(Québec ) Pendant que le projet de loi 15 sur la réforme de la Loi sur la protection de la jeunesse est critiqué pour ne pas aller assez loin, le Collectif petite enfance annonce la création à venir d’un comité public de suivi des recommandations de la commission Laurent.

Publié le 22 février
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

« Depuis [le drame de la fillette de] Granby et avec la commission Laurent, c’est important qu’il y ait un mode de veille qui vienne du public et qui ne soit pas uniquement gouvernemental », explique Camil Bouchard, docteur en psychologie et auteur du rapport Un Québec fou de ses enfants. « Il y a toujours cette idée qu’on passe à autre chose. Il y a comme une responsabilité autour de ça qu’on doit partager », ajoute-t-il.

Ce dernier fait partie du comité constitutif qui devra sélectionner les organismes et intervenants qui formeront le comité de suivi des recommandations de la Commission spéciale sur le droit des enfants et la protection de la jeunesse, dite commission Laurent.

Le Collectif petite enfance a pris l’initiative de créer ce comité constitutif pour s’assurer que le comité de suivi « soit doté des expertises et des connaissances les plus pertinentes afin de porter un regard à la fois critique et objectif sur l’état d’avancement des 65 recommandations et plus de 250 pistes d’action » du rapport de la commission Laurent, déposé en mai 2021.

« Notre préoccupation était au niveau de l’échéancier clair qu’on ne trouvait pas à travers le plan de mise en œuvre [du gouvernement] », explique la directrice du Collectif petite enfance, Élise Bonneville. « D’avoir un comité qui, au-delà des cycles politiques, garde le cap, qui garde un œil critique sur la mise en place des recommandations, ça nous semble essentiel », poursuit-elle en entrevue.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Camil Bouchard fait partie du comité constitutif qui sélectionnera les organismes et intervenants qui formeront le comité de suivi.

Peu importe les équipes politiques qui seront au pouvoir, il faut qu’il y ait dans la population des gens qui soient aux aguets et attentifs à ce qui se passe.

Camil Bouchard, auteur du rapport Un Québec fou de ses enfants

De l’aveu même de l’ex-présidente Régine Laurent, le « chantier » découlant de son rapport peut s’échelonner sur de six à dix ans.

Par ailleurs, cinq ex-commissaires de la commission Laurent, dont l’ancien vice-président, André Lebon, ont accepté d’agir à titre de conseillers aussi bien pour les travaux du comité constitutif que pour ceux du comité public de suivi. Dans une longue entrevue accordée à La Presse la semaine dernière, André Lebon s’est vidé le cœur au sujet de la situation à la direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

Il montrait du doigt un plan de suivi des recommandations « extrêmement vague » et disait craindre que le rapport soit tabletté. Le ministre Lionel Carmant s’est dit « incrédule » devant cette sortie musclée.

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Initiative saluée par Carmant

Lundi, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux a salué la création d’un comité public de suivi. « Tout ce qui peut et doit être fait dans l’intérêt des enfants est bienvenu. Et comme je l’ai dit à maintes reprises, la protection de la jeunesse, c’est l’affaire de tous les Québécois ! », a écrit le ministre Carmant dans une déclaration transmise à La Presse. Il a réitéré que le rapport ne finira pas sur une tablette.

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux

Le comité de suivi doit être formé à la mi-mars.

Cette annonce survient alors que les parlementaires amorcent mardi l’étude détaillée du projet de loi 15, qui vise à placer l’intérêt de l’enfant au cœur de la réforme de la Loi sur la protection de la jeunesse. Lors des consultations, plusieurs intervenants, dont l’ex-présidente de la commission, Régine Laurent, ont affirmé que le texte législatif n’allait pas assez loin pour y arriver.

Mardi, des organisations de lutte contre la violence conjugale tiendront une conférence de presse pour dénoncer « l’absence de prise en compte de la violence conjugale dans le projet de loi » du ministre Carmant. « Des amendements sont nécessaires pour définir la violence conjugale, encadrer l’intervention en protection de la jeunesse dans ces contextes, et assurer une cohérence entre les différents domaines de droit », indique-t-on.

Le ministre Carmant a déjà confirmé qu’il apporterait des modifications au projet de loi pour que l’intérêt de l’enfant devienne la considération principale du texte législatif.