Un changement d’attitude. C’est ce qu’a réclamé à la Chine le ministre des Affaires étrangères du Canada, Marc Garneau, au lendemain de l’arrivée au pays des deux Michael. Mais des experts ne s’y trompent pas : la détention arbitraire des deux hommes teintera longtemps la relation sino-canadienne.

Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

« On espère que la Chine va reconnaître qu’elle doit changer son comportement si elle veut vraiment jouer un rôle important sur la scène mondiale », a lancé Marc Garneau dimanche, lors d’une entrevue sur les ondes de Radio-Canada.

Le ministre des Affaires étrangères a qualifié la relation entre le Canada et la Chine de « très complexe ».

Michael Kovrig et Michael Spavor ont marché sur le sol canadien samedi matin, après avoir été détenus pendant 1020 jours de façon arbitraire en Chine. Leur arrestation est survenue peu après celle de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, à la demande des États-Unis, à Vancouver, en 2018.

La directrice du géant des communications chinois a notamment été accusée d’avoir contourné des sanctions américaines contre l’Iran. La libération de Mme Meng a été annoncée vendredi dernier, de même que le report des procédures judiciaires la concernant. Les deux Michael ont été aussitôt libérés.

« Tant et aussi longtemps que nos deux Michael ont été en prison, il n’y avait pas de voie ouverte pour développer notre relation avec la Chine. C’est maintenant quelque chose qui est résolu […], mais nos yeux sont grands ouverts », a affirmé M. Garneau lors de la même entrevue.

PHOTO FOURNIE PAR LES FORCES ARMÉES CANADIENNES, REUTERS

Michael Kovrig a été accueilli par sa femme, Vina Nadjibulla, à son arrivée à Toronto, samedi.

Pour Gordon Houlden, directeur du China Institute de l’Université de l’Alberta, le discours de M. Garneau signifie que le Canada ne sera pas « naïf » par rapport aux agissements de la Chine.

Mais il est peu probable que les relations entre le Canada et la Chine se dégradent davantage, selon le spécialiste. « D’un autre côté, il est difficile d’imaginer que nous allons revenir au point où nous en étions avant la détention des deux Michael et de Mme Meng », a déclaré M. Houlden en entrevue avec La Presse.

Le spécialiste indique qu’un rétablissement progressif de la relation Canada-Chine pourra être observé.

« Il faudra, à mon avis, que ce soit une relation très commerciale, axée sur nos intérêts. [Ils] incluent le commerce, les changements climatiques et les questions de santé », a évoqué Gordon Houlden.

Plus jamais pareil

« L’épisode avec les deux Michael aura un effet pour longtemps sur la relation bilatérale [sino-canadienne] », a pour sa part affirmé Roland Paris, directeur de l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa et ancien conseiller du premier ministre Justin Trudeau.

Les deux dernières années houleuses entre le Canada et la Chine ont démontré l’importance pour le Canada de collaborer avec ses alliés à l’international, selon M. Paris.

« Je pense qu’il y a maintenant une opportunité pour le Canada de continuer à travailler étroitement avec les États-Unis, avec ses alliés européens et d’autres partenaires pour établir des limites claires de ce qui est acceptable dans le comportement de la Chine », a-t-il expliqué.

Maintenant que les deux Michael sont libérés, une question s’impose : le Canada permettra-t-il le déploiement du réseau 5G de Huawei au pays ? Marc Garneau a souligné dimanche que la décision sera annoncée « en temps et lieu ».

« C’est une décision qui va être basée sur la sécurité de nos systèmes de télécommunication », a-t-il dit.