Les cas, décrits par La Presse en début de semaine, de pupilles du Curateur public se retrouvant dans l’itinérance, parfois depuis plusieurs années, sont « inacceptables », déplorent de concert la curatrice publique du Québec, Julie Lavergne-Baillargeon, et le ministre de la Famille et responsable du Curateur public, Mathieu Lacombe.

Publié le 28 janvier
Katia Gagnon
Katia Gagnon La Presse
Caroline Touzin
Caroline Touzin La Presse

« Vous avez exposé une faille dans laquelle des gens vulnérables sont tombés, une faille qu’il faut corriger, parce que c’est inacceptable », dit le ministre.

M. Lacombe a appris par notre article que des pupilles du Curateur se retrouvaient à la rue. « Ce n’est pas un enjeu que je connaissais », dit-il, avouant avoir été « surpris » qu’un bénéficiaire sous curatelle puisse se retrouver dans l’itinérance. « Le réflexe naturel, c’est de se demander : comment des personnes qui sont sous la tutelle de l’État peuvent finir dans la rue ? », dit-il.

« Par contre, quand on a les détails, on comprend qu’on ne peut pas attacher ces gens-là à une chaise et les obliger à recevoir des services. Il y a une complexité dans ces dossiers-là. Est-ce que ça veut dire que c’est acceptable ? Non. C’est un constat qu’on a fait très rapidement, la curatrice et moi. »

Est-ce que ça veut dire que le Curateur fait mal son travail ? Pas nécessairement. Mais ça veut dire qu’il faut faire mieux.

Mathieu Lacombe, ministre de la Famille et responsable du Curateur public

L’avocate Julie Lavergne-Baillargeon, qui assure l’intérim à la tête de l’organisme depuis moins de deux semaines, travaille cependant au Curateur public depuis près de 15 ans. Elle s’est dite « particulièrement sensible » aux quatre histoires de bénéficiaires que nous avons décrites. Une cinquantaine de personnes vulnérables, qui sont sous la protection du Curateur public, vivent ainsi dans la rue.

La nouvelle curatrice publique promet de traiter cet enjeu des bénéficiaires sans domicile fixe « comme une priorité », dit-elle. « Il faut voir comment on peut faire mieux. »

L’organisation a déjà commencé à s’attaquer à ce problème, souligne MLavergne-Baillargeon, notamment en créant quatre postes d’agents de liaison, dont le mandat précis est de créer des liens entre le Curateur public et les organismes qui s’occupent d’itinérance. « Il faut créer une alliance avec les gens de terrain. »

Nous allons tenir des discussions plus formelles avec les organismes en contact avec les personnes itinérantes afin de dégager des pistes d’actions concrètes pour encore mieux jouer notre rôle auprès des personnes que nous représentons.

Me Julie Lavergne-Baillargeon, curatrice publique du Québec par intérim

La nouvelle curatrice entend donc interpeller les partenaires du réseau de la santé et des organismes communautaires afin de prévenir à tout prix l’itinérance de sa clientèle.

Sur le plan des ressources, MLavergne-Baillargeon se réjouit de l’arrivée de 27 nouveaux employés en trois ans. Onze de plus s’ajouteront cette année, pour pallier le travail supplémentaire qu’entraînera la nouvelle législation qui régira le Curateur public.

Une réalité « alarmante »

De leur côté, les partis de l'opposition ont dénoncé une situation qu’ils jugent extrêmement préoccupante. La députée libérale Jennifer Maccarone, qui a siégé à la récente commission parlementaire sur la réforme du Curateur public, s’est dite « bouleversée » par les cas révélés dans notre enquête.

« Ça peut être vos enfants. Ça peut être les miens », dit cette mère de deux enfants autistes. « Il faut absolument s’attaquer à la surcharge de travail des curateurs délégués, ajoute Mme Maccarone. Ils ont tellement de dossiers que c’est impossible pour eux d’être aussi efficaces qu’ils le voudraient sur le terrain. »

Aux yeux de la députée libérale, il est « anormal » que le Curateur ne fasse pas plus d’efforts pour communiquer avec les ressources en itinérance, alors que des personnes sous sa protection se retrouvent à la rue.

Le Curateur doit établir une communication avec les gens de terrain pour expliquer sa mission et ses services, surtout avec la réforme qui s’en vient.

Jennifer Maccarone, députée libérale

« Alors que le ministre [Mathieu] Lacombe avait promis, lors de la réforme de la Loi sur le Curateur public, que toutes les ressources requises étaient et seraient au rendez-vous, force est d’admettre que la réalité sur le terrain est tout autre et que c’est un échec. Résultat : les personnes en situation de vulnérabilité qui ont besoin d’un soutien constant sont loin de tous le recevoir, d’où ce nombre alarmant de personnes sous curatelle qui sont notamment en situation d’itinérance », dénonce la péquiste Véronique Hivon.

Avec la nouvelle loi, poursuit Mme Hivon, « c’est la catastrophe annoncée. Le ministre a une obligation de résultat, dit-elle. Une société avancée comme le Québec ne peut se permettre de faire des économies sur le dos de personnes aussi vulnérables ».

Selon Christine Labrie, de Québec solidaire, ces personnes en situation d’itinérance qui sont pourtant sous la protection de l’État montrent que « le filet social a des trous immenses ».

« Essayer d’avoir des services en déficience intellectuelle ou en santé mentale, ça peut ressembler à un parcours du combattant, mais c’est aussi très souvent la quête d’un service qui n’existe tout simplement pas, déplore Mme Labrie. Quand les fonctionnaires eux-mêmes font face à cette absence de services dans le cadre de leur mandat auprès de personnes vulnérables, il me semble que des lumières rouges devraient s’allumer dans le tableau de bord du gouvernement. »