Une manifestation de syndicats et de travailleurs contre les inégalités sociales et pour un « syndicalisme de combat » s’est déroulée au parc La Fontaine lundi, pour la fête du Travail.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

Les manifestants ont bravé la pluie pour scander des slogans contre le projet de loi 59 et contre l’adoption de lois spéciales qui vont à l’encontre du droit de grève des travailleurs, selon eux. Vers 14 h, des centaines de personnes réunies à la place Charles-de Gaulle, au parc La Fontaine, se sont mises en marche dans la rue Sherbrooke vers l’ouest, au son de la musique et des tambourins.

Les drapeaux de plusieurs syndicats, comme ceux de la CSN et d’APTS (Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux), étaient visibles dans la foule. « Protégez les travailleurs, faites payer les profiteurs », scandait l’un des manifestants au micro. Sur les pancartes, on pouvait lire « La précarité ce n’est pas un métier », « Syndicalisme de combat » et « Santé et sécurité, aux travailleurs de décider ».

Le Mouvement Action-Chômage de Montréal s’est joint à la manifestation de la fête du Travail pour dénoncer la multiplication d’emplois précaires et mal payés.

Présent avec sa fille qui agitait un drapeau un peu en retrait de la foule, Étienne Poitras, représentant syndical de CSN Construction, se désole du système qui donne la priorité au profit et non à la santé des travailleurs. « C’est l’économie qui prime sur les humains », déplore-t-il.

L’évènement s’est déroulé avec une forte présence policière. Il n’y a eu aucune arrestation ou infraction, a indiqué Véronique Comtois, porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Les manifestants ont bravé la pluie pour scander des slogans contre le projet de loi 59 et contre l’adoption de lois spéciales qui vont à l’encontre du droit de grève des travailleurs, selon eux.

Projet de loi 59 critiqué

Dominique Daigneault, présidente du Conseil central du Montréal métropolitain-CSN, estime que le projet de loi 59 empêchera d’avoir des mécanismes de prévention efficaces en milieu de travail. Elle soutient que les changements proposés viendront centraliser ce type de services, alors qu’elle plaide pour le contraire.

Le cabinet du ministre Jean Boulet affirme de son côté faire des avancées majeures pour couvrir tous les secteurs économiques avec des mécanismes de prévention. « Nous nous assurons également d’introduire d’importants éléments de prévention qui touchent notamment la violence conjugale et les risques psychosociaux », a précisé Maude Méthot-Faniel, attachée de presse du ministre. Le projet de loi « repositionne et revalorise le rôle du Réseau de la santé publique au travail », a-t-elle ajouté.

En plus de la réforme proposée, Mme Daigneault critique aussi l’utilisation de lois spéciales pour mettre fin à des grèves de travailleurs. Elle prend l’exemple des débardeurs du port de Montréal, qui ont dû retourner au travail le printemps dernier en raison du projet de loi déposé à la Chambre des communes. « Les travailleurs doivent être en mesure d’exercer pleinement leur droit de grève, fait-elle valoir. Sinon, ça déséquilibre trop le rapport de force avec l’employeur. »

Des conditions de travail « trop pénibles »

Pour Dominique Daigneault, la pandémie a été révélatrice d’inégalités sociales. « Y a-t-il véritablement pénurie de main-d’œuvre ? demande-t-elle. Ou bien s’agit-il de désertion de certains métiers parce que les conditions de travail sont beaucoup trop pénibles et ne rendent pas justice à l’effort qui est requis par les gens qui les exercent ? »

Présent avec un petit groupe au pied de l’obélisque du parc, Alain Croteau, président du Syndicat des travailleurs du CIUSSS Centre-Sud, remarque aussi les traces laissées par la crise sanitaire. « Les travailleurs qui ont été les plus affectés par la crise sont essentiellement des travailleurs racisés », souligne-t-il.