Ottawa affirme qu’il lui faudra 270 jours pour déterminer s’il est possible de dévoiler la somme versée sans appel d’offres à un important donateur libéral afin d’héberger les demandeurs d’asile qui entrent au Canada par le chemin Roxham, en Montérégie.

Publié le 14 janvier
Vincent Larouche
Vincent Larouche La Presse

La Presse a fait une demande officielle auprès de Services publics et Approvisionnement Canada, en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, pour obtenir les baux. Bien que la loi donne 30 jours au gouvernement pour répondre, un responsable a avisé nos représentants jeudi qu’un délai de 240 jours supplémentaires était nécessaire, car les fonctionnaires devraient faire « des consultations » avant de déterminer s’ils rendent les documents publics.

Les tribunaux ont pourtant déjà déterminé par le passé que les baux signés par le gouvernement fédéral constituaient une information publique.

Plusieurs contrats

La Presse a révélé en décembre que le gouvernement avait loué pour 10 ans, sans appel d’offres, les terrains d’un important contributeur du Parti libéral du Canada afin de loger les migrants qui traversent la frontière de manière irrégulière par le chemin Roxham et les fonctionnaires qui les accueillent.

Pierre Guay, propriétaire de la boutique hors taxes au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle et de l’hôtel situé juste à côté, a accumulé les contrats ces dernières années grâce à l’afflux de milliers de demandeurs d’asile dans la région.

Ottawa a d’abord loué des chambres dans son hôtel, puis la Gendarmerie royale du Canada a accordé un contrat d’un demi-million de dollars à l’une de ses entreprises pour qu’elle aide le corps policier à améliorer les installations de son détachement local.

De son côté, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a aménagé un grand campement avec des installations temporaires pour les fonctionnaires et les demandeurs d’asile sur les terrains de M. Guay. Un premier bail a été signé par le gouvernement fédéral avec son entreprise pour les années 2017 à 2021 inclusivement, sans appel d’offres. L’an dernier, un deuxième bail, là encore sans appel d’offres, a été signé pour les cinq années à venir.

23 000 $ en dons aux libéraux

Ni l’ASFC ni Services publics et Approvisionnement Canada n’ont accepté de dévoiler le montant des baux. Critiqués par le Parti conservateur, le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique en Chambre, les ministres Marc Miller, Sean Fraser et Filomena Tassi ont défendu la rigueur du processus, mais n’ont pas dévoilé les sommes versées à Pierre Guay.

Joint au téléphone, M. Guay s’est aussi refusé à tout commentaire. « Je n’ai rien à faire là-dedans. Appelez le gouvernement, appelez le ministère des douanes, ils vont tout vous donner ça », a-t-il déclaré.

Entre 2004 et aujourd’hui, selon les données d’Élections Canada, Pierre Guay a donné environ 23 000 $ au Parti libéral du Canada. Son fils, qui est aussi impliqué dans l’entreprise familiale, a donné environ 2500 $ au parti en 2018 et 2019.

Pierre Guay a aussi donné près de 4000 $ au Parti conservateur entre 2007 et 2015, pendant que la formation était au pouvoir, sans cesser de financer les libéraux. Depuis que Justin Trudeau est premier ministre, il ne donne plus aux conservateurs.