Paris, Bagdad, Riyad, le Vatican, et bientôt Pékin. La liste des postes d’ambassadeur qui sont à pourvoir s’allonge au sein de la diplomatie canadienne.

Publié le 7 déc. 2021
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

L’actuel ambassadeur du Canada en Chine, Dominic Barton, a causé une certaine surprise lundi en annonçant qu’il quittera ses fonctions le 31 décembre tandis que les relations sino-canadiennes demeurent agitées, malgré la libération des deux Michael cet automne.

Ces relations pourraient s’envenimer si le Canada emboîte le pas aux États-Unis en imposant un boycottage diplomatique des Jeux olympiques d’hiver, qui s’ouvrent le 4 février à Pékin. Le gouvernement canadien risque aussi de subir les foudres du régime communiste s’il interdit au géant chinois des télécommunications Huawei de participer au déploiement de la technologie 5G au Canada.

La liste des postes vacants s’allonge aussi au moment même où le gouvernement libéral de Justin Trudeau évoque l’idée d’augmenter le nombre de diplomates en poste à l’étranger, notamment dans la région indo-pacifique et dans l’ensemble de l’Arctique, afin de favoriser « un engagement accru auprès des coalitions, des organisations et des partenaires internationaux ».

Dominic Barton a annoncé qu’il tire sa révérence, avec le sentiment du devoir accompli – celui d’avoir facilité la libération de Michael Kovrig et de Michael Spavor, qui croupissaient derrière des barreaux chinois depuis le 1er décembre 2018.

Il a eu droit aux éloges du premier ministre Justin Trudeau, qui a salué son « ami » et accepté sa décision de partir avec « beaucoup de gratitude et de respect ». La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, est allée jusqu’à prédire dans une déclaration que Dominic Barton « passera à l’histoire comme l’un des grands diplomates du Canada ».

Choisir un diplomate

Le chef de l’opposition officielle, Erin O’Toole, lui a aussi envoyé des fleurs, lundi matin, mais le pot – balancé en direction des libéraux – a vite suivi.

Qualifiant la relation sino-canadienne de « gâchis », il a reproché au gouvernement Trudeau d’avoir attendu des mois avant de remplacer à Pékin l’ancien ambassadeur John McCallum, qui avait été contraint de présenter sa démission après avoir cafouillé dans l’affaire Meng Wanzhou.

Il a ainsi exhorté le premier ministre à nommer un « diplomate professionnel », et non pas « un ami du Parti libéral ».

Ancien ambassadeur du Canada en Chine, Guy Saint-Jacques est aussi d’avis que le choix du premier ministre devrait s’arrêter sur un diplomate, « surtout si le Canada décide de se joindre au boycottage politique des Jeux olympiques – et je pense qu’il va le faire » et que le gouvernement rend un verdict défavorable dans le dossier Huawei.

« Ça va être une tâche ingrate pour le prochain ambassadeur », prévoit-il. Ainsi Ottawa serait-il « mieux servi à ce stade-ci par quelqu’un du métier, un diplomate de carrière, un expert de la Chine […] qui va pouvoir être ferme avec les Chinois, parce que les Chinois soit devenus très agressifs en diplomatie », croit celui qui a été à Pékin entre 2012 et 2016.

Toujours pas d’ambassadeur à Paris

À Paris, le poste d’ambassadeur est vacant depuis plus de six mois à la suite du départ d’Isabelle Hudon, qui a quitté ses fonctions après un mandat de quatre ans afin de devenir présidente et cheffe de la direction de la Banque de développement du Canada (BDC).

Selon Jocelyn Coulon, qui est chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM) et ancien conseiller politique de l’ex-ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion, il est tout à fait « stupéfiant » de voir que le poste à Paris est toujours vacant.

L’absence d’ambassadeur à Paris est stupéfiante au moment où la France est en pleine campagne pour l’élection présidentielle de l’an prochain. Si c’était en milieu de mandat, ça pourrait toujours passer. Mais ça demeure inexplicable. Mme Hudon a été nommée à la BDC en avril. Cela veut dire que son départ devait être discuté depuis des semaines. Ce n’est pas tombé du ciel, cela.

Jocelyn Coulon, chercheur au CERIUM

Il a rappelé qu’en 2016, le mandat de Lawrence Cannon, nommé par les conservateurs en 2012, a été prolongé afin qu’il puisse suivre la campagne présidentielle de 2017. Il a ensuite été remplacé par Isabelle Hudon. « Dès le début de 2021, tout Ottawa était au courant que Mme Hudon allait partir à l’été, mais rien n’a été fait pour la remplacer », a-t-il déploré.

« Ce n’est pas comme cela que l’on traite un allié et un pays membre du G7. »

Le premier ministre Justin Trudeau a tenté de convaincre l’ancien ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, de devenir le prochain ambassadeur du Canada à Paris après l’avoir écarté du cabinet. Mais ce dernier a poliment refusé cette nomination, préférant terminer son mandat de député libéral de Notre-Dame-de-Grâce–Westmount.

Selon Jocelyn Coulon, le gouvernement Trudeau est reconnu depuis son arrivée au pouvoir en 2015 pour sa lenteur à effectuer des nominations diplomatiques.

Au bureau de la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, on insiste pour dire que des nominations diplomatiques seront annoncées sous peu et que le poste d’ambassadeur à Paris est prioritaire au sein de la diplomatie canadienne.