La sans-abri retrouvée sans vie au petit matin jeudi à proximité de la station de métro Berri-UQAM a été identifiée. Il s’agit de Stella Stosik, 64 ans. Elle est morte alors que des températures polaires s’abattaient sur Montréal. Des intervenantes l’ayant côtoyée se souviennent d’une femme libre, douce et intelligente.

Publié le 23 janvier
Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

« Ç’a été une onde de choc », affirme Ann-Gaël Whiteman, coordonnatrice de la Maison Jacqueline pour l’organisme La rue des femmes, en entrevue avec La Presse.

Stella Stosik fréquentait son organisme depuis 16 ans. « Elle s’était vraiment ancrée à La rue des femmes, on était sa famille, dit Mme Whiteman. C’était sa maison, comme pour beaucoup de nos femmes. »

La sans-abri a été retrouvée vers 1 h du matin jeudi à l’angle de la rue Saint-Denis et du boulevard De Maisonneuve. Elle a succombé à un arrêt cardiorespiratoire, dont on ignore la cause pour le moment. Le dossier a été transféré au Bureau du coroner.

On en savait très peu sur sa vie. Elle était très secrète. Elle m’a souvent dit qu’elle était danseuse. Elle a fait du ballet classique quand elle était jeune.

Ann-Gaël Whiteman, coordonnatrice de la Maison Jacqueline

Stella était appréciée par ses pairs, malgré son tempérament plutôt solitaire. « C’était une femme avec beaucoup de caractère, beaucoup d’humour. Elle était aussi douce », dit Mme Whiteman.

Mélanie Miller, ancienne intervenante à La rue des femmes, conserve aussi un bon souvenir de la défunte. « Stella, c’était une femme éduquée. Elle venait d’une famille de Westmount », raconte-t-elle à La Presse. « Quand on parlait avec elle, c’était toujours très intéressant », ajoute-t-elle.

Elle s’est dite très peinée par la mort de Stella. elle souriait toujours », dit-elle.

C’était « une personne marquante, joyeuse, drôle, tellement vivante, une personne vraiment humble aussi, avec un grand cœur. C’est une grande perte pour notre milieu », affirme quant à elle Sarah Chouinard Poirier, ancienne intervenante à La rue des femmes, actuellement intervenante en réduction des méfaits.

Davantage de ressources nécessaires

La mort de Stella Stosik n’est pas la première à survenir dans le milieu de l’itinérance cet hiver. Le 10 janvier, un homme de 74 ans qui vivait dans un campement a perdu la vie durant une vague de froid.

Le constat chez les intervenantes interrogées par La Presse est unanime : davantage de ressources en itinérance sont nécessaires.

« Malheureusement, malgré tous les efforts déployés, il n’y a pas suffisamment de ressources pour répondre aux besoins adaptés des différents types de populations en situation d’itinérance », affirme Annie Savage, directrice du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal. Les besoins des jeunes, des personnes qui consomment et des femmes doivent particulièrement être examinés, selon elle.

Il faut malheureusement se rendre à l’évidence que ça va prendre des ressources permanentes supplémentaires, développées justement pour répondre aux besoins des personnes mal desservies présentement.

Annie Savage, directrice du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal

Elle estime que la Ville de Montréal doit en faire plus pour répondre aux besoins des personnes qui ne se rendent pas dans les refuges.

« Parfois, c’est vrai, il y a des gens qui n’iront pas dans les ressources traditionnelles », explique Annie Savage.

Sarah Chouinard Poirier s’est dite mécontente des propos entendus et lus dans l’espace public à la suite de la mort de Stella Stosik.

« Le problème, c’est qu’il y a certaines personnes qui ne veulent pas se retrouver dans les refuges comme ils sont en ce moment, explique-t-elle. On a besoin de réponses plurielles, qui mettent les personnes, et les personnes comme Stella, qui ont des besoins différents, au cœur de la réflexion. »

« Les personnes qui utilisent des substances ont le droit d’être au chaud quand même, même si elles sont intoxiquées, poursuit-elle. Si on veut éviter des morts, il faut trouver des solutions qui s’adaptent aux personnes. »

Ann-Gaël Whiteman espère de son côté que les morts survenues dans le milieu de l’itinérance cet hiver ne seront pas oubliées.

« Les personnes en situation d’itinérance, on les voit, mais elles sont quand même dans une certaine invisibilité où les gens ne les regardent pas trop, ou les regardent avec beaucoup de jugement. J’espère que leur mort et la mort de Stella ne resteront pas invisibles, et que ça servira à quelque chose pour protéger les autres », conclut-elle.

Avec la collaboration d’Henri Ouellette-Vézina et d’Alice Girard-Bossé, La Presse