Depuis que Ghita Ammari, 15 ans, est partie sans laisser de traces, sa famille ne dort plus, craignant les « pires scénarios » pour elle.

Publié le 28 janvier
Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

« Pour toute la famille, ce sont des cauchemars la nuit et des cauchemars le jour, de l’anxiété tout le temps », souffle Nissrine Ammari, 21 ans, grande sœur de Ghita.

Le 11 décembre dernier, Ghita Ammari est partie de chez elle, à Laval, vers 13 h et n’est jamais revenue. Avant son départ, elle n’a rien dit à personne, affirme Nissrine Ammari. Ni à sa famille ni à ses amis. Le matin, elle aurait serré dans ses bras son petit frère Mohamed, âgé de 5 ans, en lui disant qu’« elle l’aimait beaucoup », raconte sa sœur.

Selon les informations du Service de police de Laval, l’adolescente se trouverait dans la région de Toronto. Un avis de recherche a été diffusé le 14 décembre dernier pour la retrouver. Les policiers disent craindre pour sa sécurité.

Ces derniers temps, l’adolescente traversait une période difficile dans plusieurs sphères de sa vie. « Ç’a juste été vraiment trop d’un coup », raconte Nissrine Ammari. Sa famille a tenté de l’épauler dans ces épreuves. Sans succès.

C’est une personne qui doit passer par l’expérience pour apprendre. Elle cherche à se construire.

Nissrine Ammari, sœur de Ghita

À la mi-novembre, l’adolescente avait fait une première fugue, mais avait été retrouvée peu de temps après par les policiers.

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE

Ghita Ammari mesure 1,69 m (5 pi et 6 po) et pèse environ 60 kg (132 lb). Elle a les cheveux bruns avec des mèches blondes, les yeux bruns, ainsi qu’un perçage à la narine droite. La dernière fois qu’elle a été vue, elle portait un pantalon blanc avec de petits motifs noirs, une veste noire, des bottes de pluie et un sac à main brun.

La famille, sans nouvelles depuis plus d’un mois et demi, vit la peur au ventre. « Les pires scénarios passent dans ma tête », laisse tomber Nissrine Ammari. Surtout pour une adolescente se trouvant dans une ville qui n’est pas la sienne, ajoute-t-elle.

« On a besoin que tu reviennes à la maison », poursuit Nissrine Ammari en s’adressant à sa sœur.

Dans l’espoir de son retour, sa famille parle tout le temps d’elle. « Il faut qu’elle sache qu’elle a laissé un vide », dit Nissrine Ammari, la voix secouée par l’émotion. Mohamed, leur plus jeune frère, la cherche constamment. « Il dit : « Elle est où, Ghita ? Elle me manque. J’ai envie de jouer avec elle » », relate la jeune femme.

Le fléau des fugues toujours présent

Avec près de 5000 disparitions d’enfants et d’adolescents signalées chaque année, dont la majorité sont des fugues, le phénomène reste un fléau au Québec, selon Pina Arcamone, directrice générale du Réseau Enfants-Retour. En 2020, 3831 signalements ont été faits, une baisse considérable comparativement à 2019, où l’on a rapporté 5805 disparitions. Le confinement et la fermeture des écoles ont probablement joué un rôle dans cette diminution, estime Mme Arcamone.

Le nombre de disparitions pour l’année 2021 n’a pas encore été dévoilé par la Gendarmerie royale du Canada. Mais selon Pina Arcamone, il y a eu plus de dossiers de fugue que l’année précédente. « On verra comment ça va se traduire, dit-elle. Mais je peux dire qu’en 2022, l’année est repartie avec d’autres dossiers de disparition. »

Souffrance, rébellion, sentiment de rejet, problèmes de santé mentale, échecs à l’école ou en amitié : nombre de facteurs peuvent expliquer une fugue, soutient Pina Arcamone. « C’est vraiment une échappatoire à une situation qu’un jeune peut trouver insurmontable », souligne-t-elle.

Mais en s’enfuyant, ces enfants et ces adolescents se mettent plus en danger, poursuit Mme Arcamone. Se nourrir, se loger et s’habiller devient un défi pour eux, énumère la directrice générale du Réseau Enfants-Retour. « Souvent ces jeunes sont vulnérables dès qu’ils quittent la maison, explique-t-elle. Ils peuvent être leurrés par des prédateurs sexuels ou tomber dans des pièges, que ce soit la criminalité, les drogues ou l’alcool. » Certains fugueurs vont même jusqu’à se donner la mort.

Les enfants qui fuguent ne fuient pas tous un environnement abusif, précise Pina Arcamone. « Les familles ne doivent pas se sentir coupables ou avoir honte d’appeler pour recevoir de l’aide, affirme-t-elle. Vous n’êtes pas les seuls, beaucoup de familles vivent cette expérience. »

Quiconque détient de l’information qui pourrait permettre de retrouver Ghita Ammari peut joindre de façon confidentielle la Ligne-Info au 450 662-INFO (4636) ou le 911, en mentionnant le dossier LVL 211 211-047.

En savoir plus

  • 72 %
    Proportion de fugues parmi les disparitions d’enfants et d’adolescents au Canada en 2020
    CENTRE NATIONAL POUR LES PERSONNES DISPARUES ET RESTES NON IDENTIFIÉS
    92 %
    Proportion de cas d’enfants ou d’adolescents disparus résolus la semaine suivant la disparition au Canada en 2020
    CENTRE NATIONAL POUR LES PERSONNES DISPARUES ET RESTES NON IDENTIFIÉS