C’est tout un poids qui se libère des épaules de Mamadi Camara. Le jeune homme, qui avait été accusé à tort d’avoir agressé un policier au début de 2021 et dont l’histoire avait choqué le Québec, vient d’obtenir sa résidence permanente canadienne.

Publié le 18 janvier
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« On espérait vraiment une décision rapide et c’est un grand soulagement pour nous tous et pour lui, aujourd’hui. Ça nous évite un paquet de procédures et encore plus de stress lié à tout ça », confie l’avocat du principal intéressé, MGuillaume Cliche-Rivard, en entrevue avec La Presse.

C’est que le permis de séjour temporaire (PST) que détenait M. Camara – un type de permis accordé par Immigration Canada dans des cas jugés particuliers ou encore prioritaires qui demandent une intervention spécifique – venait à échéance au mois de février. Sans la résidence permanente, il aurait donc pu être contraint de quitter le pays au cours des prochaines semaines.

Pour lui, cette résidence permanente, c’est une bouffée d’oxygène. On ne savait même pas, jusqu’à hier, s’il pourrait continuer de travailler au Canada, de faire sa vie ici. Ça causait beaucoup d’angoisse.

MGuillaume Cliche-Rivard

En pleine transition

C’est pour des considérations « d’ordre humanitaire » que la résidence permanente a finalement été octroyée à M. Camara. Un tel statut lui permet de travailler, d’étudier en toute liberté pendant au moins cinq ans. Tant à Ottawa qu’à Québec, les députés de la Chambre des communes et de l’Assemblée nationale avaient déjà affirmé leur volonté que le jeune homme obtienne cette résidence permanente. Des motions en ce sens avaient en effet été adoptées unanimement sur les deux collines, en février dernier.

Aujourd’hui installé dans la région d’Ottawa avec sa femme et ses deux jumeaux, M. Camara souhaite pour l’instant se tenir loin des regards et de l’attention publique. Ses avocats précisent toutefois qu’il est toujours dans un processus de « réhabilitation psychologique », qui pourrait s’étaler sur plusieurs années

« Il y a encore une détresse énorme dans son cas. C’est encore très frais, tout ça. Après tout, ça ne fait qu’à peine un an. Le cheminement va être long, mais on sent qu’il est sur la bonne voie. Il est en transition. Ce qui importe maintenant, c’est qu’il se concentre sur son mieux-être », poursuit MCliche-Rivard.

En recherche d’emploi, Mamadi Camara devrait achever sa maîtrise de recherche en génie électrique dans les prochains mois. Il espère aussi éventuellement obtenir la citoyenneté canadienne, qui est souvent l’étape suivante après l’obtention d’une résidence permanente, dans les prochaines années.

Une affaire marquante

Mamadi Camara avait été accusé à tort d’avoir agressé le policier Sanjay Vig, au début 2021. Il avait passé six nuits sous les verrous avant d’être libéré par les autorités. Depuis, il a aussi reçu, et accepté, les excuses du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Se disant victime de profilage racial, ses proches et lui ont par ailleurs déposé une poursuite de 1,2 million contre la Ville de Montréal, l’été dernier.

Le Montréalais, originaire de Guinée, a finalement été innocenté grâce à une vidéo de surveillance du ministère des Transports du Québec montrant une partie de l’altercation. Dans sa poursuite, il dénonce aussi son « arrestation brutale », lui qui avait blessé à la joue après avoir été immobilisé au sol. Un agent a placé sa botte sur son visage en le traitant d’imbécile, selon la demande.

Un autre suspect a depuis été arrêté dans cette affaire. Le 26 mars dernier, le SPVM a en effet annoncé avoir procédé l’arrestation à Toronto d’Ali Ngarukiye, qui doit être jugé pour avoir désarmé et agressé l’agent Vig.