(Ottawa) À quelques jours de la rentrée, les députés ont été prévenus que des invitations à diffuser leur adresse résidentielle avaient été lancées sur l’internet. Ces appels au doxing surviennent dans le contexte de l’arrivée du « convoi de la liberté », qui a posé ses pénates dans les rues de la cité parlementaire.

Mis à jour le 28 janvier
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Des camions lourds et des camionnettes par dizaines, des slogans injurieux et des klaxons. Beaucoup de klaxons. Comme promis, les manifestants ont investi les rues du centre-ville d’Ottawa, vendredi. Si de nombreux véhicules roulaient, unifolié au vent, sur les artères ottaviennes, bien d’autres s’étaient installés rue Wellington, en face du parlement.

Et il se peut qu’ils y soient toujours au moment du retour des élus fédéraux, qui reprennent le collier lundi, après la relâche des Fêtes. Par conséquent, un message d’alerte leur a été envoyé jeudi après-midi par le sergent d’armes, Patrick McDonell, dont l’un des principaux rôles est de veiller à la sécurité de tous dans l’enceinte parlementaire.

Dans cette note interne obtenue par La Presse, il écrit que « des invitations à diffuser l’adresse résidentielle de députés dans la région d’Ottawa-Gatineau ont été lancées aux internautes ». Cette pratique, appelée en anglais doxing, « consist[e] à rechercher et à divulguer en ligne des renseignements personnels sur quelqu’un, généralement dans le but de lui nuire ».

Le sergent d’armes en profite pour rappeler les « meilleures pratiques » à adopter en cas de manifestation devant un bureau de circonscription ou un domicile : « n’intervenez pas », « évitez les altercations physiques, même en cas de provocation », « fermez et verrouillez toutes les portes extérieures », énumère-t-il dans sa missive.

« Préoccupant »

La députée Kristina Michaud, du Bloc québécois, ne le nie pas : la note a quelque chose d’inquiétant.

« C’est sûr que recevoir une communication comme celle-là, c’est préoccupant. Voir les images qu’on voit à la télévision et les différents messages qui circulent sur les réseaux sociaux, c’est préoccupant. »

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Kristina Michaud, députée du Bloc québécois

Moi, je me vois, lundi matin, devoir rentrer au parlement, et je ne sais pas de quoi ça va avoir l’air. C’est certain qu’on est un petit peu préoccupés. On espère que tout se passera dans le calme et de façon pacifique.

Kristina Michaud, députée bloquiste

De son côté, le néo-démocrate Peter Julian affirme ne pas se sentir « intimidé ».

Ce qui l’inquiète davantage, c’est « le grand public et les journalistes » qui pourraient faire les frais des « extrémistes » au sein du convoi. « Des représentants des médias ont été rudoyés, on leur a craché dessus. C’est inacceptable », déclare-t-il au téléphone.

« Nous, les élus, nous avons un travail à faire, nous avons la responsabilité d’être là. Nous y serons », tranche-t-il.

Trudeau craint des violences

Le premier ministre Justin Trudeau, lui, est en isolement préventif jusqu’à lundi inclusivement, après avoir été exposé à la COVID-19. Dans une entrevue accordée à La Presse Canadienne, vendredi, il a dit redouter des dérapages.

Car le convoi n’est plus une protestation contre l’obligation vaccinale visant les camionneurs, mais un forum pour une petite minorité de personnes « très en colère » opposées à toutes les mesures de santé publique, dont certains épousent la violence, a-t-il déclaré à l’agence.

L’itinéraire du premier ministre pour samedi indique que ce dernier est « dans la région de la capitale nationale », ce qui laisse entendre qu’il n’est pas à son domicile de Rideau Cottage, à Ottawa.

Le Parti conservateur n’a pas voulu faire de commentaires, mais son chef, Erin O’Toole, a publié vendredi sur les réseaux sociaux des photos de lui en discussion avec des camionneurs « en route vers Ottawa ».

Certains membres de la formation, dont la cheffe adjointe Candice Bergen, ainsi que les députés Andrew Scheer et Pierre Poilievre, ont offert un chaleureux appui au convoi, après que M. O’Toole eut tergiversé sur la question.

Quant au chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, il s’est dit absolument opposé à toute forme de violence ou de tentative de remplacer le gouvernement, un projet que caressent certains participants. Un gouvernement, a-t-il plaidé en conférence de presse, vendredi, se remplace par les urnes, pas par la force.

Les policiers aux aguets

Déjà, vendredi, la présence policière se faisait sentir. Tous les accès menant aux trois principaux édifices de la colline – du Centre, de l’Est, de l’Ouest – étaient bouclés, à l’exception de la grille principale, soit celle qui mène à la Flamme du centenaire.

« C’est une situation complexe, fluide et qui évolue rapidement », a indiqué Peter Sloly, chef de la police d’Ottawa, lors d’une conférence de presse en ligne, vendredi. Il a par ailleurs invité la population à éviter le centre-ville samedi et dimanche.

Avec la collaboration de Lila Dussault, La Presse

En savoir plus

  • 2000
    Estimation du nombre de personnes du Québec qui prendraient part à la manifestation dans la capitale fédérale
    SERVICE DE POLICE D’OTTAWA
    200
    Estimation du nombre de véhicules en provenance des Maritimes qui auraient convergé ou convergeraient vers Ottawa
    SERVICE DE POLICE D’OTTAWA