Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées vendredi soir à la Place de la Paix, à Montréal pour dénoncer la violence envers les travailleuses du sexe. Cet évènement survient après que l’une d’elles ait été assassinée dans un appartement du Mile End, en novembre dernier.

Publié le 17 déc. 2021
Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

« Quand des meurtres comme ça arrivent, ça vient nous rappeler que ça pourrait être n’importe laquelle de nous, à n’importe quel moment », a affirmé Sandra Wesley, directrice générale de Stella Montréal, un organisme favorisant le développement de la solidarité et l’appropriation du pouvoir par les travailleuses du sexe.

Stella a organisé l’évènement à l’occasion de la Journée internationale pour mettre fin à la violence envers les travailleuses du sexe. « On se donne, entre nous, un moment pour se rappeler les personnes qu’on a perdues au courant de l’année, mais aussi [pour] se rappeler que c’est vrai toute la violence que l’on vit », a déclaré Mme Wesley, en entrevue avec La Presse.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Le 5 novembre dernier, une travailleuse du sexe de 25 ans a été retrouvée sans vie dans un appartement de la rue Saint-Urbain, dans le Mile End.

Le 5 novembre dernier, une travailleuse du sexe de 25 ans a été retrouvée sans vie dans un appartement de la rue Saint-Urbain, dans le Mile End. Dans une autre pièce, le corps de Daniel Shlafman, 31 ans, a été retrouvé. Il était reconnu, dans le monde des travailleuses du sexe, comme étant un client violent.

« Tout le monde est encore en réaction face à ça, et puis [gère] le deuil de voir une collègue de travail mourir de cette façon-là », déclare Sandra Wesley.

La directrice de Stella Montréal estime que le gouvernement fédéral a « comme objectif d’éradiquer l’industrie du sexe ». Au Canada, il n’est pas illégal d’offrir des services sexuels contre une rémunération, mais le fait d’acheter ces services est illégal.

Dans le but d’assurer une plus grande sécurité des travailleuses du sexe, Stella réclame la décriminalisation du travail du sexe. Sandra Wesley croit qu’à l’image d’autres domaines, comme l’industrie manufacturière qui bénéficie de normes, des droits devraient être accordés aux travailleuses du sexe. « Dans toute autre industrie où il y a un risque de violence, on pense toujours à comment on peut améliorer les conditions de travail », a-t-elle détaillé.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

La directrice de Stella Montréal, Sandra Wesley

Mais ce n’est pas tout non plus. On sait que le stigma envers les travailleuses du sexe contribue beaucoup à créer de la violence. Tant que c’est honteux d’être travailleuse du sexe, ça va donner l’opportunité à des personnes [d’être violentes].

Sandra Wesley

Rappelons qu’en janvier 2020, Marylène Lévesque, une travailleuse du sexe de 22 ans, a été poignardée par Eustachio Gallese dans une chambre d’hôtel de Sainte-Foy. L’homme se trouvait en semi-liberté après avoir purgé une peine de prison à vie sans possibilité de libération avant 15 ans pour le meurtre de sa conjointe, en 2004.