Hôpital général de Montréal. Un examen révèle qu’il s’est cassé le fémur. Plus inquiétant encore, il s’est fracturé le crâne, et des fragments ont pénétré son cerveau. Malgré le port du casque. Sous l’os de la tête, le sang s’accumule. L’hémorragie n’est pas dans le cerveau, mais elle exerce de la pression sur celui-ci. Le temps presse.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Evan Marinacci

La Dre Judith Marcoux, neurochirurgienne, opère directement Evan.

C’était plein de fragments d’os un peu partout. Certains avaient lacéré les méninges et un peu le cerveau.

La Dre Judith Marcoux, neurochirurgienne à l’Hôpital général de Montréal

L’opération est délicate.

Au bout de trois heures, la neurochirurgienne a fini d’opérer. Il ne reste plus qu’à attendre. La Dre Marcoux ignore s’il aura des séquelles. « Va-t-il pouvoir travailler ? », se demande-t-elle.

Au chevet d’Evan

Les jours suivants, le frère, les sœurs et la mère du jeune homme se relaient à son chevet. Il est alors plongé dans le coma. L’infirmière aux soins intensifs Bita Danechi accompagne les proches. Le cas d’Evan la touche, raconte-t-elle. « Ça aurait pu être mon fils », dit-elle.

Le 29 décembre, Evan se réveille. Ses proches ne sont pas à ses côtés. La cinquième vague de COVID-19 fait rage et les visites à l’hôpital sont limitées.

Je ne pensais pas vraiment que ça s’était passé. Je me disais que ma famille serait ici si j’avais eu un accident.

Evan Marinacci, à propos du réveil de son coma

Lors d’appels vidéo avec sa famille, il réalise enfin ce qui lui est arrivé.

Vers la guérison

Dans les premiers jours, Evan est confus en raison des médicaments. Une nuit, il enlève le tube qui le nourrit. L’équipe médicale, qui ignore s’il est capable d’avaler la nourriture sans s’étouffer, veut le remettre. Il refuse. « Ils m’ont donné un plat et ils m’ont dit de manger ça devant eux », raconte-t-il. Mission accomplie.

Peu après le Nouvel An, un infirmier propose à Evan de faire ses premiers pas depuis l’accident. Le jeune homme a subi une opération pour son fémur, lui laissant une plaque de métal dans la jambe. Il s’engage dans le couloir, avec un déambulateur. « C’était là que je me suis dit : “Je vais être capable de sortir d’ici un jour” », se remémore-t-il. Il porte un casque, car une partie de la boîte crânienne n’a toujours pas été remise en place, en raison des risques d’œdème.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Evan Marinacci

Le 4 janvier, Evan quitte les soins intensifs pour se reposer à un autre étage. Le 15 janvier, deux jours avant l’opération prévue pour remettre une partie de son crâne, il apprend qu’il a attrapé la COVID-19. Il doit s’isoler. « Je pensais qu’on allait devoir annuler l’opération et que j’allais devoir attendre encore 10 jours », se rappelle-t-il.

La Dre Marcoux rend alors visite à Evan. « Elle m’a demandé : “Es-tu malade ? As-tu des symptômes ? Non ? Alors on fait l’opération.” » L’opération chirurgicale du 17 janvier se déroule comme prévu.

Le 24 janvier, après 40 jours passés entre les murs de l’hôpital, Evan Marinacci franchit la porte de l’établissement. « Il faisait vraiment froid », se remémore-t-il.

Trois semaines plus tard, Evan a rendez-vous avec la Dre Marcoux. L’évaluation est concluante. « Elle m’a dit que je pouvais retourner au travail et conduire », raconte-t-il. Il recommence à mettre du poids sur sa jambe.

Retour « à la normale »

Trois mois et demi après son accident, Evan se réjouit du « retour à la normale ». Le 28 février, il a commencé le nouvel emploi qu’il avait décroché avant l’accident. L’ingénieur marche désormais avec une canne. « Je ne peux pas me plaindre, admet-il. Je sais à quel point ça aurait pu être grave. »

« On aimerait que tous nos patients évoluent comme ça », souligne la Dre Marcoux. Le port du casque l’a « énormément protégé » lors de l’accident, dit-elle.

Evan a-t-il mis une croix sur le vélo ? Pas nécessairement, dit-il. « Ça ne m’a pas traumatisé, affirme-t-il. Un jour, je serai capable d’en refaire. »