Une dizaine de personnes se sont réunies au centre-ville de Montréal mardi pour commémorer la mort de Raphaël Napa André, un sans-abri innu mort de froid dans une toilette chimique dans le secteur de Milton-Parc il y a un an.

Mis à jour le 18 janvier
Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

Malgré le froid glacial, plusieurs citoyens ont pris la parole pour rendre hommage à l’homme, devant la tente du Square Cabot. La halte-chaleur a été mise en place par l’organisme Résilience Montréal en février 2021, en la mémoire de Raphaël André.

« Là il fait froid aujourd’hui, fait que pensez à ceux qui vont venir ce soir », a lancé d’emblée Alexandra Ambroise, la coordonnatrice de la tente. Entre le 2 février 2021 et le 16 janvier 2022, 72 888 personnes ont pu profiter des services de l’installation, a-t-elle précisé.

Un total de 15 personnes peuvent dormir dans la tente. Toutefois, un plus grand nombre de personnes y vont pour manger, ou se réchauffer un moment. À l’heure actuelle, jusqu’à 611 itinérants peuvent s’y présenter par nuit.

« Quand tu dis que j’ai 500 personnes à l’extérieur, c’est alarmant », a évoqué Alexandra Ambroise, en soulignant que davantage de ressources sont requises.

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Jamie Kirby a participé au rassemblement avec sa fille Shore.

Nakuset, directrice du foyer pour femmes autochtones de Montréal, estime qu’une « solution permanente » est nécessaire.

« Nous pouvons voir des condos de plusieurs millions de dollars de l’autre côté de la rue. Le fait que nous soyons dans une tente dans un parc, c’est quelque chose, mais je pense que nos communautés peuvent faire mieux », a-t-elle déclaré.

« Je pense que nous sommes une ville riche en ressources, et que cela ne devrait pas arriver », a dit Nakuset, en désignant la mort de Raphaël André.

Jean-Charles Pietchao, chef de Ekuanitshit, et Charles Patton, un aîné respecté de Kahnawake, ont également pris la parole en la mémoire de l’itinérant qui a perdu la vie.

Raphaël André, âgé de 51 ans, a été retrouvé inanimé le matin du 17 janvier 2021. La toilette chimique dans laquelle il se trouvait, à l’intersection de l’avenue du Parc et de la rue Milton, était à quelques pas du refuge La Porte Ouverte, qu’il avait l’habitude de fréquenter.

Le centre, qui est habituellement ouvert la nuit en hiver, était à ce moment fermé le soir en raison d’une éclosion de COVID-19. Le couvre-feu était en vigueur au moment du drame.

Raphaël André était originaire de Matimekush-Lac John, une communauté innue de Schefferville à 500 km de Sept-Îles.

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La ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal, Chantal Rouleau, et le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard.

Le refuge du complexe Guy Favreau déplacé

« Dès lundi, les 50 places pour les personnes itinérantes autochtones offertes au complexe Guy Favreau seront transférées à l’hôtel des arts, on passe donc d’un centre de nuit à une ressource 24/7 », a affirmé le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, par écrit à La Presse.

La ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal, Chantal Rouleau, a d’ailleurs pris part à l’évènement.

La semaine dernière, un itinérant de 74 qui vivait dans un campement est mort de froid, au cours d’une vague de températures polaires qui frappait Montréal.

« Malheureusement, des décès non nécessaires ont encore lieu dans le froid », a affirmé David Chapman, directeur général de l’organisme résilience Montréal. Selon lui, la métropole doit trouver un équilibre entre l’hébergement d’urgence, et de longue durée. Mais surtout, ces ressources doivent être accessibles aux itinérants, qui ne peuvent pas prendre l’autobus, a-t-il souligné.

Avec Philippe Teiscera-Lessard et Mayssa Ferah, La Presse