Deux candidats sont en lice pour l’élection au poste de chef régional de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), qui aura lieu le 25 janvier prochain.

Publié le 17 janvier
Clara Descurninges La Presse Canadienne

Il s’agit de Ghislain Picard, l’actuel chef régional de l’APNQL, et de Serge Otsi Simon, l’ancien chef de la Nation Mohawk de Kanesatake.

Les deux candidatures ont été annoncées lundi par le président de l’élection, Claude Riverin. Le mandat prévu au poste de chef de l’APNQL est de trois ans.

Ghislain Picard, natif de la communauté innue de Pessamit, sur la Côte-Nord, est chef régional depuis 1992. Il sollicitera ainsi un 11e mandat.

Quant à Serge Simon, il a dirigé la Nation Mohawk de Kanesatake pendant 10 ans, jusqu’à sa défaite au scrutin de juillet dernier.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Serge Otsi Simon

Ce sont les membres de l’Assemblée des chefs, soit les dirigeants de 43 communautés des Premières Nations, qui participeront au vote. De par leurs années d’expérience, les deux candidats sont bien connus des électeurs.

La santé avant tout

Pour le chef Picard, l’enjeu le plus pressant est sans nul doute celui de la santé, alors que la vague Omicron balaie le Québec. « Ce qui me préoccupe beaucoup par les temps qui courent, c’est comment on sort de cette pandémie pour l’ensemble des communautés, mais particulièrement au chapitre de la santé mentale, qui est déjà en manque de soutien du côté des gouvernements », a-t-il affirmé en entrevue téléphonique.

Il a aussi exprimé des inquiétudes par rapport aux possibles conséquences du délestage, dans un contexte de « taux important de maladies chroniques dans nos communautés ».

À plus long terme, il souhaite remettre sur la table « la question de l’accès au territoire et aux ressources, qui est de toute évidence une question qui semble être évacuée du débat politique ».

« Les communautés que nous représentons doivent également avoir la possibilité de créer leurs propres économies, de les maintenir et de les favoriser », a-t-il ajouté, notant que cet enjeu est directement lié à celui du territoire. Dans un avenir post-pandémique, il faut d’après lui que les Premières Nations aussi puissent redresser leurs économies.

Il souhaite finalement « enrayer le racisme qui est toujours prévalent », se réjouissant des avancées faites auprès de la population et de la société civile et disant vouloir continuer à établir des liens avec le milieu des affaires et les municipalités.

Une voix forte

M. Simon, de son côté, s’appuie sur son vécu de grand chef, a-t-il expliqué lundi en entrevue téléphonique. « Je comprends très bien ce que les chefs à la table vivent quotidiennement », a-t-il dit, rappelant avoir à la ceinture une décennie « de gouvernance dans les communautés les plus difficiles ».

En effet, son dernier mandat n’avait pas été de tout repos, alors que sa famille et lui avaient reçu des menaces en 2020. L’un de ses principaux combats était alors sa tentative d’encadrer le commerce de cannabis sur le territoire.

Outre les enjeux centraux que sont l’éducation, l’économie et la sécurité, M. Simon pense aussi « que l’APNQL devrait avoir un pied dans l’arène internationale ». « Nous pourrions approcher les Premières Nations des États-Unis et même de l’Amérique centrale, de l’Amérique du Sud, puisque nous avons des choses en commun à promouvoir », a-t-il dit.

Il a cité sa grande implication dans la création du Traité autochtone contre l’expansion des sables bitumineux, signé par 150 Nations vivant au Canada et aux États-Unis, comme exemple de coopération internationale pour atteindre un but commun.

Pour les enjeux plus régionaux, il a jugé qu’« il y a quand même de bonnes relations entre les Premières Nations et les gouvernements ou municipalités », mais a tout de même avancé que « parfois, ça va prendre une voix avec un petit peu plus de force là où c’est requis ».

Il a cependant tenu à préciser qu’il a « respecté et même admiré Ghislain [Picard] depuis les derniers 10 ans » et que sa candidature n’est pas tant une opposition au chef sortant qu’une proposition différente. « Je crois que c’est bon pour un exercice démocratique d’avoir un petit peu de compétition et de voir s’il y a de l’intention de changer de voie, de changer d’approche. »

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.