Le manque de vétérinaires se fait cruellement sentir dans les fermes, mais le projet d’un deuxième lieu d’enseignement à Rimouski, qui formerait de 25 à 30 étudiants de plus par année, n’a toujours pas obtenu le feu vert de Québec.

Publié le 15 février
Ariane Krol
Ariane Krol La Presse

« Plus ça retarde, moins les travaux commencent », résume le président de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec, le DGaston Rioux.

La faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, établie à Saint-Hyacinthe, est la seule à former ces praticiens au Québec. Elle ne peut pas accueillir plus de 96 étudiants par an, alors que la profession est en pénurie de main-d’œuvre depuis des années.

En décembre 2020, la faculté a déposé un projet, élaboré avec l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), pour offrir le programme à l’UQAR. Ces diplômés seraient ensuite plus enclins à s’installer en région, et à pratiquer auprès des animaux de ferme, espère-t-on.

« La décision d’aller de l’avant ou non » sera dévoilée seulement au prochain budget, indique-t-on au bureau de la ministre de l’Enseignement supérieur (MES), Danielle McCann. L’étude de faisabilité « a été transmise au MES en décembre 2020, donc trop tard pour le budget de mars 2021 », explique la porte-parole de la ministre, Valérie Chamula.

PHOTO FOURNIE PAR L’ORDRE DES MÉDECINS VÉTÉRINAIRES DU QUÉBEC

Le DGaston Rioux, président de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec

Même si le projet émane de l’université et non de son ordre, le DRioux ne rate pas une occasion de l’appuyer. « J’espère humblement que ça peut augmenter un peu la pression qu’il peut y avoir sur notre gouvernement. »

Vu le temps nécessaire pour aménager les infrastructures et engager le personnel, et les cinq années requises pour former un vétérinaire, les effets bénéfiques de ces 25 à 30 étudiants supplémentaires par an « ne se feront pas sentir avant sept ans ».

Forcés d’abattre des animaux

La pénurie de vétérinaires frappe « toutes régions et tous les secteurs de pratique confondus », note le président de l’Ordre.

Toutefois, le manque de vétérinaires pratiquant auprès des animaux de ferme est particulièrement pénible pour les éleveurs.

La région où Benoît Legault est producteur laitier, à Ferme-Neuve, dans les Laurentides, ne compte désormais qu’une seule vétérinaire, qui ne peut donc plus offrir de service la fin de semaine. Lorsqu’une des vaches de M. Legault a eu un problème de vêlage un samedi matin de l’automne dernier, il a passé une douzaine d’heures à tenter de l’aider, en vain. La vache, « qui souffrait le martyre », ne pouvait pas attendre le retour de la vétérinaire le lundi matin. « Il a fallu que je prenne la décision de l’abattre. Et des exemples comme ça, j’en ai plusieurs », raconte-t-il. En quelques mois l’an dernier, un autre producteur laitier et un producteur bovin du coin, ainsi qu’un voisin éleveur de chevaux, ont perdu des bêtes dans des circonstances semblables. « C’est triste, abattre une vache, c’est vraiment dur, mais outre ça, c’est très coûteux. »

PHOTO NICOLAS AUBRY, FOURNIE PAR BENOÎT LEGAULT

Benoît Legault, producteur laitier des Laurentides

Le projet de former davantage de vétérinaires à Rimouski, « j’apprécierais beaucoup que ça aboutisse parce qu’on en a vraiment besoin », dit M. Legault. Mais après 15 ans de pénurie, les producteurs réclament d’autres solutions, comme la délégation d’actes aux techniciens vétérinaires. « Des techniciens vétérinaires, il y en a quand même plus. Et les vétérinaires, quand ils sortent de la faculté, il n’y a pas un grand taux de rétention », fait valoir le producteur laitier.

Des demandes de changements réglementaires pour la délégation d’actes seront déposées à l’Office des professions du Québec « d’ici la fin février », indique le président de l’Ordre. D’autres requêtes, pour l’intégration des vétérinaires formés à l’étranger, suivront au printemps. De telles demandes sont toutefois longues à traiter.

Places réservées

De son côté, la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal réserve désormais 15 places par an à des étudiants intéressés par le suivi des animaux de ferme, et ce, depuis deux ans. Les candidats doivent notamment avoir travaillé 500 heures auprès de ces animaux et effectué 35 heures de stages d’observation avec des vétérinaires du domaine.

« On n’a pas le choix de faire ça parce qu’on vit dans un milieu où tout est citadin maintenant », explique la vice-doyenne aux affaires académiques et étudiantes, la Dre Marie Archambault. « Il y a plein de gens qui sont intéressés par ce domaine-là, mais ils ne le savent pas. »

PHOTO FOURNIE PAR MARIE ARCHAMBAULT

La Dre Marie Archambault, vice-doyenne aux affaires académiques et étudiantes de l’Université de Montréal

Ces futurs diplômés seront attendus. Plus de la moitié des vétérinaires ont songé à se réorienter ou à quitter la profession, et plus du quart ont changé de domaine d’exercice depuis la fin de leurs études, montre un sondage réalisé par l’Ordre l’an dernier. Et « les domaines les plus touchés par le départ de médecins vétérinaires sont les grands animaux et les équins », précisait l’Ordre à ses membres.

« On est sensibles à tous ces enjeux-là », assure la porte-parole de la ministre McCann, en rappelant que Québec avait accordé près de 630 000 $ pour réaliser l’étude de faisabilité d’un programme décentralisé à Rimouski.

« C’est un projet moyen-long terme. J’aimerais mieux qu’il soit moyen », commente la vice-doyenne.